Mélenchon, Hamon, Le Pen : ces candidats qui proposent des usines à rêves, qui ne seront, en fait, que des fabriques à cauchemars

La bataille des chiffres cache les dossiers clefs, mais que les candidats ne veulent pas traiter pendant la campagne : le rôle de l’Etat, l’Europe et le droit du travail.

Cette campagne présidentielle lamentable où les montagnes de chiffres cachent les dossiers qu’il faudrait traiter : le rôle de l’Etat et de l’Europe, le droit du travail. 

Cette campagne présidentielle est désespérante et la majorité des électeurs est désespérée. Une campagne désespérante, parce qu’une campagne n’a jamais été aussi incertaine et tronquée. Si les candidats continuent, ils vont s’embourber dans une bataille de chiffres qui partent dans tous les sens et terminer dans un championnat de France du mensonge. 

Tout se passe comme si les hommes politiques avaient, pour être élus, non seulement un droit, mais un devoir de mensonge.

Plus grave : plus de la moitié du corps électoral s’apprête à voter pour des candidats dont les promesses sont utopiques, irréalisables et souvent complètement invraisemblables. Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, des gens intelligents, éduqués, bac + 5…, sont sur le marché de l’illusion ou de la manipulation populiste. 

Quant aux autres candidats, il ne faudra pas trop les pousser pour qu’ils naviguent à la frontière de la réalité. François Fillon est sorti de la rigueur qui commandait son programme. Emmanuel Macron reste flou et discret. Il a sans doute raison. 

Ce qui est inquiétant, c’est que, plus de la moitié du corps électoral est prêt à voter pour des candidats qui se situent hors du système économique dans lequel nous vivons. Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Benoît Hamon ne croient pas à la mondialisation. Ils ne croient pas aux bienfaits du libre échange, ils ne croient pas à l‘Europe, ni à l‘économie de marché. 

Alors, que la mondialisation ait entrainé des dysfonctionnements et des inégalités, c’est une évidence. Que l’Europe mériterait un fonctionnement politique mieux huilé, c’est une évidence. Que l’économie de marché ait besoin de régulation, c’est aussi évident. 

Mais quoi qu’on en dise, la mondialisation, l’économie de marché, l’Union européenne ont offert des opportunités de création de richesses extraordinaires. 

Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, la globalisation, le progrès technologique, les organisations concurrentielles sont difficilement évitables. Ils sont le produit de notre histoire et de notre culture depuis les grandes catastrophes guerrières du siècle dernier. 

Ce qui est troublant dans cette campagne présidentielle, c’est que les candidats ne veulent pas entrer dans la réalité des dossiers. Ils se fourvoient dans des montagnes de chiffres en croyant ainsi gagner en crédibilité. En fait, ils nourrissent la suspicion. 

Les électeurs ne désignent pas un expert comptable, ils désignent un guide, un éclaireur... 

Trois dossiers sont systématiquement occultés par les candidats à la présidentielle. 

D’abord : le rôle de l’Etat. Si tous les candidats dénoncent l’excès de dépenses publiques (donc le risque de pression fiscale accrue), tous sont évidemment d’accord avec la nécessité de faire quelques économies, mais tous ne parlent que de rabotage. Or, il faudra passer par une réduction du périmètre de l’Etat. S’interroger très sérieusement sur les activités et les fonctions qui relèvent d’une gestion publique et celles qui pourraient relever d’une gestion privée. Le rôle de l'Etat et des administrations est de revenir sur les fonctions purement régaliennes : la police, la justice, les impôts. 

L’essentiel de ce que fait l’Etat aujourd’hui pourrait être transféré dans la sphère de l'économie de marché. 

Ensuite, le rôle de l’Europe. L’Europe est un sujet tabou. Les politiques ne parlent de l’Europe que comme un bouc émissaire facile à toutes les faiblesses. L’Europe, l’Union européenne et l’euro incarnent pourtant la plus belle aventure humaine et politique de ce siècle. 

Enfin, le droit du travail. Il est évident que l’organisation mise en place après la Deuxième Guerre mondiale est autobloquante. Le progrès technologique a bouleversé le rapport au travail et démonétise le statut de salariés. Les contrepouvoirs syndicaux sont trop faibles et le modèle social, qui est pourtant une des formes de progrès historique, est en perdition parce que son financement est fondu sur le salariat qui est, lui même, en perte de vitesse. 

Ces trois dossiers absolument incontournables sont l’objet de toutes les attentions certes, mais ces attentions débouchent sur des bricolages qui ne donnent aucune assurance sur la pérennité du système.