Les résultats d’entreprise baissent mais c’était attendu, la peur d’une récession recule.

Les résultats des grandes entreprises internationales qui sont en train de tomber sont de nature assez complexe à analyser. En baisse, mais ils restent en ligne avec les prévisions pour l’année et c’est loin d’être catastrophique. Les pessimistes se font discrets.

Beaucoup d’économistes qui prévoyaient, une fois de plus, l’apocalypse pour cette fin d’année sont en train de réviser leur copie. Les leaders politiques, les analystes de marché et même les commentateurs, toujours friands de mauvaises nouvelles (parce qu’elles se vendent mieux) vont faire machine arrière.

La plupart des grandes entreprises internationales vont, cette semaine, publier leurs résultats semestriels qui sont attendus à la baisse, mais les chefs d’entreprises qui sont au plus près des réalités ne craignent plus une détérioration de l’activité et des marges à la fin de l’année.

Après les banques américaines qui ont pratiquement toutes vu leur bénéfice décroitre au 2eme trimestre (JPMorgan -28% ; Goldman Sachs -48%, Morgan Stanley -30%), les résultats les plus attendus cette semaine sont ceux de la tech (Google, Amazon, Facebook…), ceux de l’industrie automobile et des groupes de luxe.

Il est évident que le 1er semestre a été agité. Après le rebond consécutif à la sortie du covid, le monde des affaires s’est retrouvé face à la guerre en Ukraine et aux sanctions occidentales contre la Russie, face à une reprise de la pandémie en Chine où beaucoup d’usines ont été à nouveau arrêtées. Donc, coup de frein mondial. Dans un climat très inflationniste lié à la hausse du prix des matières premières, des énergies, des produits agricoles mais pas seulement. L’inflation s’est nourrie de facteurs très structurels. Parce qu’à la rupture de l’offre, il a fallu compter avec les effets d’un début de démondialisation et de mutation écologique, ainsi que de tensions sur les marchés de l'emploi.

Sur une inflation globale de 8%, il faut compter avec 4% de conjoncturel et 4% de structurel, dont de long terme. D’où la réaction de la banque centrale américaine de resserrer la politique monétaire par les taux. Suivie récemment par la BCE qui a sifflé la fin de la partie de l’argent facile à taux zéro ou négatif.

Cet ensemble d’évènements a offert aux économistes tous les ingrédients d’un discours inquiétant pour les six prochains mois. Les plus pessimistes nous ont annoncé la catastrophe, le krach de la dette publique, les plus modérés nous ont décrit un état à venir de stagflation.

Alors tous les résultats d’entreprises sont orientés à la baisse en chiffre d’affaires surtout et un peu fragiles en marge.

Les grandes entreprises de la Tech ont accusé le coup, les constructeurs automobiles et leurs sous-traitants se sont retrouvés coincés entre des difficultés d’approvisionnement en composants digitaux (puces électroniques) et des acheteurs encore partagés sur l’avenir de l’électrique, compte tenu des difficultés à trouver des batteries qui tiennent les distances.

Les industries du luxe (France et Italie) ont évidemment vu des marchés se fermer (les Russes et les Chinois, et plus largement les asiatiques, se sont égarés ou cachés) mais les grandes marques se sont rattrapées sur les marges. C’est le miracle du luxe. Le prix premium est une composante du luxe. Donc les prix ont augmenté, ce qui a compense la raréfaction relative des clients. Ajoutons à cela que le luxe se fabrique en euros et se vend en dollars ce qui, par les temps qui courent, amortit un peu le choc quantitatif. Bref, si les Russes se cachent, et si les Chinois ont peur du covid et du parti communiste de Pékin, les Américains se sont remis à consommer étranger comme des malades, et les pétroliers ne se sont pas gênés pour recycler en occident les hausses de prix du pétrole.

En fait, les difficultés du premier semestre sont désormais enregistrées et les gouvernances d’entreprise ont comme souvent tiré les leçons et sont convaincues qu’elles éviteront la catastrophe que leur annonçaient la majorité des économistes.

D’une façon générale, un chef d’entreprise ne prédit pas la crise, il s’y adapte.

Le premier semestre a donc été compliqué mais ces difficultés ont stimulé la résilience des équipes.  Les grands de la tech ont pris conscience qu’ils sont en train de tourner une page de leur histoire et s’inventent un autre type de développement.

C’est vrai chez Google, Apple, Amazon, Meta (Facebook). Les entreprises prennent conscience que la mondialisation n’est pas terminée mais va changer de paradigme. La mondialisation- type an 2000 écrite par l’OMC, n’a pas fonctionné comme tous les occidentaux le pensaient. La mondialisation libérale devait faire tomber les régimes autoritaires, en fait, elle les a renforcés puisque les accords de réciprocité n’ont pas été respectés en Chine comme en Russie.

Parallèlement à la mondialisation, la mutation climatique va changer l’allocation des investissements, ce qui modifie les modèles économiques.

La grande majorité des chefs des très grandes entreprises ont préparé ces grands changements. Les gérants de fonds d’investissement aussi.

Pendant le covid ou juste après la guerre en Ukraine, l’inquiétude générale où la majorité des élites craignaient le pire était imputable au manque d’informations. D’où le commerce de fakes news, imputable à l’incapacité de comprendre l’avenir et même le jour d’après.

Le travail d’analyse, de recueil de l’information et de décryptage a permis d’y voir plus clair. Les fondamentaux resteront solides. Les marchés de matières premières et d’énergie sont en train de retrouver des équilibres (les prix qui se sont affolés pendant le premier semestre sont pratiquement tous à la baisse.)

La consommation ne s’est pas effondrée et l’investissement reste puissant.

Tous ces facteurs font que la majorité des chefs de grandes entreprises ne croient pas au risque de récession mondiale ou même d’écroulement régional.

Les seuls risques que le monde des affaires craint aujourd’hui sont les risques sociaux et politiques. Les opinions publiques ne font plus confiance dans leurs élites. C’est vrai pratiquement partout en Occident. Le monde des affaires a une responsabilité forte. Pour restaurer cette confiance dans le système, les chefs d’entreprise doivent faire en sorte que les opinions trouvent un intérêt dans le système. Ça n’est pas gagné. D’autant qu’entre la réalité et le ressenti de cette réalité, il y a parfois un gouffre difficile à combler.