Les trois crises qui vont plomber l’été de François Hollande

François Hollande va aborder un été qui s’annonce comme celui de tous les dangers. Contrairement aux autres pays de la zone euro, la France n’est pas sortie de son surendettement, ses chantiers de réformes ne sont pas ouverts et le pays n’a pas de solution politique pour sortir de cette paralysie.

François Hollande va aborder un été qui s’annonce comme celui de tous les dangers. Contrairement aux autres pays de la zone euro, la France n’est pas sortie de son surendettement, ses chantiers de réformes ne sont pas ouverts et le pays n’a pas de solution politique pour sortir de cette paralysie.

On a connu des étés qui s’annonçaient  meilleurs. La France aujourd’hui est piégée dans trois crises différentes dont les effets se cumulent. Une crise  financière, une crise structurelle et une crise politique.

La crise financière qui a déjà failli décimer l’Europe en 2008 (les « subprimes ») puis en 2011 (l’euro et les dettes souveraines) est désormais écartée. Il n’y a plus de vrais dangers au niveau de la monnaie commune et de la zone euro. Tous les pays en risque, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, et le Portugal sont sortis des zones rouges où leurs endettements publics les avaient entrainés. Ils en sont sortis au prix d’un effort douloureux, mais ont réussi à préserver l’essentiel avec l’aide très contraignante de la troïka, composée de la Commission de Bruxelles, de la Banque centrale et du FMI… Tous les pays sauf un, la France, qui n’a pas fait le minimum pour alléger son endettement.

De par sa puissance, et sa maturité fiscale (on sait lever des impôts) et la garantie du voisin allemand, la France réussit à emprunter à des niveaux très bas (à moins de 2%) et par conséquent à assurer ses échéances. Cette force-là donne à l’opinion publique et à beaucoup de leaders politiques l’idée que nous pourrions vivre dans cet état encore longtemps. C’est impossible. A partir du moment où nous sommes obligés d’emprunter plus de 10 milliards d’euros par mois, ce comportement est sans doute supportable à 2% de taux d’emprunt. Cela deviendrait au contraire insupportable à 3 ou 4 %. Or rien n’est assuré. Surtout quand le total de notre endettement approche les 100% du PIB. Si l’on devait atteindre ce seuil, les banquiers nous lâcheraient, comme ils ont lâchés la Grèce et l’Italie de Silvio Berlusconi en 2010 et 2011. Ce moment-là approche…

Il approche d’autant plus vite que le pays ne donne aucun signe qui permettrait de penser que les choses vont se redresser. La loi de finances rectificative n’organise pas de baisses de dépenses publiques et en dépit de sa relative « douceur » elle suscite un tollé de résistance chez les parlementaires, qui fait qu’elle trouvera difficilement une majorité.

La deuxième crise est économique celle-ci… Elle porte sur des structures de productions qui ont perdu leurs compétitivités. Donc pas d’activité, pas de croissance et par conséquent, pas d’emplois créés. On connait toutes les réformes qu’il faudrait engager : abaissement des charges, simplification administrative, modernisation publique… Mais au-delà, tout le monde sait qu’il faut tenir sur la réforme de la SNCF, sur les intermittents du spectacle ; tout le monde sait qu’il faut détricoter la loi Alur, voulue par Cécile Duflot mais qui a bloqué le secteur du logement ; tout le monde sait enfin qu’il faudrait débrider la recherche sur les énergies, s’engager sur le nucléaire… Pour l’heure, nous sommes en retard sur tous les chantiers, sur l’écotaxe, sur le digital, sur la fiscalité de production, sur la transition énergétique. Et même sur Alstom, où la position française aboutit à générer une surenchère insupportable qui mettra l’entreprise à la merci d’un assainissement douloureux par le nouvel acquéreur quel qu’il soit, parce qu’il voudra récupérer ses billes.

