Medef : le patronat cherche à convaincre le gouvernement de ne rien lâcher sur les réformes promises.

Pierre Gattaz a rappelé hier aux membres du gouvernement qui se pressent à l’université d’été, les points de réformes sur lesquels ils ne pouvaient pas reculer : le code du travail et la baisse des impôts.

 

L’université d’été du Medef de cette année ne ressemble pas aux autres. Elle se déroule dans un climat très amélioré.

D’abord, parce que la perspective de croissance est forte et principalement parce que la croissance mondiale est très soutenue.

Ensuite, parce que les chefs d’entreprise ont encore confiance dans la gouvernance Macron pour aller au bout des réformes nécessaires. Dans la forme, le résultat est que les ministres du gouvernement se bousculent pour y être vus et entendus. Alors, on peut évidemment se demander pourquoi ils viennent aussi nombreux alors qu’ils se font pour le moins tancer et parfois chahutés.

Les ministres se précipitent à Jouy-en-Josas d’abord parce qu’ils y sont invités et que le patronat, qui n’arrête pas de réclamer avec raison que l’Etat le laisse tranquille, adore la présence d’un ministre. Sans doute parce que ça impressionne les adhérents, parce qu’on ne fait rien en France sans l’autorisation ou l’adhésion d’un membre du gouvernement.

Que les ministres viennent, c’est un peu normal, ils font de la politique et toutes les occasions d’expliquer et de séduire sont bonnes à prendre. Mais que le patronat leur déroule le tapis rouge, cela paraît quand même un peu archaïque et contradictoire avec la fonction de chef d’entreprise dont la revendication première est la liberté de créer de la richesse. Et sur ce point, ils commencent à se poser des questions sur la détermination de la gouvernance à réformer.

Pierre Gattaz, d’ailleurs, a fait le job. Ministre ou pas, il a rappelé les réformes qui ont été promises et qui pourraient avoir du plomb dans l’aile pour cause de grogne syndicale et populaire.

A l’issue des premiers cent jours du quinquennat d’Emmanuel Macron, les chefs d’entreprise ont quelques raisons de douter de la capacité du président et du gouvernement à aller au bout des réformes annoncées et promises.

Le Medef a ciblé des points précis à traiter d’urgence. Les lignes jaunes qu’il ne faudrait pas franchir.

Le premier avertissement concerne la réforme du Code du travail. La ministre du travail doit présenter le texte de l’ordonnance fixant le texte dans 24 heures. Globalement, le projet organise plus de flexibilité avec notamment l’inversion de la hiérarchie des normes, c’est-à-dire en déplaçant au niveau de l’entreprise une grande partie des négociations portant sur l’organisation du travail. On est à peu près d’accord sur ce qui restera de la responsabilité de la branche et sur ce qui sera descendu au niveau de l’entreprise. On est à peu près d’accord sur la simplification des contrats de travail (CDD et CDI). On est à peu près d’accord sur la simplification des institutions de représentation des personnels dans l’entreprise. Cela dit, rien n’est encore réglé concernant, d’une part le plafonnement des indemnités de licenciement et d’autre part, on ne sait pas la taille de l’entreprise en deçà de laquelle un représentant du syndicat sera obligatoire pour ouvrir une négociation.
Actuellement, les entreprises qui ont moins de 50 salariés sont exonérées de cette obligation. Au-delà, il faut un représentant syndical, même s’il n’y en a aucun d’implanté dans l’entreprise. Le résultat, c’est que les entreprises de plus de 50 salariés, mais qui n’ont pas de syndicat, sont obligées d’importer un permanent venant d’un syndicat pour accompagner la négociation.
Le patronat voudrait relever jusqu'à 300 salariés le seuil à partir duquel les entreprises seraient contraintes d’avoir une représentation syndicale.

Les grands syndicats sont évidemment opposés à ce changement de seuil.

 

Le deuxième avertissement porte sur la réforme fiscale. Compte tenu des contraintes budgétaires, les chefs d’entreprise sont de plus en plus dubitatifs sur la détermination du gouvernement à donner un coup de balai dans la fiscalité des entreprises.

Plus grave, ils considèrent que la promesse de baisser l’impôt sur les sociétés est une piste intéressante, mais si cette baisse est compensée par des impôts et taxes supplémentaires sur la production, la réforme sera évidemment improductive.

Avant de toucher à l’impôt sur les bénéfices, la majorité des chefs d’entreprise préfèrerait qu’on regarde à la loupe les impôts qui pèsent sur le capital investi ou sur la création de valeur ajoutée. Des impôts qui pénalisent l’investissement, l’embauche et l’innovation. Des impôts qui sont calculés avant même que l’entreprise n’ait réalisé le premier centime de bénéfice.

Chargement des commentaires ...