Mario Draghi fait le maximum pour financer le retour de la croissance, mais ne veut pas payer la démagogie des gouvernants

Le patron de la BCE a entrepris un tour des capitales européennes pour prévenir les gouvernements qu’il ne pourrait pas continuer à prendre des risques monétaires sans initiatives structurelles. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) est venu déjeuner avec le président de la République française la semaine dernière mais la relation n’a pas été des plus amicale.

Le patron de la BCE a entrepris un tour des capitales européennes pour prévenir les gouvernements qu’il ne pourrait pas continuer à prendre des risques monétaires sans initiatives structurelles.
Le président de la Banque centrale européenne (BCE) est venu déjeuner avec le président de la République française la semaine dernière mais la relation n’a pas été des plus amicale.

Mario Draghi s’est évidemment félicité de l’amélioration de la situation économique française sur la croissance, sur l’emploi ; il a souligné la reprise de l’investissement et de la consommation. Mais il n’a pas épargné François Hollande de quelques explications complémentaires pour rappeler que tout ce qui allait mieux en France, n’était guère imputable aux efforts de son gouvernement.

Les fiches établies par la BCE reprennent l’impact de la baisse du prix du pétrole, mais surtout de la baisse des taux d’intérêt et la mise à disposition du système bancaire d’une masse de liquidités historiquement importante.

Mais revers de la médaille : la compétitivité du système français n’a guère fait de progrès puisque le déficit de la balance commerciale n’a jamais été aussi profond.

La réaction de la BCE est légitime : la France et d’autres pays profitent des facilités monétaires pour s’exonérer des réformes de structure. Pourquoi se priver de vivre à crédit quand le crédit ne coûte rien ? Moralité, pour la BCE, une relance de la demande ne servira à rien.

Mario Draghi a donc commencé par Paris, parce que l’attitude de Paris lui paraît caricaturale et parce qu’il redoute une course à la démagogie à l’approche de la présidentielle, mais il doit aussi cette semaine porter la bonne parole à Madrid, Rome et Lisbonne.

Le problème de la BCE est simple : elle doit, en toute indépendance des pouvoirs politiques (y compris du pouvoir allemand), conduire une politique monétaire qui lui paraît nécessaire à la zone euro, mais elle doit aussi vérifier que les conditions attachées à cette politique monétaire sont respectées, ce qui n’est pas le cas dans les pays du sud.

En bref, une politique de soutien de la demande oui, mais sans réformes de structure qui à terme, pourraient rétablir les équilibres, ça n’aurait pas de sens. Cela ressemble trop à de la planche à billets hors de tout contrôle. Le malade à qui on donne de la morphine pour supporter la douleur doit aussi accepter de se soigner. Et se soigner en économie, c’est s’adapter.

La position de Mario Draghi est d’autant plus ferme qu’il est harcelé par les Allemands qui n’acceptent pas les risques pris par les taux zéro sur leur épargne. Wolfgang Schauble, le ministre de l’Economie dit et répète à tous les Européens qu’une économie moderne ne peut pas indéfiniment fonctionner avec de « la fausse monnaie. » L’Allemagne qui est un pays où une majorité des électeurs attendent du rendement de leur épargne et un financement correct de leurs retraites, ne peut pas accepter la persistance de taux d’intérêt zéro, visant à permettre à beaucoup de pays de la zone euro de respirer sans pour autant les obliger à se reformer.

Il y a un fossé culturel dans le comportement économique entre les Européens du nord et les Européens du sud. Mais le laxisme du sud financé par les efforts du nord est devenu insupportable aux Allemands.

Mario Draghi le sait. C’est la raison pour laquelle il voudrait bien que les pays du sud modifient un peu leur attitude pour calmer la colère allemande. Sans aller jusqu’au clash, ce que personne ne souhaite réellement.