Les risques Covid s’éloignent, Bercy maintient les plans de soutien mais le plan de relance est en panne.

Le climat des affaires s’améliore. Bercy renforce les moyens de soutien aux PME afin de sortir de la crise, mais le plan de relance après-Covid est en panne dans la plupart des pays européens. 

Tout se passe comme si la promesse des vaccins, qui pourraient toucher d’ici quelques mois une partie de la population, avait d’ores et déjà amélioré non pas le moral des troupes, mais la visibilité des chefs.

Les statistiques de la pandémie ne sont pas excellentes, mais elles ne s’aggravent pas trop. Les doses de vaccins semblent avoir été débloquées, et les personnels soignants qui sont très nombreux à refuser de se faire protéger, donnent le sentiment de se venger pour être un peu moins écoutés qu’auparavant. Cette affaire va tourner au scandale et au préjudice des personnels de santé. Donc ça ne durera pas, parce que si la morale ou le sens de la responsabilité ne les fait pas changer d’habitude, l’opprobre de l’opinion et la force de l’autorité administrative les feront évoluer. D’autant que les médecins et surtout les spécialistes sont un peu moins alarmistes qu’auparavant.

Par conséquent, avec sans doute beaucoup de raisons, le monde des affaires, en clair les chefs d’entreprises, les banquiers et tous les financiers confirment un retour de la confiance et par conséquent, un retour à la normal d’ici l’été.

Le climat des affaires est donc en train de changer parce que les risques Covid ont tendance à s’éloigner.

 

Sur le terrain strictement économique, on assiste à trois phénomènes.

 

1er phénomène, la grande majorité des acteurs du système économique ne croient pas à la vague de faillites, de chômage et de catastrophes que beaucoup de prévisionnistes et de responsables politiques annoncent depuis des mois. Le cœur de l’appareil de production économique continue de battre, très régulièrement. Une grande majorité d’entreprises ont su s’adapter et se préparer à amortir le choc et s’organiser pour l’avenir. On a constaté qu‘il existait, au niveau des entreprises françaises, une formidable résilience aux chocs, beaucoup plus puissante que dans l’administration qui a manqué de réactivité et de flexibilité. D’où la lenteur des décisions publiques, d‘où les cafouillages dans l’administration du système de santé. Alors des secteurs entiers vont rester sur le carreau, mais ils étaient déjà en difficultés avant. D’autres activités, comme le tourisme, le transport aérien, l’hôtellerie et l’évènementiel, auront du mal à redémarrer normalement avant la fin de l’‘année ... mais ces activités retrouveront des vitesses de croisière. L’après-Covid ne sera pas si différent de l’avant-Covid.

 

2e phénomène, le ministère de l’Économie, qui a formidablement géré la réponse immédiate à la crise à partir de mars de l’année dernière, a permis de conserver intacts les actifs de production. Les plans de soutien aux entreprises, le fonds de solidarité, les PGE - Prêts garantis par l'Etat, les prêts exceptionnels et l’assurance chômage partiel ont été massifs et puissants. Ils ont évité l'effondrement. Ces plans de soutien ont été prolongés au moins jusqu'à l’été et enrichi très récemment des prêts participatifs aux PME. Ces prêts sont assimilables à des fonds propres et vont permettre à certaines entreprises de rembourser les PGE tout en renforçant leur trésorerie à moyen terme. La majorité des entreprises ont donc une visibilité financière correcte.

 

3e phénomène, le plan de relance est en panne. Ce plan de relance de 100 milliards aurait dû être lancé au 1er janvier pour accompagner la sortie de crise et financer les mutations incontournables dans la mise en place du digital, l’engagement climat et la réindustrialisation dans l’Hexagone. Ce plan de relance de 100 milliards pour la France et qui devait être en partie financé par l’Europe, n’avance pas. Les projets sont trop peu nombreux.  

D’abord, parce que les pays membres de l’Union européenne ont du mal à se mettre d’accord sur les modalités de financement.

Ensuite, parce que beaucoup de pays dont la France n’a pas établi de plan d’investissements précis. On peut regretter que l’Etat ne projette pas de vrais et grands projets dans différents secteurs industriels. Le Commissariat au plan, qui a été réveillé et confié à François Bayrou, n’a pas donné beaucoup d’indications jusqu'à maintenant sur ce qu‘il faudrait faire ou ne pas faire.

La vérité, c’est que si on connaît les besoins dans le digital, dans l’urbanisme des banlieues par exemple, dans la santé et l'éducation, personne ne pense vraiment que ça soit le rôle de l'Etat de prendre la responsabilité de tels chantiers. Au contraire, l’Etat, après le Covid, devra plutôt se replier sur les domaines régaliens plutôt que de toucher à la sphère économique qui peut très bien se gérer et se développer dans le cadre de l’économie de marché. Y compris toutes les questions liées à l’environnement. On rappellera, sans polémique, que si le pays ne s’est pas effondré pendant la crise, c’est grâce au secteur privé (certes soutenu par l’Etat), mais où les entreprises ont pris les initiatives que l’Etat était incapable de mettre en œuvre comme les masques, les tests, les vaccins, le télétravail qui a été plus et mieux organisé dans le privé que dans l‘administration, le secteur privé de la santé, comme l’éducation plus efficace dans le privé que dans le public. 

 

Du côté du ministère de l’économie, on préfèrerait laisser les entreprises à leur responsabilité, y compris sur le très long terme. Plutôt qu’un plan de relance très étatique, Bercy préfèrerait travailler sur des moyens de financement incitatifs pour flécher l'épargne privée vers les entreprises. Bercy préférerait s’occuper des entreprises à risques graves qu’il va falloir accompagner pour les sortir du piège dans lequel le Covid a fini par les plonger : l’aéronautique, Renault ou la Sncf. Enfin, Bercy préférait se consacrer à l’équilibre budgétaire en trouvant les moyens de stabiliser la dette publique.

Cette dette n’est pas un sujet de préoccupation très grave actuellement. Elle est gérable parce qu’elle ne coute pas cher. L’Etat aurait commis une faute très grave de ne pas avoir tirer sur le crédit.

La dette Covid est gérable à condition de stabiliser les appels à la dette. Si les taux restent à zéro ou presque, et si le montant global emprunté ne s’accroit plus, le taux de croissance annuel de l’économie rabotera d’autant et mécaniquement le total de la dette. Le seul pari que Bercy fait aujourd‘hui, c’est celui que l’on va conserver des taux très bas pendant au moins 10 ans. Aussi bizarre que ça puisse paraître aux étudiants en sciences économiques et aux économistes nostagiques de l’époque où l’inflation réglait les additions crédit, le pari n’a plus rien d’utopique.