Les Poussins se rebiffent : « Sylvia Pinel doit prendre conscience du mouvement qui est en train de naître »

Jeudi, Adrien Sergent a rencontré la ministre du Commerce et de l’Artisanat, Sylvia Pinel. Le co-fondateur du mouvement des Poussins a remis une pétition signée par près de 80.000 défenseurs du régime de l’auto-entrepreneur, système que le gouvernement souhaite réformer. Le jeune marseillais, lui-même auto-entrepreneur, demande à la ministre de ne pas inclure dans le projet de réforme la notion de limitation dans le temps du statut et le plafonnement vers le bas de la limite de chiffre d’affaires. 

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Vous avez déposé votre pétition auprès de Sylvia Pinel jeudi. Que lui avez vous dit ?
L’idée c’était de remettre la pétition à la ministre pour qu’elle prenne conscience du mouvement de fond qui est en train de naître et pour lui dire que l’auto-entreprise, ce sont nos emplois, nos revenus. Nous voulons que Sylvia Pinel comprenne qu’elle va faire beaucoup de mal à près d’un million de personnes. On va donc essayer d’être « le mégaphone », des milliers de revendications que les auto-entrepreneurs ont postées sur nos pages internet. J’ai dis à la ministre que l’on va passer d’un système gagnant-gagnant pour l’État et les citoyens à un système perdant-perdant. Parce qu’au bout de deux ans, les auto-entrepreneurs ne voudront pas ou ne pourront pas basculer sur une entreprise classique pour deux raisons. Tout d’abord celle des coûts, une SARL c’est plusieurs milliers d’euros par ans qu’il faut assurer et puis pour des raisons évidentes de complexité administrative.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le principal problème du statut c’est la question de concurrence déloyale qui rend, de fait, le projet de réforme légitime ?
Je leur réponds qu’ils sont totalement coupés des réalités de terrains. Quand des membres de l’IGF et de l’IGAS écrivent dans leur rapport que la concurrence déloyale est un « phénomène  résiduel » et qu’il ne faut pas introduire de limitation, c’est justement parce qu’ils ont observé le phénomène. Et qu’ils  jugent que la réforme aura un impact négatif pour l’économie française. N’oublions pas que l’auto-entrepreneur c’est un milliard dans les caisses de l’État chaque année et des centaines de milliers de personnes qui vivent grâce au régime.

Suite aux déclarations récentes du gouvernement, ce dernier donnerait plutôt raison aux détracteurs du régime et notamment la fédération du bâtiment, la CAPEB. N’arrivez-vous pas un peu tard ?
Non car la CAPEB agite un chiffon rouge en expliquant que le problème des artisans ce sont les auto-entrepreneurs. Ce raisonnement ne tient pas. Les témoignages des artisans que nous avons interrogés dans notre mouvement, auto-entrepreneurs ou non, nous expliquent que le problème c’est le travail au noir, que le régime est parvenu à limiter et c’est la concurrence avec des travailleurs d’autres pays qui cassent les prix et les charges. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas l’auto-entrepreneur qui ne paie pas assez de charges, c’est l’artisan qui est écrasé sous les charges !  Les poussins sont totalement avec les artisans. Ce que nous disons, c’est qu’il faut unir tous les petits entrepreneurs pour améliorer la situation et porter nos revendications vers le haut.

Par Julien Gagliardi