Les trois scénarios du monde des affaires sur l’avenir de François Hollande

Après une semaine catastrophique pour le pouvoir en place qui voit sa cote de popularité complétement effondrée, le monde des affaires prévoit trois scénarios différents.

Rien n’est écrit, rien n’est publiquement affirmé mais quand on interroge les patrons de l’AFEP, l’association française des grandes entreprises, ceux du Medef, de la CGPME et tous les patrons qui assistent actuellement aux universités d’été du patronat qui sont déclinées en province, on en retire les mêmes analyses, les mêmes conclusions.

Les chefs d’entreprise considèrent que jamais le pays n’a été aussi mal gouverné. Il y a certes des problèmes politiques, la majorité de gauche est fragile et l’alternative de droite n’existe pas réellement. Mais au-delà de ces fractures qui paralysent tout, il y a un sérieux problème de compétence dans les ministères et les cabinets. Hormis Bercy et le quai d’Orsay, où les administrations ont de grandes qualités techniques, et les politiques désormais assez cohérents, les autres ministères ne sont pas gérés ou alors par des amateurs. Ce manque de professionnalisme rebondit sur le travail parlementaire qui est en général pléthorique, flou et finalement assez peu performant.

A cela s’ajoute un pouvoir Élyséen complètement déliquescent et suicidaire. Dans ces conditions, les chefs d’entreprise françaises rejoignent les observateurs européens. Si le désordre continue, l’économie française ne s’en sortira pas et, plus grave encore, le système politique risque d’exploser.

Ce week-end en Bourgogne, université d’été régionale, à Marseille, 14e forum des entrepreneurs du Medef : dans chacun des deux cas, 2 000 chefs d’entreprise en colère contre tant d’incompétence au niveau de l’État.

Le discours de Manuel Valls a certes été magnifiquement reçu, mais si ce Premier ministre ne peut pas travailler faute de majorité avec un patron à l’Élysée devenu inaudible, on ne voit pas comment les réformes structurelles seront mises en œuvre. Il y a des risques évidents de révolte, d’enlisement ou d’asphyxie.

Dans cet environnement tellement chahuté, le monde des affaires en arrive à travailler sur trois scénarios pour les deux ans à venir du quinquennat.

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Le premier serait le plus souhaitable. Manuel Valls réussit à faire passer et à appliquer quelques réformes de structure, et notamment la réforme du droit du travail et du budget. Dans ce cas, les investisseurs français et étrangers se décoincent un peu et, grâce au jeu des anticipations positives, la situation peut évoluer très vite et offrir quelques résultats d’activité début 2015. Cela changerait tout., d’autant que dans ce cas, l’Europe pourrait assouplir un peu les règles budgétaires, la banque centrale pourrait soutenir encore l’activité et les marchés financiers, eux, tenir une ligne de taux très bas. Une bonne affaire pour la France.

Le deuxième scénario est plus risqué. Manuel Valls recule sur la plupart des réformes nécessaires et, dans le cas-là, la majorité de gauche se reconstruit mais sur la base d’un programme médian, qui ne serait cependant pas capable de restaurer cette confiance. Ça risque de tanguer du côté des taux d’intérêt, sauf si l’Allemagne nous apporte des garanties. Mais pourquoi le ferait-elle ?

Le troisième scénario est catastrophique pour le pays. Comme on ne peut planifier ni dissolution du Parlement, ni démission du Président en dépit des sondages désespérants, Manuel Valls lui-même démissionnerait. Après tout, aucune raison qu’il soit entrainé au fond du gouffre : du coup, le président de la République ne pourrait pas lui survivre. Certains à Lille disaient dimanche que Martine Aubry pourrait succéder à Manuel Valls, mais ça n’est pas son intérêt. Son intérêt est de préparer une présidentielle, fut-elle à son terme ou anticipée.

Le scénario d’un Président poussé à démissionner par un Premier ministre désabusé ou découragé n’est pas exclu par la droite qui va accélérer sa recomposition. François Fillon travaille à un programme libéral, Alain Juppé fait campagne sur le thème de l’Europe fédérale, ce qui est assez courageux… Quant à Nicolas Sarkozy, il va très vite, dans les jours qui viennent, se déclarer candidat à la présidence de l’UMP. Ça ne fait désormais plus de doute pour personne : ce qui préoccupe les milieux d’affaires, c’est le programme d’action. Mais pour l’instant, l’ancien Président n’a toujours rien produit de nouveau en termes de programme…