Tous ces chantiers qui doivent améliorer la compétitivité de la maison France sont ou en retard, ou complètement bloqués. Pour des raisons politiques, des manques d’expertise, de déficits de compétences. Les étrangers qui observent le spectacle de cette France où les chantiers sont arrêtés, sont tous affligés et découragés. Le résultat immédiat, c’est que les jeunes diplômés continuent de partir travailler à l’étranger et les très riches s’expatrient pour investir ailleurs.

La troisième crise que nous affrontons est purement politiqueIl n’y a pas de solution politique évidente pour débloquer le pays. A priori, la situation française est désespérante parce que la gouvernance n’a pas les moyens politiques pour appuyer les réformes.

La majorité de gauche a disparue sous abris. L’extrême-gauche s’est vidée, les écologistes se sont éparpillés en clans. La plupart s’opposent violemment à Manuel Valls, d’autres sont très attentistes. Quant aux députés socialistes, ils sont plongés dans des états d’âme existentiels à se demander ce qu’ils doivent faire pour ne pas perdre leur(s) job(s). S’ils votent les réformes de juillet, ils le feront du bout des doigts sans trop le dire à leurs électeurs dont ils ont peur.

La droite de son coté, est incapable d’apporter une majorité responsable et cohérente. Le centre existe en tant que « marque » mais représente très peu de clients. L’UMP  passe son temps en querelles de boutiquiers qui se disputeraient  le fond de caisse. Plus grave, les uns accusent les autres de les avoir pillés. La France entière s’en moque. La France voudrait savoir comment stopper la grève des  cheminots de la SNCF, éviter celle des  intermittents du spectacle. La France entière voudrait surtout que l’économie reparte.  Et quand on entend Luc Chatel, secrétaire général de l’UMP, demander au gouvernement de céder et d’abandonner en rase campagne, on hallucine ! La droite ne pourrait pas une fois dans sa vie voter un texte parce qu’il est bon même s’il est présenté par les socialistes. Ce dont les Français ont besoin, ce n’est pas de savoir si une réforme est bonne pour le droite ou pour la gauche… Ce dont les Français ont besoin, ce sont  des réformes efficaces et performantes.

On en arrive à la situation surréaliste d’un gouvernement de gauche qui s’oppose à des grévistes sur une loi incontournable qui en plus avait été négociée auparavant. Avec une opposition de droite qui avait initié cette loi responsable mais qui aujourd’hui ne la votera pas et qui approuve les grévistes qui s’y opposent. On hallucine une deuxième fois.

La France a toujours été partagée entre des conservateurs et des progressistes dans le domaine économique. Le fait nouveau aujourd’hui, c’est que cette ligne de partage passe à travers les grands partis. Il y a autant de progressiste à droite qu’à gauche. Il y a autant de conservateurs réactionnaires frileux et protectionnistes à gauche qu’à droite. On ne trouvera jamais de majorité politique pour sortir de cette ornière.

Il n’y a malheureusement pas beaucoup d’autres solutions. Les voici :

– Un homme charismatique, oui, cela a parfois marché dans le passé, mais à présent on a beau chercher sur le marché politique, il n’y a guère d’hommes charismatiques capables de prendre la situation en main.

– Une situation de crise violente qui amènerait le FMI à franchir la porte de l’hexagone avec dans ses bagages un expert qui serait investi de tous les pouvoirs compte  tenu de la situation et parrainé par les grandes puissances européennes. L’Italie est passée par là. Silvio Berlusconi est parti, remplacé par Mario Monti à la demande du système financier européen. Mario Monti a travaillé et, après une période d’incertitude démocratique, a été remplacé par Matteo Renzi. François Hollande doit rencontrer le président du Conseil italien en fin de semaine. Mais à quoi bon ? Matteo Renzi a réussi son coup en agissant très vite les premières semaines de son mandat. Le président français est en place depuis deux ans et il réfléchit encore à ce qu’il pourrait faire. L’Italie se redresse doucement. La France s’enfonce. La France n’est pas l’Italie. Elle est beaucoup trop arrogante.

