Mais qu’est-ce que l’État français vient faire dans la galère Peugeot ?

L’État va entrer au capital de PSA aux côtés du chinois Dongfeng, mais les motivations du gouvernement français sont floues. Pour certains, elles sont carrément scandaleuses. Et pour cause, l’État va quand même débourser 750 millions d’euros et se retrouver à 15% du capital, à égalité avec le chinois Dongfeng. Alors, à l’heure où l’État français lutte tous les jours contre le surendettement, quel besoin avait-il d’engager le contribuable français dans la fabrication d’automobiles qui se vendent mal ?

Le conseil de surveillance de PSA au terme d’une réunion longue et houleuse a acté le principe d’une augmentation de capital pour 3 milliards d’euros, et accepté d’étudier l’arrivée au capital d’un industriel chinois et de l’État français qui prendront chacun 15% du capital. Tout est clair dans cette affaire, toutes les modalités de l’augmentation de capital, le pourquoi du besoin d’argent, évident, l’arrivée des chinois, aussi, apparaît  logique, utile …tout est clair sauf l’arrivée de l’État français dont les motivations sont beaucoup plus floues.

Premier point, PSA avait  besoin d’être renfloué.

Ses résultats sont mauvais. Les produits de Peugeot-Citroën se vendent mal en Europe. Ils ne se vendent pas du tout à l’étranger. Ces produits ne correspondent pas à une demande, qui est complètement saturée par la concurrence. Donc Peugeot faute d’avoir fait les bons choix industriels, faute de délocalisations suffisantes et de haut-de-gamme, s’asphyxiait. Le coup de froid sur la conjoncture en 2012 et 2013 a mis à mal ses comptes. Il lui fallait trouver de l’argent frais, pour survivre d’abord, et pour imaginer l’avenir ensuite. Les 3 milliards quémandés par le conseil permettront de respirer.

Deuxième point, PSA Peugeot-Citroën va solliciter le chinois Dongfeng qu’il connait bien pour avoir déjà construit avec lui des voitures pour le marché chinois.

Passer un accord industriel avec Dongfeng était plutôt intelligent. Peugeot est très en retard dans son implantation asiatique. Très en retard par rapport aux Allemands, très en retard même par rapport à Renault-Nissan. Dongfeng va lui permettre d’accélérer sa prise de marché là, où la croissance est la plus forte et le potentiel considérable. Parallèlement à l’accord industriel, Dongfeng a proposé de rentrer au capital. Là encore c’est plutôt astucieux : cela va permettre au chinois de financer l’implantation en Chine. PSA était dans l’incapacité de le faire. Cela dit, les choses vont se compliquer au niveau de la cohabitation ; il va falloir gérer cet actionnaire de poids à 15% qui pourrait, d’ailleurs, grandir au fur et à mesure que l’entreprise aura besoin d’investir. Mais après tout, c’est la dure loi du capitalisme que de faire financer un développement par ceux qui en ont les moyens. Si Peugeot avait mieux gérer son passé, l’avenir serait plus serein. Le groupe aurait, comme Renault, les moyens de son expansion mais ce n’est pas le cas.

PSA fait avec les moyens du bord. Il prend le risque de perdre le pouvoir.

Tous les membres de la famille Peugeot le savent.

Troisième point, l’État français conduit par Arnaud Montebourg arrive dans l’affaire pour 15 % du capital. Et c’est là où ça devient bizarre.

L’État débarque comme un éléphant dans un jeu de quille où il n’a rien à faire. Officiellement, la famille Peugeot  aurait appelé l’État français au secours avec chantage à l’emploi à la clef. Possible. Les grands industriels savent faire prendre en charge leurs pertes. On aurait pu aussi renvoyer les actionnaires à leurs responsabilités.

Les ministres, qui ne sont décidément pas à cours d’imagination, viennent maintenant expliquer que si l’État se propose d’intervenir, c’est pour contrebalancer le poids des Chinois.

Sans doute, mais faut savoir que dans six mois il faudra sans doute que les deux actionnaires remettent 500 millions au pot. Moralité, l’État est monté dans une galère de laquelle il aura du mal à descendre.

La vérité de tout cela est comme toujours beaucoup plus simple et vulgaire. L’État français intervient parce qu’il peur d’une catastrophe sociale chez Peugeot… L’État français intervient parce qu’il n’a pas réussi à convaincre les actionnaires d’apporter de l’argent. L’État français débarque pour parrainer des Chinois dont personne ne voulait en vérité.

Le résultat de cette triste affaire, c’est que l’arrivée de Dongfeng, sponsorisé par l’État va faire reculer la famille Peugeot vers la sortie. Si l’affaire se fait, la famille ne possédera plus que 15%. Qui aura le pouvoir final ? Personne ne le sait.

Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’une partie de la famille s’est battue pour rester seule. Réduire la voilure et essayer de refaire partir Peugeot sans les Chinois et sans l’État. Ce sont les mêmes qui ont fait capoter les négociations avec BMW, General Motors ou Fiat. Ces Peugeot-là protègent les restes de la vraie croix ou plutôt du vieux lion de Belfort. Ces Peugeot-là enfermés à Sochaux ont perdu la partie depuis longtemps.

Ce que l’on sait également, c’est qu’une autre partie de la famille, une génération plus jeune, consciente que jamais la famille n’aura les moyens de transformer l’empire en multinationale, plaide pour les alliances internationales, pour que la famille s’écarte de la gestion. Ces Peugeot-là ont défendu l’arrivée de Dongfeng , accompagné par l’État français. Des arrivées qui leur permettront  de partir  investir ailleurs, dans d’autres secteurs plus porteurs, et dans d’autres pays fiscalement plus cléments. La Suisse, c’est la porte à coté quand on est né à Montbéliard. Le comble dans cette affaire, c’est que l’arrivée de l’État va  permettre à une partie de la famille de quitter le navire amiral sur la pointe des pieds. Joli coup.