Les trois projets insupportables qui vont condamner Benoît Hamon à l’échec

Après un week-end euphorique, Benoît Hamon ne réussira pas à gravir l’escalier de l’Elysée, ni même à restaurer une gauche de gouvernement.
 

Benoît Hamon a commis l’irréparable et ça va lui barrer la route pour le restant de sa vie politique. La présidentielle, c’est mort ! La prise de pouvoir au parti socialiste, c’est très compromis.  

A priori, il aurait pu gagner son pari, très ambitieux certes.  Dans l’état de déliquescence où se trouve la gauche, il avait les moyens de réaliser son ambition. Il est de la nouvelle génération, il avait un peu d’expérience de la politique et il avait été formé au pragmatisme par Michel Rocard. Il était donc totalement compatible avec la modernité portée par la social-démocratie. Alors, il s’était retrouvé certes, dans le camp des frondeurs de la gauche, mais c’était plus par accident que par conviction. On se souvient de sa démission forcée du gouvernement à la suite d’une blague de potache d’Arnaud Montebourg, une blague, (la cuvée du redressement), dont il n’aurait pas été capable tout seul. C’était le petit frère plutôt sage.

Cette sortie de route l’a placé dans une posture de frondeur et surtout de rival insolent de son ami Manuel Valls. Et puis, il a fallu habiller la posture avec des idées et des convictions. Il en a emprunté beaucoup à ses amis altermondialistes, puis chez ses amis bretons, puis en se frottant aux extravagances verbales de Montebourg. En fait, Benoit Hamon a réussi à se faire remarquer puis adopter par le milieu des bobos de la gauche parisienne qui l’ont préféré à son complice Arnaud Montebourg.

Sans stratégie bien établie, Benoit Hamon s’est retrouvé propulsé à la primaire de gauche soutenu par les frondeurs de la gauche qui trouvait Mélenchon trop vieux jeu ou trop vulgaire. La dynamique dont il a bénéficié l’a poussé jusqu’à lui faire gagner la primaire, sauf que maintenant, il doit assumer cette responsabilité et s’engager véritablement à la présidentielle.

Son problème est monstrueusement difficile. Il doit rassembler une grande partie du parti socialiste avec qui il a été en conflit pendant plus de deux ans et surtout, il doit confronter son programme de réformes à la réalité.

Et là, dans cet exercice, il est complètement piégé. Dans le logiciel qu’il a utilisé pour la primaire, il y a trois projets qui sont absolument incompatibles avec une action de gouvernement. Plus grave, ces trois projets vont à l‘encontre des convictions des trois quarts de la gauche française sans pouvoir séduire un seul membre de la droite, ou du centre.

Plus grave encore, un de ces projets va à l’encontre même des principes d’un Etat de droit démocratique. C’est donc inadmissible et impardonnable. Benoit Hamon peut faire tous les arrangements qu’il voudra, la classe politique ne lui pardonnera jamais.

Le 1e projet est celui de créer le fameux revenu universel. Dans la version qu il en a donné, le projet est absurde et dangereux dans son principe pour l’équilibre de la société. Passons sur le financement, sans imaginer que ce revenu universel vienne en remplacement de toutes les aides et prestations sociales qui seraient alors supprimées, le projet n’est pas finançable. Ni par l’impôt, ni par la cotisation, ni par de la dette.

Mais au delà du financement compliqué, ce qui n‘est pas acceptable, c’est que le Revenu universel version Hamon, crée une société très inégalitaire, où la règle d’or sera de vivre assisté et oisif. C’est totalement contraire aux fondements même de la culture judéo-chrétienne de l’occident. C’est évidemment contraire aux idéaux de la gauche mais pas seulement. Logiquement, l’opinion ne peut pas laisser le pouvoir à un responsable politique qui emmènerait la société dans le mur de cette façon.

Le 2e projet, Benoit Hamon propose tout simplement que l’Etat pour faire face à l’endettement abyssal, ne paie pas ses dettes. « Bon sens, mais c’est bien sûr !!! » La proposition relève de l’abus de biens social généralisé et de l’incitation au désordre. C’est encore absurde. L ‘idée a dû lui être soufflée par son ami Varoufakis, l’ancien ministre de l’Economie grecque qui en avait persuadé Alexis Tsipras. Les Grecs en ont vu le résultat. Les banques ont été fermées faute de liquidités. Quand un Etat ou alors n’importe quel acteur de l’économie, ne paie pas ses dettes, il se retrouve sans aucun financement. Plus grave, il ruine les épargnants puisque la dette a été financée à 40% par les épargnants français et à 60% par des non-résidents. Comment un homme qui aspire à la fonction de président de la République peut-il songer à une telle extravagance ? Sans parler de l’exemple qu’il va donner à tous ceux qui essaient de s’en sortir en négociant leur dette plutôt que de se déclarer en faillite. Aucuns dirigeants politiques, aucun député n’acceptera d’assumer un tel projet qui mettrait la France en ruine.

Le 3e projet est encore plus fou. Benoit Hamon propose d’autoriser des référendums populaires qui seraient organisés pour statuer sur des décisions législatives, ou gouvernementales. Il suffirait d’une pétition de 500 signatures pour que le référendum soit organisé. Cette initiative institue le déni de démocratie. Il est évident que l’appareil législatif est à la merci de n’importe quel lobby, ou groupe d’intérêt qui pourra faire capoter une décision prise et votée par les repentants du peuple. Les députés et les sénateurs, les ministres, les administrations se retrouvent du même coup piégé en permanence. C’est la porte ouverte à l’immobilisme, et le désordre. Tout cela, au nom de la démocratie. La révolution française s’est perdue dans le désordre, l’anarchie et la violence pour moins que cela.

Ce qui est extravagant dans cette aventure c’est que Benoit Hamon a déroulé sans débats et peu de contradicteurs (hormis un Manuel Valls excédé). Ce qui est extravagant dans notre systeme démocratique, c’est que n’importe qui peut proposer n’importe quoi. Parce ce que le revenu universel défini par Benoit Hamon qui s’assoie sur les dettes pour les écraser et ne pas avoir à les payer et pour être sûr d’avoir raison, organise des référendums populaires, on ne serait plus en démocratie, on serait chez Ubu roi.

Ce qui est extravagant aujourd’hui c’est que cet « avenir désirable » est tellement dangereux que la majorité de ceux qui avaient quelques sympathies pour les valeurs d’une gauche responsables vont se mettre en marge où frapper à la porte du voisin de palier. Le voisin de palier celui qui est ni de droite, ni de gauche.