Macron, Fillon et Valls n’y sont pour rien mais les boursiers vont battre des records : les marchés sont entrés en mode optimiste et voici les 5 raisons d’y voir clair

La reprise des marchés boursiers marque un retour de l’optimisme quant à l’évolution économique et financière, y compris en France, alors que la situation politique reste compliquée.

l’issue d’un rallye de fin d’année, comme disent les professionnels, les marchés financiers du monde entier vont se retrouver au plus haut de l’année, cassant ainsi de nouveaux record. Y compris à Paris alors que la situation économique française n’est pas des meilleures et que la situation politique est encore très compliquée.

Les fluctuations de valeurs sur les marches boursières ne se produisent jamais par hasard. La bourse n’a rien à voir avec le casino. Tout s’explique en bourse, tout s’explique après coup, mais ce n’est pas très intéressant.

Ce qui est plus intéressant, c’est que tout s’explique avant, et surtout l’évolution boursière anticipe très souvent ce qui va se passer.

En l’occurrence, il existe un consensus des spécialistes sur une lecture identique de ce qui se passe.

En bref, la hausse boursière actuelle n’a rien de spéculatif, elle traduit (et anticipe) une amélioration des conjonctures mondiales et surtout une évolution structurelle à moyen terme très favorable. Y compris en France, qui est pourtant considérée comme très en retard.

Rappelons d’abord que la valeur boursière s’établit par la confrontation entre des offres d’achat de titres et des demandes. Si la valeur augmente, c’est que la pression de la demande est plus forte que l’offre disponible. C’est la définition immédiate du cours de bourse. Mais ce cours de bourse mesure aussi la valeur de l’entreprise. Si cette valeur augmente, c’est que sa valeur s’accroît, si elle s’accroît c’est que son activité se dynamise, etc.

Les spécialistes voient cinq raisons de fond à la tendance haussière durable des marchés boursiers, c’est-à-dire à l’augmentation de la valeur des entreprises (donc de l’activité, de la création de richesses et de l’emploi).

1) Les investisseurs ont repris confiance dans les valeurs de banques, qui jouent un peu les locomotives pour tirer tous les autres secteurs. Les banques sont mieux sécurisées, mieux gérées et en dépit d’un taux zéro sur l’argent, le secteur bancaire s’est restructuré et s’est assaini de beaucoup de ses mauvais clients. Les banques ont gagné en productivité. Dès que l’argent va coûter un peu plus cher, il est évident que ces avantages acquis vont être être profitables en terme de marge.

2) Il y a aujourd’hui sur le marché beaucoup moins de risques qu’il y a deux ans. La remontée des taux d’intérêt traduit l’augmentation des risques sur l’économie obligataire, mais traduit aussi la diminution des risques sur l’économie de marché. En clair, la dette d’Etat commence à inquiéter, donc les marchés quittent la dette d’Etat pour aller sur les valeurs industrielles cotées sur les marchés. Le secteur marchand et les entreprises privées en profitent.

3) Le vote du Brexit au Royaume-Uni, l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le référendum italien et la montée du Front national en France auraient pu annoncer des jours mauvais pour les économies occidentales en les obligeant à adopter des mesures souvent inapplicables parce que « contre-nature ».

En fait, une fois au pouvoir, il est fort probable que les tenants des mesures les plus populistes s’écartent des réformes les plus radicales pour revenir dans le champ de la responsabilité. C’est un peu ce qui se passe aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Par ailleurs, face aux risques populistes, on a l’impression que les partis de gouvernement écoutent avec plus d’attention les opinions publiques et proposent des offres politiques qui correspondent plus à leur demande.

4) La pédagogie du réel a fait des progrès. A tort ou à raison, ce qui se passe en France sur le plan politique est assez rassurant aux yeux des spécialistes de marché. A droite, ils considèrent que le succès de François Fillon offre une alternative crédible. A gauche, le succès d’Emmanuel Macron offre également une alternative aux solutions de la gauche radicale.

Bref, la pédagogie de la réalité et celles de la mondialisation, de la révolution digitale et de la concurrence internationale qui provoquaient des réactions d’inquiétude aux quatre coins de la planète et particulièrement en Europe commencent à être prises en compte et à être assumées par les opinions publiques, qui les prennent de plus en plus comme des opportunités positives.

5) Les politiques budgétaires et monétaires sont plus lisibles. Sur le budget, tout le monde a pris conscience qu’il fallait donner un coup d’arrêt à la dette publique. Les instruments de correction de l’endettement ne sont pas évidents à mettre en place. Ceci étant, on réussit à mettre en place les freins aux dérapages, le temps de revoir les arbitrages budgétaires et les changements de mode de financement des modèles sociaux.

Parallèlement, les politiques monétaires sont devenues plus lisibles. Les banques centrales continuent de surveiller les situations et elles le disent, mais elles ont toutes annoncé un retour progressif à la normal. D’où la remontée des taux d’intérêt et le coup de frein probable à partir de 2017 des politiques de liquidités non-conventionnelles. En bref, il y aura moins de liquidités pour éponger la mauvaise dette et par conséquent, plus de liquidités pour l’investissement créateur de richesses.

La lisibilité à long terme est la première des conditions à la reprise. Les bourses ont compris cela et elles en tiennent compte en évaluant les effets attendus sur l’activité. A partir du moment où les financiers y voient plus clair, les investisseurs peuvent dégainer les moyens parce que leur route est dégagée.

Or, ce qui manque le plus aux économies modernes n’est pas de la demande, c’est une offre innovante. Et l’offre se fabrique avec de l’investissement, du capital et des idées.