Les trois raisons pour lesquelles le Royaume-Uni va se rapprocher de l’Europe

Les élections de jeudi sont toujours aussi incertaines. Les sondages donnent conservateurs et travaillistes au coude à coude. Du coup, toutes les coalitions sont possibles pour arriver au pouvoir. Une situation un peu confuse mais qui n’inquiète nullement les milieux d’affaires.

Les Anglais ne changeront pas. Le bébé royal se prénommera donc Charlotte. Alors que tous les sujets de sa gracieuse Majesté avancent très vite vers une situation politique confuse, la préoccupation première restait  le prénom du Royal baby : Alice ou Charlotte. Ils ne savent rien du prochain Premier ministre mais veulent tout savoir du bébé de Kate et de William.

A deux jours des élections générales, les sondages ne donnent aucun des deux grands partis vainqueurs. Ni les conservateurs de David Cameron, ni les travaillistes d’Edouard Milliband  n’obtiendront une majorité suffisante pour pouvoir gouverner. D’où l’hypothèse d’une coalition nécessaire avec un des petits partis, qui sont eux même en mauvaise posture.

Le seul qui va tirer son épingle du jeu électoral et jouer un rôle sera sans doute le parti des Ecossais nationalistes. Le parti qui s’était fait une santé avec son initiative de référendum séparatiste sachant que dans son programme il y avait le projet d’adhérer directement à l’Europe et à la zone euro. Le parti Ecossais avait échoué de peu, mais marqué fortement la classe politique britannique par ses prises de positions pro-européennes.

Les milieux financiers et les milieux d’affaires n’ont aucune réaction à la perspective d’une situation politique confuse. La bourse de Londres n’a pas bougé, la monnaie non plus. Les indicateurs financiers restent très bien orientés.

En fait, le monde de la banque et de la grande entreprise, qui détient le vrai pouvoir en Grande-Bretagne, considèrent que la situation sera ou bien assez confuse ou assez équilibrée pour préserver le statut quo.

Personne ne croit vraiment qu’il y aura une pression forte pour sortir de l’Europe. Les chefs d’entreprise et les banquiers s’attendent même à ce qu’il y ait une pression pour une plus grande intégration européenne qui pourrait aller jusqu’à une demande d’adhésion à la zone euro. Les analystes très prudents avancent trois raisons qui pourraient pousser les Anglais à promouvoir une telle évolution.

1e raison, l’économie britannique s’est passablement affranchie des activités purement financières qui servaient de moteur avant la crise. La crise de 2008 a montré combien la City était fragile. La Grande-Bretagne a reconstruit une industrie qui est maintenant plus puissante que l’industrie française. Ça veut dire que la non-appartenance à l’euro qui tracte et booste l’industrie financière et bancaire va être de moins en moins nécessaire, alors même que l’industrie a besoin de la stabilité des changes pour développer son commerce intra-européen.

2e raison, un resserrement des liens avec l’Europe peut apporter des contrepouvoirs progressistes et sociaux à un modèle britannique qui reste profondément conservateur dans ses rapports sociaux internes. Sur le terrain social et fiscal, la Grande-Bretagne peut avoir intérêt à se rapprocher du modèle continental.

3e raison, le rapprochement avec l’Europe est forcément de nature à calmer les excès de fièvre régionalistes qui apparaissent. Cette lame de fond qui agite l’Écosse  touche aussi au pays de Galles et à Irlande. L’Europe politique a du mal à se construire avec des États très centralisés.

L’Union européenne, avec des institutions plus fédérales, s’organiserait sans doute mieux directement avec des régions ou des landers. Les structures régionales allemandes, espagnoles, italiennes sont plus confortables dans leur relation avec Bruxelles que ne le sont, Berlin, Madrid, ou Rome. Ne parlons pas de Paris. Les capitales d’États sont jalouses de leur pouvoir. Les capitales régionales en sont plutôt fières. C’est vrai aussi en Grande-Bretagne. La mondialisation a gommé les frontières nationales mais, paradoxe, elle a renforcé l’identité des territoires et des régions.

Ce qui se prépare en Grande-Bretagne est donc très profond, très compliqué à gérer. Une telle mutation répond aux contraintes économiques. L’Angleterre n’a plus besoin d’un pseudo statut de paradis fiscal pour garder son rang. Au contraire, l’opinion est prête à abandonner une grande partie de ses traditions au profit d’une Europe plus fédérale, qui serait alors beaucoup moins sous l’empreinte de la politique allemande.

L’opinion peut abandonner beaucoup de ses traditions sauf celles de protéger la famille royale. Plus la Grande-Bretagne va se dissoudre dans l’Europe, plus elle vénérera sa monarchie. La famille royale est parfaitement euro-compatible. C’est peut-être pourquoi le prénom de la princesse royale est beaucoup plus important que le nom du prochain Premier ministre.