Medef, Meti, Ethic, les organisations patronales cherchent à intervenir dans la campagne présidentielle, mais doucement

Les mouvements patronaux veulent sortir du silence et faire entendre leurs revendications de réformes par les candidats à la présidentielle. Le METI, le mouvement des entreprises de taille intermédiaire, a tiré le premier. Le Medef vient de se réveiller.

Le président du Medef est sorti du silence hier, en publiant les propositions que les patrons veulent présenter aux candidats à la présidentielle. Jusqu'alors, les mouvements patronaux étaient restés très silencieux et discrets à l’approche de la campagne présidentielle.

Il faut dire que les entreprises se méfient des prises de position politique. En théorie, les organisations veulent rester neutres. Ce qui ne signifie pas grand-chose, mais disons qu’elles évitent d’être partisanes.

Elles ont évidemment plein de réformes ou d’interventions à demander à l’Etat, mais c’est compliqué. Parce que le monde patronal reproche à l’Etat son obésité, son interventionnisme et surtout son inefficacité. Donc il n’a aucune raison de venir présenter un cahier de doléances. A quoi bon ajouter de la lourdeur à la lourdeur sur des administrations dont on voudrait qu’elles s’allègent ?

Cette année, les mouvements patronaux sont encore plus gênés que lors des campagnes précédentes, parce que la pandémie a offert au monde patronal trois opportunités de progrès et d’évolution.  

La première a été de montrer l’absurdité du fonctionnement administratif.

La seconde a été de montrer la capacité des entreprises à s’adapter et à se réformer.

Enfin, la pandémie fait qu’au total, les actifs de production ont été très bien protégés par « le quoi qu‘il en coute », ce qui a permis au monde des entreprises de faire le job pour sauver le pays de la catastrophe. Geoffroy Roux de Bézieux reconnaît que finalement, le gouvernement a fait le job et qu’il a plutôt bien joué sur le dossier de la politique économique.

 Le président du Medef se garde bien d’aborder la situation financière, budgétaire et la question de la dette. Mais le moment viendra où il faudra bien sur faire les comptes.

Donc globalement, les chefs d’entreprises n’ont pas trop à se plaindre et la majorité d’entre eux a d’ailleurs un bon moral dans cette sortie de crise pour engager le redressement, le rattrapage et la poursuite des mutations.

Les chefs d’entreprises hésitent donc à intervenir dans la campagne présidentielle, d’autant que l’offre politique n’est pas claire. Entre la gauche qui a disparu et la droite qui s’est éclatée, on cherche, sans les trouver encore, les solutions alternatives à celles mises en œuvre par Emmanuel Macron.

C’est si vrai et si vide que le président du Medef s’offre le luxe d’apporter sa pierre au débat sur le pouvoir d’achat en laissant entendre que la situation économique permettra, dans certains secteurs, d’augmenter les salaires. Une façon de dire à Jean-Luc Mélenchon et à Marine Le Pen que la question des salaires dépend des entreprises et du marché. Exactement comme la situation de l’emploi qui s’est beaucoup améliorée avec l’activité.

En fait, l’intervention de Geoffroy Roux de Bézieux revient à dire aux politiques : « laissez-nous travailler, on fait notre job » tout en leur rappelant que l’intérêt de la gouvernance, qu’elle soit de droite ou de gauche, est de créer un environnement favorable à la croissance (d’où la demande répétée de ramener les impôts de production au niveau moyen en Europe). Actuellement, ces impôts sur le chiffre d’affaires sont deux fois plus lourds qu’en Allemagne et on s’étonne d’avoir un problème de compétitivité.

Le Medef est sorti du bois parce que les troupes étaient assez surprises de cette discrétion. Il faut dire que dans le mouvement patronal, il avait été précédé par des trublions qui ont l’habitude de se faire entendre.

Tout a commencé il y a un mois quand le mouvement Ethic que dirige Sophie de Menthon s’est lancé le premier dans les eaux « troublées » de la campagne présidentielle, en programmant des déjeuners-débats avec les candidats à la présidentielle. Ethic a donc commencé sur les chapeaux de roue, avec Éric Zemmour. Énorme succès de curiosité, mais l’initiative de Sophie de Menthon a permis de montrer au patronat qu’il fallait se mêler de politique, sinon c’est la politique qui se mêlera d’économie et d’entreprises.