François Hollande va aborder un été qui s’annonce comme celui de tous les dangers. Contrairement aux autres pays de la zone euro, la France n’est pas sortie de son surendettement, ses chantiers de réformes ne sont pas ouverts et le pays n’a pas de solution politique pour sortir de cette paralysie.

On a connu des étés qui s’annonçaient  meilleurs. La France aujourd’hui est piégée dans trois crises différentes dont les effets se cumulent. Une crise  financière, une crise structurelle et une crise politique.

La crise financière qui a déjà failli décimer l’Europe en 2008 (les « subprimes ») puis en 2011 (l’euro et les dettes souveraines) est désormais écartée. Il n’y a plus de vrais dangers au niveau de la monnaie commune et de la zone euro. Tous les pays en risque, la Grèce, l’Italie, l’Espagne, et le Portugal sont sortis des zones rouges où leurs endettements publics les avaient entrainés. Ils en sont sortis au prix d’un effort douloureux, mais ont réussi à préserver l’essentiel avec l’aide très contraignante de la troïka, composée de la Commission de Bruxelles, de la Banque centrale et du FMI… Tous les pays sauf un, la France, qui n’a pas fait le minimum pour alléger son endettement.

De par sa puissance, et sa maturité fiscale (on sait lever des impôts) et la garantie du voisin allemand, la France réussit à emprunter à des niveaux très bas (à moins de 2%) et par conséquent à assurer ses échéances. Cette force-là donne à l’opinion publique et à beaucoup de leaders politiques l’idée que nous pourrions vivre dans cet état encore longtemps. C’est impossible. A partir du moment où nous sommes obligés d’emprunter plus de 10 milliards d’euros par mois, ce comportement est sans doute supportable à 2% de taux d’emprunt. Cela deviendrait au contraire insupportable à 3 ou 4 %. Or rien n’est assuré. Surtout quand le total de notre endettement approche les 100% du PIB. Si l’on devait atteindre ce seuil, les banquiers nous lâcheraient, comme ils ont lâchés la Grèce et l’Italie de Silvio Berlusconi en 2010 et 2011. Ce moment-là approche…

Il approche d’autant plus vite que le pays ne donne aucun signe qui permettrait de penser que les choses vont se redresser. La loi de finances rectificative n’organise pas de baisses de dépenses publiques et en dépit de sa relative « douceur » elle suscite un tollé de résistance chez les parlementaires, qui fait qu’elle trouvera difficilement une majorité.

La deuxième crise est économique celle-ci… Elle porte sur des structures de productions qui ont perdu leurs compétitivités. Donc pas d’activité, pas de croissance et par conséquent, pas d’emplois créés. On connait toutes les réformes qu’il faudrait engager : abaissement des charges, simplification administrative, modernisation publique… Mais au-delà, tout le monde sait qu’il faut tenir sur la réforme de la SNCF, sur les intermittents du spectacle ; tout le monde sait qu’il faut détricoter la loi Alur, voulue par Cécile Duflot mais qui a bloqué le secteur du logement ; tout le monde sait enfin qu’il faudrait débrider la recherche sur les énergies, s’engager sur le nucléaire… Pour l’heure, nous sommes en retard sur tous les chantiers, sur l’écotaxe, sur le digital, sur la fiscalité de production, sur la transition énergétique. Et même sur Alstom, où la position française aboutit à générer une surenchère insupportable qui mettra l’entreprise à la merci d’un assainissement douloureux par le nouvel acquéreur quel qu’il soit, parce qu’il voudra récupérer ses billes.

