Les responsables politiques font commerce de la peur alors que les chefs d’entreprise se veulent être optimistes ...

Pour la majorité des chefs d’entreprises, la crise doit rendre intelligent. Il y a forcément une solution. Pas le choix, et pas question d’en sortir en dramatisant en permanence comme le font les responsables politiques...

Le climat qui règne dans le milieu des chefs d’entreprise est totalement différent de celui qui domine la sphère politique. Alors que la classe politique fait commerce de la peur en prédisant une rentrée épouvantable, une deuxième vague épidémique et un tsunami social pour cause de chômage, le monde de l’entreprise est lui beaucoup plus pragmatique. Et ce qui désespère les patrons d’entreprises, c’est plus la gestion politique du pays que les perspectives économiques.

Alors ne soyons ni crédules, ni naïfs. Le Covid 19 a bouleversé la planète toute entière et bloqué depuis le début de l‘année l’essentiel de l’activité économique. Mais soyons lucides et limite cyniques, ce n’est pas le Covid 19 qui a tout bloqué, ce sont les gouvernements qui ont mis en coma artificiel toutes les activités pour freiner la circulation du virus. Tous les gouvernements ont choisi de mettre la protection des vies humaines au dessus des intérêts économiques. L’avenir dira si les gouvernements ont eu raison ou pas.

En attendant, tout le monde sent bien qu’il va falloir sortir de cette situation sinon, beaucoup sur la planète risquent de mourir, non pas du Covid, mais de l’asphyxie.

Et ce qui est intéressant, c’est que coexistent aujourd’hui deux stratégies pour en sortir. La stratégie des responsables politiques qui, dans les grandes démocraties, utilisent la peur du virus pour contrôler et réguler les activités émergentes et essayer d’imposer des réformes que les politiques estiment difficiles à appliquer. Et la stratégie de la majorité des chefs d’entreprise qui refusent ce commerce de la peur, parce que le métier même du chef d’entreprise, son ADN est de trouver les moyens de s’adapter et de rebondir.

Quand on les interroge, qu’ils soient de Paris ou de province, ils avancent en général trois grandes raisons d’être optimiste et de refuser un scénario qui dessinerait peu ou prou la fin du monde.

1ère  raison : la pandémie du coronavirus et le confinement généralisé n‘a cassé aucun des mécanismes de fonctionnement du système. Les actifs n’ont pas été détruits. Les usines, les équipements collectifs, les moyens de transport ont été arrêtés mais pas détruits. Ils ont même pour la plupart été entretenus. Les actifs humains ont été préservés grâce aux procédures de chômage partiel qui ont évité le broyage des contrats de travail. Par ailleurs, le télétravail a permis de maintenir un minimum d’activité. Si des pans entiers du système économique ont été figés, d’autres se sont développés et ont profité de la situation pour croitre et s’imposer. La crise a été un accélérateur de mutations : la digitalisation et la prise en compte des contraintes écologiques. Les industries du digital, de la santé, des moyens de mobilité ont profité de la crise.

La crise n’a pas détruit de moyens de production contrairement à ce qui se passe lors d’une guerre civile ou militaire à l’issue de laquelle il faut reconstruire et réparer. Le Covid 19 a détruit de la valeur, certes en paralysant des actifs immatériels. C’est flagrant dans le tourisme et le transport aérien. Les hôtels et les avions sont restés vides mais ils n’ont pas été détruits. Ce qui va se passer, c’est qu’on va s’apercevoir qu‘un certain nombre d’actifs sont obsolètes. Mais l’obsolescence ou la destruction peuvent être créatrices de richesses, d’emplois et de progrès. 

 

2e raison : les gouvernements ont fait beaucoup d’erreurs sous le coup de la panique, de l’impréparation, de l’incompréhension, la France en a cumulé beaucoup. Mais au final, les gouvernements ont fait le job d’amortir les effets du confinement. Ils ont tous mobilisé l’argent qu’il fallait pour compenser les pertes de créations de richesses pendant les deux ou trois mois d’arrêt. La France aura mobilisé près de 500 milliards d’euros entre les amortisseurs sociaux du chômage partiel, les garanties de prêts aux entreprise et les reports fiscaux. Il faudra y ajouter les 100 milliards de sorties d’argent pour financer la relance de septembre.

