Les Républicains d’accord pour promettre 100 milliards d’économie sur les dépenses publiques mais sans dire comment

Les Républicains travaillent ce mercredi sur un programme commun de la droite qui serait fondé sur 100 milliards d’euros d’allègements des dépenses de l’Etat.

Les Républicains travaillent ce mercredi sur un programme commun de la droite qui serait fondé sur 100 milliards d’euros d’allègements des dépenses de l’Etat.

Tous les candidats, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Bruno Lemaire sont finalement au diapason pour s’engager à réduire de façon drastique les dépenses publiques aux alentours de 100 milliards d »euros. Alors, Alain Juppé est un peu en deça dans sa promesse et François Fillon irait bien jusqu’à 120 milliards, mais tous ont callé leur logiciel sur l’objectif de faire maigrir l’Etat et ses filiales. D’ou ce séminaire des Républicains pour acter cet objectif et se mettre d’accord sur les moyens d’y arriver.

Cet objectif correspond à l’analyse de la majorité des économistes, y compris à gauche, qui considèrent que l’overdose de dépenses publiques est le principal frein au retour à la croissance. C’est un diagnostic que personne à droite réfute. Personne sauf les courants les plus radicaux du Front national.

1ère observation : la France est le pays en Europe du Nord où le taux de chômage est le plus élevé (10% en moyenne et plus de 23% chez les jeunes), mais la France est aussi le pays où la croissance du PIB est la plus faible (1,3%). Or, c’est le pays où le taux de la dépense publique est le plus lourd : 57,2% du PIB avec 1 244 milliards d’euros. On est très loin des performances européennes : 44% en Allemagne, en Espagne ou en Grande-Bretagne, Aucun pays de la zone euro est au-dessus des 50% de dépenses publiques, alors qu’ils ont tous des services publics et des systèmes sociaux aussi performants que le modèle français.

2ème observation : si la maison France coûte donc beaucoup trop cher au regard de ses performances économiques, cela signifie qu’elle court avec des semelles de plomb, alors que tous les concurrents sont chaussés de baskets. Moralité : allégeons le poids de ce fardeau et l’appareil économique retrouvera son poids de forme. Pour les économistes, l’allègement des dépenses publiques a trois effets :

1) tout euro dépensé en moins dans le public, équivaut à un euro en plus pour investir dans le secteur productif, créateurs de richesses et d’emplois ;

2) tout euro dépensé en moins revient à baisser le déficit et par conséquent à réduire l’endettement (qui avoisine ajourd hui 100 % du PIB). Tant que les taux d’intérêt sont proches de zéro, le coût de la dette paraît supportable. Mais qu’en sera -t il le jour où les taux grimperont de 2 ou 3 points, ce qui sera inéluctable ?

3) la réduction de la dépense publique oblige l’état et ses filiales à compenser cette réduction quantitative par une amélioration de la productivité, sinon l’appareil économique français risque d’étouffer. Or, les administration publiques et sociales, les collectivités locales, et les grandes entreprises publiques n(ont absolument pas en France fait les efforts d’adaptation à la modernité digitale. Des progrès ont été faits, mais on n’a pas pu en tirer des effets en termes d’efficacité de la dépense. Il faut toujours autant de monde, et autant de temps dans la sphère publique pour faire si peu de choses.

Ajoutons à ces trois effets qu’une dépense publique moins lourde mais mieux gérée, c’est-à-dire plus productive, n’a aucun effet récessif. Cela pour ceux qui croient encore que la quantité de dépenses publiques joue les facteurs de relance et de soutien de la demande interne et de la croissance. Si c’était vrai, la France serait championne d’Europe de la croissance et de la production de richesses.

Les candidats républicains ont, semble-t-il, pris de la distance avec les vieilles recettes keynésiennes. Le logiciel dans lequel on fonctionne a changé. Ce qui compte, c’est la productivité et la compétitivité, y compris dans la fonction publique.

<--pagebreak-->Maintenant, si la réduction de plus de 100 milliards d’euros sur la dépense publique en 5 ans pour nous ramener à la moyenne européenne a 47% du PIB sert de base à un véritable programme commun de la droite, il va falloir se mettre d accord sur les moyens d’y arriver.

A priori, il y a quartes voies possible :

1ère voie de reforme : l ‘âge légal de la retraite. En faisant passer l’âge légal de la retraite de 62 ans à 65 ans pour tout le monde, y compris dans la fonction publique, on économise 50 milliards d’euros, soit la moitie de l’effort qu’il faudrait faire. Cet objectif est loin de faire l’unanimité. Il faudra pourtant s’accorder sur une norme commune si on veut préserver le montant des pensions et ne pas augmenter les cotisations. Ce chantier est énorme, mais si tout le monde accepte d’en parler, c’est que la réforme n’est plus tabou.

2ème voie de reforme : l’assurance maladie, par une suppression de l’aide de l’Etat, une reforme du fonctionnement de l’assurance maladie et une mise en concurrence des systèmes. François Fillon est celui des candidats qui a le plus travaillé la reforme qui permettrait d’économiser 40 à 50 % de ce qu’on a besoin d’économiser sur 5 ans. Les autres candidats en sont encore aux professions de foi. Le mécanisme des primaires va obliger tous les candidats a plus de responsabilités.

3ème voie de reforme : le nombre de fonctionnaires. Tous les candidat estiment qu’ il sera difficile de réduire les effectifs dans l’administration d’Etat , mais que l’effort devra porter sur les collectivités locales. Du coup, en élargissant le non-remplacement des départs à la retraites aux trois fonction publiques (l ‘Etat , les collectivités locales et le social), les candidats promettent de diminuer les effectifs entre 300 000 (pour Nicolas Sarkozy , le plus prudent ) et 600 000 (pour François Fillon , le plus audacieux).

4ème voie de reforme : l’Unedic et toute l’administration du chômage. C’était un des objectifs de la loi El Khomri, mais c’était avant. N’empêche qu’il faudra revenir sur la dégressivité des indemnités notamment, et sur l(organisation de la marche du travail.

Enfin, il est un domaine où les candidats sont assez peu diserts mais où il y a pourtant des gisements d’économies : c’est celui du périmètre de l ‘Etat.

Avec trois axes de réflexions :

D’abord, faut-il rétrécir le périmètre de l’administration centrale en se rapprochant des fonctions régaliennes ? Oui, mais quoi sortir ?

Ensuite, faut-il faire partir une vague de privatisations ? Oui, la France a encore des pépites en dépit de certaines lourdeurs dont elle pourrait se débarrasser au profit du privé. Dans l’énergie (EDF), dans les transports (SNCF), dans la chimie, l’Education nationale, la médecine.

Enfin faut-il inciter ou même obliger les collectivités locales à maigrir en signant avec le privé des concessions ? Mais quoi transférer ? L’entretien des parcs et des jardins, les cantines scolaires ou les hôpitaux ?

Ce chantier-là est indissociable de celui de la décentralisation et du transfert de compétence à l’échelle de l’Europe. Actuellement, c’est un sujet de division à droite. Il n’est pas politiquement correct. Dans deux ou trois mois, si les candidats de droite se mettent d’accord sur un programme commun (et c’est leur intérêt), il faudra bien ouvrir ces chantiers.

Etre cohérent et pragmatique dans la gestion de l’économie, sortir du débat en ce qui concerne la production de richesses, et ainsi la redistribution des richesses donnerait à la droite une longueur d’avance sur la gauche de François Hollande qui est très floue, et permettrait aux différents candidats de débattre sur des sujets politiques et sociétaux autrement plus importants.