Marc de Scitivaux : « En Europe, il n’y a pas d’autre politique possible que l’austérité »

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a assuré lundi que la politique d’austérité avait « atteint ses limites » même si elle est « fondamentalement juste ». Une déclaration qui fait aux échos aux paroles de Louis Gallois la veille sur Europe 1. Ce dernier indiquait que l’austérité en Europe « tuait la croissance ». Pour l’économiste Marc de Scitivaux, inutile de remettre en cause l’austérité européenne car c’est le seul moyen de retrouver le chemin de la compétitivité.

Fait-on trop d’austérité en Europe ?
Ce qu’il faut bien comprendre, tout d’abord, c’est que l’austérité n’est pas un choix. Quand vous vivez au dessus de vos moyens pendant 30 ans, vous êtes bien obligé un jour de réajuster vos dépenses et vos recettes. Donc l’austérité, ce n’est pas parce que l’on décide de devenir vertueux, c’est simplement parce que l’on est face au risque que les préteurs ne veulent plus prêter ou que les taux d’intérêt aggravent la situation. Quand Barroso dit que les politiques de dépressions entrainent de la récession et, donc entrainent une baisse des recettes fiscales, c’est tout à fait vrai. Donc cette rigueur doit être faite de déplacements monétaires. C’est-à-dire que vous devez baisser les impôts sur l’ensemble du secteur productif au détriment du secteur non productif en d’autres termes réduire le nombre de fonctionnaires et leur salaire.

A-t-on d’autres alternatives à cette politique d’austérité ?
C’est bien le problème. Dans le cas présent il n’y a aucune autre politique possible. Il y a bien l’éventualité de quitter l’euro, mais personne ne souhaite un éclatement de la zone. Il y a aussi ce que réclament certains pays : demander à la BCE de racheter la dette des pays en difficulté. Là encore, c’est impossible car l’Allemagne s’y oppose pour des raisons d’orthodoxie économique mais aussi pour des raisons historiques. Le pays a un souvenir extrêmement douloureux de ce que peut représenter la création monétaire par une banque centrale, cela ayant abouti à la République de Weimar et l’arrivée d’Hitler. Actuellement il n’y a donc pas d’autre voie de sortie. La seule solution c’est de regagner en compétitivité vis-à-vis d’autres zones du monde pour attirer les capitaux et les cerveaux. Et cela passe par l’austérité.

En France, comment pourrait se traduire une politique de rigueur et devra-t-on y passer aussi ?
Ce qui est fabuleux chez nous, c’est que la communication et les manifestations de l’extrême gauche servent énormément notre gouvernement qui est tenté de faire croire que l’on fait de l’austérité alors que l’on n’en fait pas ! Les observateurs étrangers se disent « regardez la politique de rigueur en France, même la gauche est dans la rue ! » Mais il faut bien savoir que chez nous, nous n’avons pas commencé de politique d’austérité puisque le gouvernement ne baisse aucune dépense ! Concrètement une politique de rigueur en France peut se traduire par la diminution du nombre de fonctionnaires, la baisse de leur salaire, la réduction de la durée d’indemnisation du chômage, l’augmentation du forfait hospitalier, la diminution des bénéficiaires de la CMU… Ça c’est de l’austérité.