Marc de Scitivaux – Déficit public : « On est tellement loin de ce qu’il faudrait faire ! »

Le Premier ministre a indiqué mardi que les dépenses de l’État seraient en diminution de 1,5 milliard d’euros en 2014, après le bouclage par Matignon des lettres plafonds des ministères. Une annonce qui intervient le jour où les députés de l’opposition (UMP et UDI) de la Commission des finances de l’Assemblée tirent la sonnette d’alarme. Ces derniers estiment que les déficits publics pourraient atteindre au moins 4% du PIB à cause « d’absences de mesures d’économies » de la part du gouvernement. Pour l’économiste Marc de Scitivaux, la prévision est tout à fait crédible.

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Les déficits peuvent-ils atteindre, en fin d’année, les 4% du PIB comme le dénoncent certains députés ?
C’est une prévision qui me parait tout à fait crédible et je ne serais même pas surpris que l’on dépasse les 4%. Un double phénomène explique cela. D’une part les recettes fiscales ne seront pas au rendez-vous. Vous avez deux phénomènes : La réduction de la croissance du PIB entrainera une stagnation de la consommation. Les rentrées fiscales seront donc moins élevées. D’autre part, les économies de dépenses n’ont pas été programmées. Je vois difficilement comment les dépenses pourraient baisser quand on sait que la majorité d’entre elles sont liées aux salaires et aux retraites des fonctionnaires et que l’on a rien fait sur ce point.

Les députés pointent une absence de mesures d’économies. Pourtant il y a eu les lettres de cadrage, les retraites, le quotient familial… Peut-on vraiment leur reprocher cela ?
Bien sur que l’on peut, on est tellement loin de ce qu’il faudrait faire ! Il y a aussi une question de timing. Les économies n’ont pas forcément des effets immédiats. Je rappelle que, dans le même temps, nous avons augmenté certaines petites dépenses publiques. Par exemple, le gouvernement a supprimé l’obligation pour les clandestins de donner une petite participation lorsqu’ils avaient accès au soin. Vous avez des tas de petites recettes qui ont été supprimées. Elles sont d’une part un peu coûteuses, mais surtout, cela envoie un mauvais signal et ne permet par de faire des économies. Vous n’aurez aucune mesure immédiate qui pourra avoir un effet sur le budget de cette année. A moins de faire comme en Californie, c’est-à-dire d’arrêter de payer fonctionnaires et professeurs à partir du mois de septembre !

S’il est compliqué de baisser les dépenses, la solution peut-elle aussi passer par des augmentations de fiscalité ?
Surtout pas, car le problème majeur sur lequel on commence à se pencher, c’est la baisse des recettes. La loi de Laffer fonctionne à l’envers : Augmenter les taux, vous baissez les totaux ! En augmentant les niveaux de fiscalité, la probabilité d’une baisse des recettes fiscales est évidente. Les gens peuvent bien se faire avoir une fois, s’ils n’ont pas eu le temps de s’organiser. Mais ensuite, vous avez une diminution évidente des recettes. Le plus grave, c’est que l’on s’aperçoit, justement, que les grandes sources de recettes fiscales comme la TIPP, la TVA ou l’impôt sur les sociétés, s’amenuisent pour diverses raisons. Enfin, n’oublions pas que nous avons une petite bombe atomique au dessus de nous qui est l’augmentation des taux d’intérêt. Pour l’instant cette augmentation est très faible mais dans les années qui viennent, les taux n’auront pas besoin d’augmenter beaucoup pour représenter une augmentation de la charge de manière  non négligeable.

Julien Gagliardi