Les trois raisons qui poussent les bourses européennes à monter malgré la catastrophe politique de dimanche

Au lendemain des élections du Parlement européen, jugées assez catastrophiques pour l’idée européenne, les marchés boursiers ont tous performé hier sur le continent. Ces derniers n’ont pas réagi aux élections mais anticipent une réponse économique des États et une pression accrue sur la BCE. Un peu compliqué ? Et bien, pas tant que ça…

Au lendemain des élections du Parlement européen, jugées assez catastrophiques pour l’idée européenne, les marchés boursiers ont tous performé hier sur le continent. Ces derniers n’ont pas réagi aux élections mais anticipent une réponse économique des États et une pression accrue sur la BCE. Un peu compliqué ? Et bien, pas tant que ça…

Ce qui s’est passé hier sur les places boursières européennes peut paraître très étonnant. En moyenne, les bourses ont augmenté de 2,5 %. La plus dynamique aura été la bourse d’Italie qui a grimpé de plus 3,4% et la plus déprimée aura été la bourse de Paris qui sature à moins de 1%. D’après les analystes, la hausse des valeurs italiennes  salue la politique de réforme extrêmement courageuse du nouveau premier ministre et l’engagement du corps électoral tout entier qui a écrasé les tentations populistes  et confirme ses engagements pro-européens.

Coté français, c’est l’inverse : les marchés financiers s’inquiètent d’un vote qui donne le sentiment de vouloir tourner le dos à l’Europe et sanctionnent les mauvais résultats économiques et surtout l’absence de réforme. A priori, la réaction boursière à Paris comme à Milan parait normale. Ce qui parait beaucoup moins logique est l’orientation très positive des autres marchés européens, que ce soit l’Allemagne, les pays du Benelux, les pays scandinaves, la Grèce, ou l’Espagne qui ont tous clôturés, en moyenne, aux alentours de 2% , alors que la construction européenne s’est quand même réveillée avec la gueule de bois au lendemain des élections.

L’explication de ce paradoxe tient en trois points qui sont propres au fonctionnement des marchés financiers :

Premier point, le résultat des élections européennes ne va rien changer quant au fonctionnement des institutions et à l’orientation politique de la construction européenne. La majorité va continuer d’appartenir aux mouvements conservateurs plutôt favorables aux options fédéralistes. En clair, le grand projet européen n’est pas remis en cause par la montée des partis d’extrême droite.

Second point, il est probable que François Hollande va ce mardi demander aux chefs d’Etats européens de changer le modèle économique de l’Europe. Le président de la République va insister sur la trop grande austérité imposée aux pays européens. Il va réclamer plus de croissance, moins de réformes. Les propos du président français ne seront pas entendus. Déjà inaudible en France, le président français est devenu depuis dimanche soir peu audible en Europe. La discipline européenne ne gêne que la France qui refuse de se remettre en cause. L’Hexagone pense qu’il pourrait changer l’Europe alors qu’il faudrait qu’il s’adapte à l’évolution. La France a perdu beaucoup de son influence.

Cela dit, les difficultés françaises peuvent amener les partenaires européens à faire preuve de mansuétude et de bienveillance. Il faudra peut-être sauver le soldat « France ». François Hollande peut, en séance à Bruxelles, ne faire aucune remarque, mais au contraire faire la charité. Pas très glorieux, mais ça lui permettra de gagner du temps. François Hollande pense « qu’avec le temps, tout passe… », y compris la crise. Il se trompe mais on n’en a pas (encore) la preuve.

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Sa chance est que les marchés ne sont pas obsédés par les solutions européennes. En revanche, ils adorent les antidouleurs et les expédients. Actuellement, les marchés sont satisfaits, tous les pays d’Europe sortent de la crise par eux-mêmes et on va encore donner du temps à la France. Que demander de plus ?

Troisième point, les marchés se sont convaincus que la Banque centrale européenne va intervenir en Juin. D’abord parce que Mario Draghi a encore dit qu’il ferait ce qu’il faut pour conjurer le risque de déflation (qui bloque tout, le crédit, l’activité et la croissance). Devant le risque français lié aux élections européennes, les autres pays de la zone euro peuvent demander à la BCE de faire un geste. Ce sera un tout petit geste (des taux négatifs sans doute) parce que la France est le seul pays à réclamer une intervention monétaire. Mais ce geste se traduira par un surcroit de liquidités, lesquelles iront sur les marchés financiers des pays les plus en forme.

C’est pourquoi les marchés anticipent et investissent et que la bourse monte partout, sauf à Paris.