Le résultat de cette situation très inédite, c’est qu’a priori, le système devrait repartir à plein régime. La consommation repart et heureusement. Les particuliers ont stocké plus de 80 milliards en épargne de précaution pendant la crise du Covid 19. L’industrie aussi, puisque sur les 140 milliards de prêts garantis par l’Etat aux entreprises pour assurer leurs trésoreries, les deux tiers n’ont pas encore été utilisés et beaucoup ont obtenu des prêts sans en avoir l’usage. Quant à l’emploi, personne ne voit très exactement pourquoi il y aurait 1 million de chômeurs supplémentaires en septembre. La vague de jeunes va certes arriver sur le marché, mais elle ne sera pas plus grosse que les années précédentes. L’industrie du tourisme ne va pas repartir au mieux avant la fin de l’année, et il y aura dans ce secteur de la casse sociale, mais pas au point de créer 1 million de chômeurs.

Ce qui va se passer en France, c’est que la sortie de crise va révéler le nombre et le poids d’entreprises zombie. C’est à dire des entreprises qu’on maintient en activité, depuis des années pour des raisons politiques. Toute la question va être d’accélérer le processus de restructuration et d’accepter cette destruction créatrice.

 

3e raison, les banques centrales ont fourni la liquidité qu‘il fallait pour empêcher les arrêts du cœur pendant ce coma artificiel. Ce qui n‘avait pas été fait en 2008. A l’époque, la crise des subprimes avait provoqué un arrêt total des marchés interbancaires et un blocage complet de la circulation de liquidités, d’où l’asphyxie des systèmes économiques et la rupture générale des contrats de confiance. Christine Lagarde a confirmé que la BCE pouvait encore émettre 1200 milliards d’euros au profit des banques, en contrepartie du rachat de dettes bancaires

A court terme, les plans de soutien et de relance ne sont donc pas porteurs de risques financiers. Les liquidités sont abondantes, les taux d’intérêt vont rester faibles. Ajoutons à cela que la principale source de l’accroissement de l’endettement public se situe dans le déficit de rentrées fiscales (et sociales) et l’excès de dépenses publiques. Si la dépense publique participe à solvabiliser la relance, la perspective de reprise de l’activité ne peut qu’entrainer un retour des recettes fiscales et faire baisser la pression de la dette. Si la dette est aujourd’hui de 120 % du PIB, c’est plus à cause de l’effondrement du PIB qu’à cause de l’accroissement de dettes.

Donc à court terme, il existe peu de risque d’une crise de la dette (comme ce fut le cas en sortie de crise 2008-2010), mais à moyen terme, tout dépendra de notre capacité à gérer la dépense publique.

 

Ces trois séries de raison sont évidentes, mais ça n’exclut pas un certain nombre d’incertitudes qui sont difficiles à gérer au niveau d’une entreprise.

Le retour d’une vague épidémique ne peut être exclue bien sûr, mais elle peut s’anticiper et se gérer plus efficacement que la première, sans passer par le confinement qui serait alors catastrophique. Ça passe essentiellement par un comportement responsable des particuliers plus que des entreprises. Et pour rendre responsable une population, il y a différents moyens que toutes les autorités connaissent : la peur, la contrainte, la pédagogie, la motivation, l’intérêt et la vertu. Ces moyens ne sont pas tous incompatibles avec nos valeurs de la démocratie.

La guerre froide qui s’installe entre les Etats-Unis et la Chine peut avoir des effets aussi graves que le protectionnisme sur le commerce international. Personne n’a intérêt à ce protectionnisme. Personne, sauf les dirigeants des deux puissances antagonistes. Xi Jinping a besoin de montrer à son peuple et au parti communiste qu’il protège la Chine et Donald Trump va avoir besoin d’un ennemi extérieur pour sa campagne électorale. Si les gros poissons se battent, les petits risquent de périr.

L'autre incertitude relève des opinons publiques dans les pays démocratiques qui ont du mal à prendre en compte les réalités. Accepter les faits et les chiffres.