Marc de Scitivaux : « Un Président normal pour une prestation médiocre ! »

François Hollande a annoncé jeudi soir sur France 2 « un choc de simplification » administrative à destination des entreprises afin de les aider à embaucher et à se développer. Le chef de l’État a expliqué aussi qu’il comptait sur la « boîte à outils » mise en place par le gouvernement (emplois d’avenir, contrat de génération, le crédit d’impôt ou la refonte du marché du travail) pour inverser la courbe du chômage à la fin de l’année. Pour l’économiste Marc de Scitivaux, le Président n’est pas en phase avec la réalité et estime qu’il s’attaque encore trop aux créateurs de richesses.

Le Président est très critiqué sur sa politique économique. Son intervention de jeudi soir peut-elle permettre un retour de la confiance ?
Je ne pense pas. Personnellement, je n’ai pas été convaincu. Le Président normal nous a fait une prestation médiocre ! Nous avons eu le droit à un catalogue de bons sentiments. Sur le plan économique, il a régulièrement employé une expression assez frappante : « la boîte à outils ». Franchement, est-ce que vous croyez qu’aujourd’hui la situation de l’économie française dans son ensemble relève d’une boîte à outils ? Il faut changer de véhicule oui ! Quand il nous explique qu’il a mis en place sa boîte à outils pour réparer la situation, cela montre sa totale incompréhension d’une idée simple : la France ne s’est pas adaptée à cette règle nouvelle qui s’appelle la mondialisation.Il ne s’agit pas de réparer une mécanique, il s’agit de changer de vision.

Pourtant cette boîte à outils et les mesures annoncées vont plutôt dans le sens du libéralisme ?
Mais la boîte à outils même est terrifiante ! Mes 40 années d’expérience m’on déjà fait connaître tout ce qu’il nous a proposé. Comprenez que quand il explique que la révolution fondamentale va être la simplification administrative, je me tords de rire… Giscard l’avait déjà proposée ! Il n’y a pas un  gouvernement qui, depuis 40 ans, ne l’a pas proposée. Et puis, plus globalement, il y a une grosse erreur intellectuelle de prélever des impôts sur des gens qui peuvent créer de la richesse pour la redistribuer à des gens qui le consomme. Dans ce schéma, la probabilité de renouer avec la croissance est quasi-impossible. Ca manque de souffle et de vision.

Qu’auriez-vous voulu entendre ?
J’aurais aimé entendre « mes chers concitoyens, ça fait 40 ans que l’on met des rustines en espérant toujours restaurer un modèle français qui a fonctionné pendant 25-30 ans ». J’aurais aimé qu’il dise que désormais nous sommes face à la mondialisation et qu’il faut s’adapter. Et ce n’est pas par la dépense publique que l’on s’adapte mais bien par la création de richesse. J’aurais aimé qu’il explique qu’il faut réduire les dépenses qui ne créent pas de richesse. Faire baisser l’impôt sur entreprise en le finançant par une baisse du nombre de fonctionnaires, là, vous créez de la richesse et de la croissance saine.

Est-ce une politique qu’il sera en capacité de mettre en œuvre ?
Je ne pense pas car je ne sais pas s’il a encore pris la mesure de la situation exacte. Ce qui me paraît évident, c’est qu’il n’a même pas une idée des instruments qu’il faut utiliser pour y parvenir. Tant que ceci n’est pas compris, vous continuez sur le modèle social français qui nous coûte une fortune et vous puisez dans la poche de ceux qui créent des richesses pour en distribuer à ceux qui en consomment. C’est une machine à créer de la pauvreté, pas la croissance.