Tous ces chantiers qui doivent améliorer la compétitivité de la maison France sont ou en retard, ou complètement bloqués. Pour des raisons politiques, des manques d’expertise, de déficits de compétences. Les étrangers qui observent le spectacle de cette France où les chantiers sont arrêtés, sont tous affligés et découragés. Le résultat immédiat, c’est que les jeunes diplômés continuent de partir travailler à l’étranger et les très riches s’expatrient pour investir ailleurs.

La troisième crise que nous affrontons est purement politiqueIl n’y a pas de solution politique évidente pour débloquer le pays. A priori, la situation française est désespérante parce que la gouvernance n’a pas les moyens politiques pour appuyer les réformes.

La majorité de gauche a disparue sous abris. L’extrême-gauche s’est vidée, les écologistes se sont éparpillés en clans. La plupart s’opposent violemment à Manuel Valls, d’autres sont très attentistes. Quant aux députés socialistes, ils sont plongés dans des états d’âme existentiels à se demander ce qu’ils doivent faire pour ne pas perdre leur(s) job(s). S’ils votent les réformes de juillet, ils le feront du bout des doigts sans trop le dire à leurs électeurs dont ils ont peur.

La droite de son coté, est incapable d’apporter une majorité responsable et cohérente. Le centre existe en tant que « marque » mais représente très peu de clients. L’UMP  passe son temps en querelles de boutiquiers qui se disputeraient  le fond de caisse. Plus grave, les uns accusent les autres de les avoir pillés. La France entière s’en moque. La France voudrait savoir comment stopper la grève des  cheminots de la SNCF, éviter celle des  intermittents du spectacle. La France entière voudrait surtout que l’économie reparte.  Et quand on entend Luc Chatel, secrétaire général de l’UMP, demander au gouvernement de céder et d’abandonner en rase campagne, on hallucine ! La droite ne pourrait pas une fois dans sa vie voter un texte parce qu’il est bon même s’il est présenté par les socialistes. Ce dont les Français ont besoin, ce n’est pas de savoir si une réforme est bonne pour le droite ou pour la gauche… Ce dont les Français ont besoin, ce sont  des réformes efficaces et performantes.

On en arrive à la situation surréaliste d’un gouvernement de gauche qui s’oppose à des grévistes sur une loi incontournable qui en plus avait été négociée auparavant. Avec une opposition de droite qui avait initié cette loi responsable mais qui aujourd’hui ne la votera pas et qui approuve les grévistes qui s’y opposent. On hallucine une deuxième fois.

La France a toujours été partagée entre des conservateurs et des progressistes dans le domaine économique. Le fait nouveau aujourd’hui, c’est que cette ligne de partage passe à travers les grands partis. Il y a autant de progressiste à droite qu’à gauche. Il y a autant de conservateurs réactionnaires frileux et protectionnistes à gauche qu’à droite. On ne trouvera jamais de majorité politique pour sortir de cette ornière.

Il n’y a malheureusement pas beaucoup d’autres solutions. Les voici :

– Un homme charismatique, oui, cela a parfois marché dans le passé, mais à présent on a beau chercher sur le marché politique, il n’y a guère d’hommes charismatiques capables de prendre la situation en main.

– Une situation de crise violente qui amènerait le FMI à franchir la porte de l’hexagone avec dans ses bagages un expert qui serait investi de tous les pouvoirs compte  tenu de la situation et parrainé par les grandes puissances européennes. L’Italie est passée par là. Silvio Berlusconi est parti, remplacé par Mario Monti à la demande du système financier européen. Mario Monti a travaillé et, après une période d’incertitude démocratique, a été remplacé par Matteo Renzi. François Hollande doit rencontrer le président du Conseil italien en fin de semaine. Mais à quoi bon ? Matteo Renzi a réussi son coup en agissant très vite les premières semaines de son mandat. Le président français est en place depuis deux ans et il réfléchit encore à ce qu’il pourrait faire. L’Italie se redresse doucement. La France s’enfonce. La France n’est pas l’Italie. Elle est beaucoup trop arrogante.