Le mouvement Ethic va continuer à partir de cette semaine, en invitant Marine Le Pen à répondre aux questions des patrons. La présidente du RN sera suivi par les autres candidats... Aucun n’aurait, à cette heure, refusé l’obstacle.

Reste maintenant à savoir ce qu’ils ont à dire de concret aux patrons parce que, jusqu'à maintenant, ils ne sont guère sortis des problèmes sociétaux et des polémiques.

A priori, le Medef qui est donc entré dans le jeu va se garder d’allumer des polémiques. Aucune raison. D’abord, la situation n’est pas si mauvaise, mais c’est aussi aux fédérations professionnelles faire leur travail de lobbying auprès des candidats.

L’un des think tank les mieux positionnés, sur les questions économiques et sociales, l’institut Montaigne restera lui aussi très discret. Lors de la dernière présidentielle, l’institut Montaigne avait fait un très gros travail de diagnostic et de propositions. A tel point d’ailleurs que son président Henri de Castries, ancien patron d’Axa, avait démissionné de ses fonctions pour s’engager directement au côté de François Fillon, mais le projet Fillon ayant tourné au fiasco, l’institut Montaigne s’est replié sur sa fonction première de conseil et d’agitateur d’idée pour éviter les dégâts collatéraux d’un échec politique et surtout éviter à l’avenir de s’engager.

C’est la raison pour laquelle, à l’approche de l’échéance présidentielle, le mouvement des ETI que préside Philippe d’Ornano, a demandé à l’institut Montaigne de lui établir un diagnostic et de lui prescrire un certain nombre de réformes. Et ce sont ces projets de réformes que le mouvement patronal propose maintenant aux candidats.

Il faut dire que ces entreprises de taille intermédiaire occupent une place à part dans le système économique français. Elles sont de taille moyenne, elles ont entre 250 et 500 salariés, très bien implantées dans le secteur industriel mais elles sont encore deux fois moins nombreuses et deux fois moins puissantes qu’en Grande Bretagne et surtout en Allemagne.

Emmanuel Macron avait compris très vite, en arrivant au pouvoir, que les ETI était un vecteur de croissance qu’il fallait booster et protéger. Les mesures prises au début du quinquennat, la baisse de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production, l’assouplissement du droit du travail et la suppression partielle de l’impôt sur le capital ont porté leurs fruits.

Le mouvement des ETI cherche donc à pousser plus loin le mouvement de réformes en reprenant la plupart des outils définis par l’institut Montaigne.

Un, l’amélioration de la compétitivité coût. Parce que nous sommes en France très en dessous de l’Allemagne, pour cause de fiscalité et de charges sociales. D’où la demande expresse de baisser les impôts de production ou le montant des charges sociales sur les salaires moyens.

Deux, le mouvement attend une amélioration des conditions de transmissions d’entreprise, dont les conditions sont dissuasives, ce qui explique le rachat de ces entreprises par des plus gosses, ou des fonds étrangers, ou même par leur disparition pure et simple. Ce qui n’est pas le cas ni en Grande Bretagne, ni en Allemagne.

Trois, le Meti, attire l’attention des candidats à la présidentielle sur la nécessité d’encourager ces entreprises à rester en région. Ces entreprises moyennes et leurs usines sont essentielles au développement régional et local, à l’emploi et très souvent à la survie de villes moyennes et rurales. Encore faudrait-il que ces entreprises aient le droit et la possibilité de se développer ; ce qui n’est pas le cas. Elles sont souvent bloquées par les municipalités et par la pression des associations écologiques, rebutées aussi par le déficit d‘infrastructures.

Quatrième dossier : l’accompagnement de la transformation digitale et environnementale.

Et enfin, cinquième point, la prise en compte de ces entreprises moyennes dans la stratégie d’indépendance nationale. Il ne suffira pas demain d’essayer de construire des Amazon ou des Google européens, il suffira aussi de donner aux ETI les moyens de se développer sur le marché européen en facilitant les accès aux appels d’offre notamment. Créer un « European buy act » comme il existe un « US buy act » au bénéfice des entreprises américaines sur leur propre territoire, ça doit être possible.