Manuel Valls : Premier ministre libéral, oui, mais la gauche grogne déjà

Le choix de Manuel Valls n’est pas surprenant. Il fallait changer les hommes et les femmes et le choix de Manuel Valls est le choix du plus populaire. Son ADN personnel, ses idées et son bilan font qu’il ne sera pas mal accueilli par l’opinion publique et les milieux d’affaires. Mais au final pour quoi faire ?  Et avec qui ?

Le choix de Manuel Valls n’est pas surprenant. Il fallait changer les hommes et les femmes et le choix de Manuel Valls est le choix du plus populaire. Son ADN personnel, ses idées et son bilan font qu’il ne sera pas mal accueilli par l’opinion publique et les milieux d’affaires. Mais au final pour quoi faire ?  Et avec qui ?

Manuel Valls n’est pas un fou furieux, il n’est pas idéologue. Pour résumer, le mode d’emploi de Valls, on dira qu’il est plutôt enclin à « ranger sa chambre, et que chacun le fasse dans la famille, plutôt que de chercher en permanence des boucs émissaire, l’équipe précédente, ou la banque centrale ». Le bouc émissaire, c’est pas son truc.

Plutôt pragmatique. Il se rapprocherait plus de Tony Blair que de Jean-Pierre Chevènement. Décentralisateur. Il aime l’ordre, l’autorité. Depuis le temps qu’il navigue dans  les eaux du Parti socialiste, il sait barrer. Il connait la musique. Il aime les musiciens et les musiciennes  d’ailleurs. C’est plutôt une qualité.

Sans caricaturer son équation personnelle, Manuel Valls  est connu pour son ouverture d’esprit, sa tolérance. La modernité ne l’inquiète pas, au contraire… L’économie de marché, il connait et il considère même qu’il n y a pas d’autres systèmes possibles ; Quant à la mondialisation, il ne fait pas partie de ceux qui veulent l’interdire (il y en à gauche et à droite qui n’ont pas peur du ridicule) , mais de ceux qui pensent qu’ il faut s’y adapter.

Sur l’Europe, il est beaucoup plus prudent. Il avait d’ailleurs voté contre l’euro lors d’un vote interne au PS. Depuis sa mise en place, il considère que la monnaie unique est incontournable, mais il a souvent regretté que nous ne fassions pas pression suffisamment fort sur nos partenaires pour assouplir les disciplines . Il n’a pas tort. Ces disciplines monétaires et budgétaires ont été définies pour les pays du nord. Les mêmes sont évidemment beaucoup plus difficiles à supporter par les pays du sud. D’où le problème de « squiz » entre le Nord et le Sud.

Plus importants, les outils de Manuel Valls pour gérer la politique économique. Pendant les primaires socialistes, beaucoup vont se faire un plaisir de le lui rappeler, il a fait campagne sur un programme de redressement  très social-libéral. Manuel Valls a expliqué en long et en large, qu’il fallait redresser la compétitivité des entreprises parce que ce sont les entreprises qui créent la richesse et les emplois. D’où les baisses de charge que l’on pourrait compenser par de la TVA… comme en Allemagne. Il ne faudrait pas trop le pousser Manuel Valls pour qu’il revienne sur les 35 heures. Il l’avait déjà suggéré pendant la primaire.

Mais il a aussi expliqué  qu’il fallait  que l’État et les Collectivités publiques réduisent leurs dépenses  de fonctionnement, seul moyen de rétablir l’équilibre des finances publiques et les budgets.

Tout cela fait un package qui n’est pas très éloigné de ce que proposait Nicolas Sarkozy, compétitivité, financement du modèle social par de la TVA et redressement budgétaire non pas pour répondre aux injonctions de Bruxelles mais pour garder un semblant de liberté et d’indépendance.  Se libérer de ses déficits budgétaires, ce n’est pas se soumettre au diktat des marchés, c’est au contraire    s’en affranchir. Manuels Valls n’est pas loin d’adhérer à cette analyse qui relève du simple bon sens…

Manuel Valls est en ligne  avec les priorités de François Hollande. Il avait applaudi sans réserve au pacte de responsabilité. Sous cet angle, le président a sans doute fait le meilleur choix. Manuel Valls a toutes les dispositions pour accélérer le virage libéral.

Le problème est  que cela ne correspond pas à ce qu’attend la majorité de gauche. La majorité de gauche voulait plus de social, plus de justice, plus d’État et là, on va faire tout le contraire.  Avec Valls, la gauche de la gauche et les écolos vont se retrouver dans l’opposition.

Alors, pour amortir la surprise, parions que Manuel Valls et les autres vont insister sur ce qu’ils appellent les marqueurs de gauche, ils vont nous en distribuer à longueur de plateau TV. Sans oublier les marqueurs écologistes. La transition énergétique. Seulement les marqueurs ne déboucheront  sur rien et toute la gauche le sait. La priorité sera donnée au rétablissement de la compétitivité et budgétaire.

Manuel Valls  voudra des résultats sur l’emploi et le pouvoir d’achat, il fera tout pour les obtenir. Pourrait-il ? Nul ne le sait parce que les socialistes de la base sont vent debout.

Dans l’absolu, la force de Manuel Valls est d’avoir la fibre libérale. Au parti socialiste, c’est une tare.