Macron et Merkel préparent-ils en secret un plan d’unification de la France et de l’Allemagne afin de relancer la construction européenne ?

 

Le 13 juillet prochain, la France et l’Allemagne vont présenter une position définitive et commune pour  réformer la gouvernance  de l’Union européenne.

Un peu à l’image de la relation entre François Mitterrand et Helmut Kohl, qui avait permis de préparer la réunification des deux Allemagne en échange de la mise en place de l’euro dans les années 1990, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont entrepris une opération de rapprochement qui a sans doute pour objectif de renforcer l’alliance entre la France et l‘Allemagne et pour ambition de reconstruire une Union européenne plus solide et plus solidaire.

Le Conseil des ministres franco- allemand qui doit se dérouler à Paris le 13 juillet prochain doit en effet fixer les grandes lignes d’une réforme de la gouvernance de la zone euro et un calendrier précis.

Cette réforme portera principalement sur la constitution d’un gouvernement européen et d’une direction du  trésor et du budget  commun, c’est à dire une gestion budgétaire unique. Bref, la France et l’Allemagne préparent une organisation fédérale qui devrait s’appliquer aux 27 membres de la zone, s’ils l’acceptent.

Alors si les grandes lignes sont d’ores et déjà tracées, il reste beaucoup de détails à régler et notamment la question de la mutualisation des dettes. Les allemands sont toujours opposés à toute structure qui les obligeraient d’une façon ou d’une autre, à prendre en charge la dette des pays qui ne sont pas solvables. C’est la grande difficulté qui pèse périodiquement sur la gestion de la monnaie unique. Quoi faire quand un des partenaires (la Grèce par exemple) n’a pas les moyens de supporter sa dette.

L’idée qui circule dans les milieux financiers serait de mettre de côté le passé, de cantonner les stocks de dettes dans des structures de défaisance qui seraient gérées par les structures européennes et de repartir à zéro dans des conditions plus responsables.

Ce projet va à l’encontre de la culture allemande, mais les dirigeants allemands ne seraient pas loin d’accepter une telle formule si elle permettait de débloquer l’unification européenne.

La pression en Europe pour renforcer l’Union européenne n’a jamais été aussi forte.

1. L’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir a servi de catalyseur dans beaucoup de pays qui étaient menacés par le risque populiste qui porte les tentations protectionnistes. Emmanuel Macron a été élu avec une offre délibérément libérale, pro business et européenne. Il a réuni une majorité absolue au Parlement sur le même engagement.

Par ailleurs, la cohérence du programme de réformes avec la nature de son diagnostic a totalement crédibilisé son projet auprès des milieux économiques.

Résultat : Emmanuel Macron a été accueilli un peu comme le messie par la plupart des gouvernements européens de l’Europe du nord, comme un dirigeant responsable avec lequel ils pourraient travailler. Mais il a été accueilli avec la même ferveur par les gouvernements du sud plus fragiles.

2. Du côté des allemands, Emmanuel Macron a provoqué une sorte d’euphorie. Il suffit de parcourir la presse d’outre-Rhin qui ne tarit pas d’éloge sur la mutation lancée en France. Du coup, tous les leaders politiques se raccrochent à Macron. Angela Merkel le soutient mais espère surtout que son électorat retiendra que Macron s’entend bien avec Merkel. Du côté SPD, Martin Schulz est entré en campagne en annonçant haut et fort son amitié personnelle avec le président français et sa proximité au niveau des idées, des projets et des méthodes.

Bref, pour reprendre un commentaire du quotidien de Munich, le Seaddeutshezeitung, « les hommes politiques européens, et notamment les responsables allemands s’affichent avec Macron, comme les enfants qui ne se séparent jamais de leur peluche favorite »

Ce climat et cette ambiance préparent évidemment la pédagogie d’un rapprochement auquel tout le monde pense sans oser en parler.

3. Le Brexit, qui a quand même surpris tout le monde, arrange finalement les affaires des pro-européens. Du coté français comme du coté allemand, on n’est pas loin de se réjouir du départ des anglais des institutions européennes. De façon très prosaïque, le Brexit va rapatrier en Europe une grande partie des activités financières. D’un point de vue politique, on espère seulement que les anglais accepteront un divorce plus soft que celui promis par Theresa May. Il y a des pans entiers du contrat d’association qu’il faudrait préserver au bénéfice de tous. Mais le départ de la Grande Bretagne dégage la route vers plus de fédéralisme européen.

4. La politique de Donald Trump qui semble installer des barrières protectionnistes ou plus généralement des freins à la libre circulation oblige les européens à se serrer les coudes. Plus de solidarité et de cohérence. Pour beaucoup, les européens n’ont pas d’autre choix pour résister aux arrogances des américains.