Macron fixe des limites à la liberté de fusionner et Patrick Drahi en fait les frais avec son offre sur Bouygues

Patrick Drahi veut poursuivre son expansion dans les télécoms en rachetant Bouygues Telecom. Mais Emmanuel Macron veut s’y opposer. Libéral ce gouvernement Valls ? Visiblement, ça dépend avec qui.

Le ministre de l’Economie a réagi très rapidement à l’ambition déclarée de Patrick Drahi, le PDG de Numericable-SFR, de racheter Bouygues Telecom. Normalement, le résultat de cette opération devrait donner naissance à une entreprise de taille internationale capable de résister à la concurrence d’Orange et surtout de résister à l’agressivité de Free sur le marché français.

En fait, Drahi reprend le schéma qu’avait imaginé Martin Bouygues quand il avait cherché à racheter SFR. A cette époque, Martin Bouygues essayait d’atteindre la taille critique nécessaire pour dégager de quoi financer le renouvellement des équipements et sécuriser l’avenir. Le scénario initial ayant été contrecarré par le choix de Vivendi de livrer SFR à Numericable, Bouygues n’avait plus qu’une solution : se vendre à un autre operateur pour éviter d’être asphyxié. On l’a vu parler avec Free, de Xavier Niel. On le verra cette semaine discuter avec Patrick Drahi.

Il faut dire que Patrick Drahi n’arrête pas d’acquérir des entreprises pour croitre sur le secteur des télécommunications. Il racheté partout dans le monde, mais pour racheter, il s’endette. En trois mois, Patrick Drahi a investi près de 50 milliards d’euros, mais il gonfle sa dette du même montant.

Pour beaucoup d’observateurs, Patrick Drahi dégage un parfum de scandale. Beaucoup font semblant de ne pas comprendre les pratiques à la hussarde de ce polytechnicien franco-israélien résident en Suisse.

Ces pratiques ne sont pourtant pas mystérieuses. Son ambition, c’est de constituer un groupe de communication multimédia avec des canaux de distribution compatibles avec les contraintes du développement. D’où la course qu’il a lancée autour de SFR, avec le projet de le marier à Bouygues.

Ce qui est intéressant, c’est que Patrick Drahi utilise à fond les facilités monétaires de crédit mises en place par la BCE. Les banques ont de l’argent pas cher. Elles se plaignent de ne pas avoir de dossiers mais quand elles en trouvent, elles foncent.

Mais maintenant, c’est le ministre de l’Economie qui semble vouloir s’y opposer pour deux raisons.

La première est sociale. Emmanuel Macron pense que la fusion va faire de la casse et supprimer des emplois. Le salariés devraient le payer. La deuxième raison est d’ordre économique. Il estime que cette fusion va diminuer l’intensité de la concurrence dans le secteur des télécoms en laissant le marché à trois grands opérateurs. SFR-Bouygues, Free et Orange. Dans ce cas dit-il, c’est le consommateur qui en fera les frais.

Emmanuel Macron a peut-être raison mais personne n’en sait rien. La pérennité des emplois dépend du niveau global d’activité. L’objectif de Drahi n’est pas d’éteindre l’activité mais au contraire de la renforcer. On lui ferait donc un mauvais procès.

Par ailleurs, l’Etat a les moyens réglementaires d’empêcher les ententes de prix à trois opérateurs sans pour autant interdire une fusion-acquisition. Il peut surtout inviter les opérateurs à respecter le cahier des charges au niveau de la couverture du territoire. La guerre des prix a exonéré certains de poursuivre l’équipement des territoires et, du coup, ils ont privilégié les zones urbaines à grandes densités. On a moins besoin de baisser les prix que de pousser les feux de l’investissement.

Si Emmanuel Macron persiste à s’opposer à l’opération, il se met en contradiction avec sa stratégie de déverrouillage de l’économie française. Dans ces conditions, pourquoi s’arrêter aux opérateurs de téléphone et d’internet. Pourquoi ne pas barrer la route à PSA Peugeot-Citroën, quand le groupe automobile construit avec raison une nouvelle usine au Maroc ? Pourquoi ne pas intervenir encore davantage dans la gestion stratégique des groupes industriels ?

Emmanuel Macron veut sans doute faire plaisir à la gauche qui ne l’aime guère, mais ça ne change rien. Il s’est inscrit depuis longtemps en travers du dogme socialiste. En faisant plaisir à la gauche, il donne un très mauvais signal aux investisseurs et aux étrangers. On n’en avait pas besoin.