Macron confronté à une rentrée difficile avec quatre dossiers à haut risque...

 L’été a déjà été compliqué pour le pouvoir qui se retrouve confronté à des dossiers à haut risque auxquels il ne peut échapper. 

 

Si le début de mandat a été euphorique, Emmanuel Macron s’est rapidement retrouvé dans une réalité difficile à maitriser et l’été ne lui a guère laissé le temps de souffler.

La grogne des militaires, celle des paparazzis, les maladresses concernant le rabotage des APL, les débats sur la loi de moralisation politique et le bricolage concernant le statut de la Première dame qui s’est transformé en une charte de comportement, reprenant en gros ce qui se faisait avant sous la Vème République.

Il faut dire que le président s’est pris les pieds dans le tapis sur des problèmes plus symboliques que réels. Sauf qu’en politique, la symbolique des mots et des gestes est essentielle. Le résultat est que l’état de grâce dont bénéficie tout arrivant au pouvoir s’est évanoui très rapidement, en moins de 100 jours.

Pas facile dans ces conditions d’affronter la rentrée et surtout de traiter des dossiers à haut risque.

1° Emmanuel Macron va devoir statuer sur le projet de budget puisqu’il a fait de la maitrise des dépenses publiques un marqueur de sérieux auprès des français qui ont voté pour lui et une preuve de crédibilité auprès des marchés qui nous apportent les financements. L’équation est simple. S’il veut réduire le déficit et tenir la promesse de baisser les impôts de 10 milliards, il lui faut trouver 20 milliards d’économie sur les dépenses publiques, dont la moitié au niveau de l’Etat. L’autre moitié sur les collectivités locales.

2e dossier, le front social. La loi travail sera prête. Elle va modifier le code du travail en ramenant au niveau de l’entreprise une grande partie de la négociation sur l’organisation du travail. La CGT n’accepte pas le principe de cette réforme qui risque évidemment de diminuer son influence. Quant à l’opposition politique menée par la France des insoumis et Jean-Luc Mélenchon, elle compte bien coaguler tous les mécontentements.

3e dossier, le Brexit va entrer dans le dur de la négociation. Les britanniques sont dans une situation difficile car ils savent désormais qu’ils vont perdre une partie de leur potentiel de développement. La France est dans une position délicate parce que pour le moment, elle n’est pas le premier choix des institutions et des entreprises qui cherchent à déménager sur le continent.

Rotterdam, Francfort, Bruxelles et Luxembourg sont plus souvent choisis comme structures d’accueil que Paris.

4e dossier, Donald Trump. Malgré l’ambition d’avoir une attitude purement pragmatique, la France, comme d’autres pays, va être obligée de reconsidérer sa position vis à vis d’un président de plus en plus incorrect. A ce titre-là, l’évolution des chefs d’entreprises américains est très intéressante. Alors que le monde des affaires est resté d’une neutralité bienveillante à l’égard de Trump pendant quelques mois, il commence à le critiquer sévèrement aujourd’hui. Les grands patrons qui avaient accepté de travailler avec lui le quittent les uns après les autres. Ce qui signifie que le patronat américain, qui ne voulait pas se mêler de politique, a changé d’attitude en adoptant des positions critiques.

Cette volte-face n’est pas idéologique. Les grands patrons américains se mettent en phase avec ce que disent leurs clients, leurs salariés et leurs actionnaires. Il en va de leur intérêt.

Les grandes démocraties occidentales qui étaient prêtes à jouer le jeu de collaborer avec Trump vont être, elles aussi, obligées de changer de position compte tenu de leur propre opinion publique. Emmanuel Macron le sait.

 

Le président français n’est pas très bien armé pour gérer ces quatre types de dossiers.

Sa majorité parlementaire est forte mais très inexpérimentée, et elle n’est pas très bien managée. Il lui manque quelques poids lourds de la politique qui connaissent bien le terrain et surtout la réaction de ce terrain à une décision ou un projet gouvernemental.

Quant aux structures gouvernementales, elles sont, elles aussi, un peu sous équipées et dépendantes des administrations qui ne fonctionnent pas selon des logiques politiques. Comme par ailleurs, le chef de l‘Etat a tendance à recentrer le pouvoir à l’Elysée, il perd l’appui de certains ministres de poids. Sur les affaires étrangères par exemple, Jean-Yves Le Drian, qui était d’une utilité forte avec le président précédent, donne l’impression de flotter au quai d’Orsay, pendant que la Défense Nationale n’est pas tenue.

 

Emmanuel Macron a pourtant quelques atouts qui pourraient lui permettre d’agir assez vite.

D’une part, la conjoncture économique en Europe est encore bonne, ce qui pourrait lui donner de la marge budgétaire afin d’atteindre ses objectifs. A condition de ne pas redistribuer trop vite les surplus. Le risque est là.

D’autre part, son calendrier politique lui permet d’avoir devant lui près de 18 mois sans élection nationale. C’est une aubaine qui devrait rendre courageux.

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