Macron 2017 : un pari fou qui repose sur trois scénarios

Emmanuel Macron a commencé à dévoiler son plan de conquête et ça se vend. Du moins dans la presse.

Emmanuel Macron ne cache plus son ambition de faire cavalier seul. Comme un petit poucet du gouvernement, il jette des petits cailloux les uns après les autres pour indiquer le chemin qu’il prend. Et comme la presse s’en empare, elle lui offre des « unes » de magazines comme elle en offre parfois à des rock stars.

Emmanuel Macron rock star de la politique, c’est une position qui lui va bien. Sauf que tous ceux qui le fréquentent savent qu’il a désormais une ambition et un projet. Il ne s’en cache pratiquement plus.

L’ambition c’est de jouer un rôle sur le marché politique. Il sait (et il a raison) que le discours des hommes des partis traditionnels à droite comme à gauche est démonétisé. Tous les évènements qui ont touché la société française montrent que les responsables politiques ne répondent plus à la demande de l’opinion. Ils sont hors cadre. Leurs analyses ne correspondent pas à la réalité, leurs prévisions et leurs prescriptions sont à côté de la plaque.

C’est particulièrement vrai sur le terrain de l’économie. Les dirigeants politiques n’ont pas eu le courage de prendre la mesure des mutations en cours et d’en tirer les conséquences au niveau de l’action.

Sur la mondialisation, personne n’a pris du temps pour expliquer à l’opinion les avantages que la mondialisation apportait et surtout personne n’a expliqué les efforts qu’il fallait accepter, les changements qu’il fallait assumer pour profiter de ces échanges internationaux.

Sur l’Europe, personne n’a osé expliquer à l’opinion qu’il fallait plus de solidarité et que c’était toujours meilleur que le repli sur soi.

Seulement voilà, pour profiter de cette solidarité renforcée il fallait aussi faire un pas vers plus de fédéralisme. La crise a crispé les positions de chacun derrière ses frontières, alors que les frontières n’existent plus.

Sur le progrès technologique, personne n’a expliqué ce que cela impliquait comme changement dans l’organisation du travail.

A gauche, François Hollande avait bien sûr l’intuition qu’il fallait prendre un virage. Mais coincé par ses engagements électoraux, il a pris ce virage très tard en étant obligé de violer son électorat. Manuel Valls était en phase avec ses convictions pour négocier ce virage. Cependant, il lui fallait aussi un moteur majoritaire et ce moteur lui a fait défaut. Résultat : il tourne en rond sur toutes les réformes de modernisation qu’il a entreprises.

A la veille d’une mobilisation des jeunes et des syndicats, la situation du Premier ministre est devenue très critique.

A droite, la perspective n’est pas meilleure. Aucun des grands candidats n’a véritablement pris la mesure des changements à venir. Les campagnes présidentielles qui se préparent apparaissent très classiques et fondées sur des promesses que les dirigeants ne pourront pas tenir. Ceux qui ont plus travailler que d’autres, comme François Fillon, ont du mal à se faire entendre.

<--pagebreak-->La seule personnalité politique qui sort du lot aujourd‘hui, c’est effectivement Emmanuel Macron. Il a du temps pour s’expliquer, il n’est pas asphyxié par des dossiers urgents à traiter, il est libre de toute attache de parti, il a en plus une connaissance précise de ce qu’il se passe dans le monde et de ce qu’il faudrait faire pour débloquer l’économie française.

Cette liberté-là conjuguée à un talent de communicant lui ouvre les portes des médias, toujours en quête de figures nouvelles.

Ceci étant, le one man show permanent offert par le ministre de l’Economie n’est pas improvisé. Il est super préparé par des intellectuels qui le suivent, des chefs d’entreprises qui cherchent un bon cheval et des mentors qui sont discrets mais de grande qualité.

Le groupe qui sponsorise Emmanuel Macron a fait un pari fou. Ce pari, c’est de dire que dans la France telle qu’elle est aujourd’hui, une personnalité de qualité avec un discours et un programme qui collerait aux besoins de l’économique française (et pas aux demandes formulées par les corps intermédiaires, parce que ces demandes poussent à la démagogie et alimentent les attitudes clientélistes), pourrait réussir à prendre une part du marché politique.

Et l’économie française a besoin de pouvoir s’adapter aux grandes mutations. Surtout ne pas les nier, mais les assumer et les affronter. La personnalité capable de répondre à ces besoins a ses chances de conquérir le pouvoir pour agir. Et tous ceux qui entourent le ministre de l’Economie pensent qu’il peut être l’homme de la situation. C’est un pari fou qui fonctionne sur les trois scénarios les plus probables.

1) Le premier scénario suppose que Manuel Valls sera contraint de démissionner soit parce qu’il échoue avec la loi El Khomri, soit parce qu’il ne voudra plus assumer la responsabilité d un bilan de quinquennat désastreux.

Dans ce cas, François Hollande peut nommer Emmanuel Macron, qui aura l’avantage de ne pas être pris en otage par les réformes avortées.

2) Le deuxième scénario passe par le maintien de Manuel Valls à Matignon, mais dans ce cas, son sort est directement lié à celui du président de la République qui est d’ores et déjà carbonisé. Dans ce cas-là, Emmanuel Macron peut très bien rester. Il n’a rien à perdre, rien à gagner.

3) Le troisième scénario : rien ne bouge, rien ne change ni à l’Elysée, ni à Matignon et Emmanuel Macron décide de démissionner. Ça n’arrange pas sa situation pour la présidentielle de 2017, mais ça le met en position forte pour participer à la recomposition du paysage politique lors des élections législatives.

On aura besoin à ce moment-là de personnalités qui ne seront ni de droite ni de gauche, mais qui promettent d’être efficaces. Sur le papier et dans le secret de son club de réflexion qu’il peut très rapidement rendre public et transformer en club politique, le pari fonctionne. Macron a ses chances.

Sur le terrain, ça peut être différent. Sur le terrain, il faut des militants, des relais, des permanents partout aux quatre coins de l’Hexagone. Et les dirigeants politiques à droite comme à gauche n’ont pas abandonné la partie. Ils savent bien que pour accéder à un scrutin, le programme, les projets et l’intelligence technique sont beaucoup moins importants pour gagner que les personnalités, les rêves et les promesses.

François Hollande et Nicolas Sarkozy connaissent la musique. Ça fait tellement longtemps qui pratiquent les instruments. Emmanuel Macron, lui, n’en est qu’au solfège. Brillant certes, mais le solfège, si bien écrit soit-il, ça fait pauvre.