Marc de Scitivaux : « Le gouvernement a compris qu’il doit abandonner ses promesses »

51% des Français estiment que la France et l’Union européenne doivent relancer la croissance plutôt que de chercher à respecter l’objectif d’un déficit limité à 3% du PIB, selon un sondage de l’institut YouGov pour le HuffingtonPost et I>Télé publié ce jeudi. Pour l’économiste Marc de Scitivaux, le gouvernement n’est ni sur la voie d’une relance de la croissance ni sur la voie d’une forte réduction du déficit. Selon lui, les efforts à fournir pour atteindre ses deux objectifs seraient beaucoup trop difficiles à faire passer dans l’opinion publique.

Une majorité de Français serait favorable à une relance de la croissance quitte à plomber les déficits. Comme l’expliquez-vous ?
A vrai dire, je suis surpris qu’il n’y ait que 51% ! Dans la mesure où jusqu’à maintenant, les déficits n’ont rien coûté aux Français, on aurait pu imaginer un chiffre plus élevé. La France est droguée à la dépense publique depuis 35 ans. Comme il n’est arrivé aucun « malheur » important, les responsables politiques ne voient pas pourquoi ils ne continueraient pas à distribuer de l’argent emprunté à l’extérieur. Mais ce sondage démontre qu’il y a quand même 49% des gens qui comprennent très bien, que faire des déficits c’est bien mais qu’il est compliqué de les financer ! Mais cette politique de repousser le problème des rééquilibrages des comptes publics, va faire qu’un jour, les taux monteront, car les marchés ne croiront plus nos promesses, et l’explosion sera cataclysmique.

Le gouvernement est-il plutôt sur la voie d’une relance de la croissance ou de la réduction du déficit ?
Je crains que ce soit ni l’un ni l’autre. Il faut bien comprendre vous ne pouvez pas avoir de bons résultats si vous ne mettez pas en œuvre les moyens. C’est le cas de notre gouvernement. Pour avoir une croissance saine et sans déficit, il faut que cette croissance soit nourrie, non pas par la dépense publique, mais par l’investissement privée. Ainsi,  la consommation redémarre et les salaires augmentent. C’est exactement ce qui se passe aux États-Unis. Pour avoir cela en France, il faudrait une politique qui attire les investisseurs pour qu’ils puissent créer des emplois. Si vous avez une politique qui décourage les entrepreneurs et les entreprises, vous n’avez ni croissance ni  réduction du déficit.

Pourtant le gouvernement a mis en place des outils comme le CICE ou l’accord sur la flexi-sécurité…
Mais ce n’est pas suffisant. Que ce soient de bonnes mesures, c’est certain. Ca aura, en plus, permis de donner un petit moment de grâce à ce quinquennat… Mais honnêtement, vous croyez vraiment que seul cet accord sur la flexibilité va entrainer une forte croissance de l’investissement en France.

On a l’impression que le gouvernement a pris, ces derniers temps, un virage plus libérale. Est-ce le cas ? Peut-il faire évoluer sa politique ?
Je ne sais pas si on peut vraiment parler de virage libéral. Que le Président ou même Jean-Marc Ayrault, Pierre Moscovici ou Jérôme Cahuzac soient conscients de la situation catastrophique dans laquelle ils sont, c’est un fait. Ils ont compris qu’ils sont contraints, d’une part, d’abandonner leurs promesses mais, d’autre part, de desserrer l’ensemble des contraintes qui empêchent l’emploi en France.  Tant que ce gouvernement n’admettra pas publiquement que le vainqueur c’est celui qui, dans cette concurrence mondiale, œuvre pour attirer les capitaux et les cerveaux, on n’avancera pas.  Mais il faudrait faire tellement de choses pour cela ! Supprimer l’ISF et les 35 heures,  rallonger la durée du temps de travail. Un gouvernement de droite ne l’a pas fait, je vois mal un gouvernement de gauche le faire.