M. de Scitivaux – PSA : « On n’a jamais compris que le maintien de l’emploi ancien tue l’emploi futur »

La Cour d’appel de Paris a suspendu le plan de restructuration de PSA qui prévoit 8 000 suppressions de postes. Une victoire pour la CGT de Faurecia, filiale à 57 % de PSA, qui avait demandé cette suspension. Pourtant, la direction de PSA indique que cette décision n’aura pas de conséquence sur la mise en œuvre de son plan de restructuration. Pour l’économiste Marc de Scitivaux, au-delà de l’imbroglio interne au groupe, les problèmes de fond ne sont pas réglés.

Le tribunal qui suspend le plan de restructuration, c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Je ne suis pas dans la tête des dirigeants, difficile de parler à leur place. Je sais juste que c’est une mauvaise nouvelle pour notre image dans le monde. Le pays gagnant, c’est celui qui est capable d’attirer les capitaux et les cerveaux sur son sol. Toute nouvelle qui montre qu’il est dangereux, dans le cas présent juridiquement, d’investir en France ne peut qu’être défavorable.

L’annonce de PSA de supprimer 8 000 postes, n’était-ce pas déjà un signal défavorable ?
Non, au contraire. En France, on n’a jamais compris que le maintien de l’emploi ancien, tue l’emploi futur. Encore une fois, le problème c’est que l’on appuie à la fois sur l’accélérateur et le frein. Par exemple, comment comprendre quelque chose quand le gouvernement annonce une batterie de mesures historiques sur la compétitivité et qu’au final, les quelques mesures ne sont même pas votées par tout les syndicats.

C’est donc la faute du gouvernement ?
C’est de sa faute sans l’être. Le gouvernement actuel n’a pas été élu sur un programme du type « faire baisser le coût du travail et assouplir le marché du travail ». Actuellement, ils sont coincés dans une idéologie, dont eux personnellement se sont libérés, mais par leur électorat. La faute est un peu partout. D’une part, dans les politiques de subventions relativement brouillonnes, d’autre part, dans le retard considérable de l’assouplissement du marché du travail, mais aussi au niveau industriel, dans le retard de l’automatisation, dû justement à la difficulté de licencier.

Si les politiques sont occupées à gagner des voies, qui peut faire quoi ?
Je pense que tout le monde à un rôle à jouer. Il faut surtout arriver à ouvrir les yeux de nos concitoyens. Je ne crois pas au courage des politiques. Ce sont les concitoyens qui doivent comprendre que la mondialisation a des règles et que si l’on ne les applique pas, nous sommes sûrs de finir dans les poubelles de l’histoire. A partir de ce moment là, les politiques pourront faire leur boulot, mais ils ne précéderont jamais les opinions publiques.