Mondialisation : l’Europe se rebiffe (enfin!) et refuse de reconnaître le statut d’économie de marché à la Chine

C’est la première fois que l’Europe refuse de se coucher. L’Europe a refusé à la Chine de lui reconnaître le statut d’économie de marché.

La supercherie avait duré assez longtemps. Depuis 15 ans, la Chine a intégré l’OMC, l’organisation mondiale du commerce. Pékin aurait dû se mettre en ligne et adopter les règles de l’économie de marché.

En clair son arrivée dans le club des grandes économies mondiales devait lui donner un accès libre aux marchés mondiaux à conditions qu’elle respecte toutes les procédures administratives, sociales et fiscales et qu’elle ouvre sans équivoque ses propres marchés.

Or, la chine a été assez peu scrupuleuse dans l’application de toutes ces règles. La Chine a profité des libéralités de l’OMC, pour accueillir les investissements occidentaux à condition de pouvoir réexporter les fabrications. Ce tour de passe-passe a transformé la Chine en usine du monde. Les pays occidentaux ont beaucoup délocalisé pour faire fabriquer à bas coût la plupart des objets manufacturés, consommés ensuite en Occident.

Le problème, c’est que cette forme de mondialisation basique a provoqué beaucoup de disfonctionnements en Occident : du chômage et du dumping.

D’autant que, à contrario, les entreprises occidentales ont eu du mal à pénétrer le marché chinois et à lutter contre les contrefaçons.

Selon le calendrier OMC, la Chine avait jusqu’à la fin de cette année, pour régulariser son fonctionnement. Pékin aurait dû se mettre en règle pour ce dimanche 11 décembre. En réalité, les garanties apportées par les Chinois n’ont pas été jugées suffisantes par les européens qui, pour la première fois, ont fait preuve d’autorité pour refuser d’être « envahis par les Chinois ».

Beaucoup de pays dans le monde ont reconnu officiellement à la Chine la qualité d’économie de marché : le Brésil ou l’Australie par exemple.

Mais l’Europe considère que la concurrence chinoise serait encore trop déloyale.

On a donc estimé à Bruxelles que cette reconnaissance aurait été très préjudiciable aux industries européennes. On a calculé que l’ouverture totale de la frontière aux produits chinois aurait encore abouti à la destruction de milliers d’emplois supplémentaires sur le Vieux Continent. Environ 3,5 millions d’emplois menacés.

Actuellement, lorsque la Chine vend en Europe des produits à des prix inférieurs à ceux pratiqués sur son propre territoire – ce que l’on appelle le « dumping » – , l’UE peut installer une « barrière anti-dumping« . C’est-à-dire surtaxer ces produits. A partir de dimanche dernier, nous aurions dû faire sauter cette dernière barrière.

Avec la reconnaissance du statut d’économie de marché, l’Europe ne pourrait plus poursuivre la Chine et lui interdire l’accès des marchés.

Il faut dire que L’Europe recourt régulièrement aux procédures anti-dumping même si elle se montre moins sévère que d’autres pays. L’Amérique, par exemple, est encore plus sévère que l’Europe. L’arrivée de Donald Trump va encore durcir la procédure.

L’Europe ne pouvait donc pas, dans la situation économique actuelle, ouvrir les portes et les fenêtres à n’importe quel produit chinois, alors que les États-Unis se referment sur eux mêmes.

L’auteur de La visée hégémonique de la Chine, Antoine Brunet (éditions L’Harmattan) explique, qu’il aurait été aberrant de laisser les Chinois faire librement du racket : « Il est déjà difficile pour nos entreprises de se battre contre des concurrents chinois qui n’ont pas le même coût du travail, si elles ne peuvent même plus se défendre contre eux lorsqu’ils pratiquent du dumping, leur survie est compromise ! ».

Les exportations chinoises en Europe sont déjà très importantes. Ceci dit, il va falloir que les États membres acceptent ces barrières. En effet, pour beaucoup de gouvernements, les importations de produits chinois permettaient aussi de distribuer du pouvoir d’achat à bon compte. Particulièrement dans les pays où l’appareil de grande distribution est très sophistiqué, ce qui est le cas de la France. D’une main, on se plaignait du dumping chinois mais de l’autre on laissait faire discrètement. Donc, en faisant preuve de fermeté, Bruxelles demande aussi aux États membres de cesser toute hypocrisie.

La vraie question aujourd’hui est de savoir ce que l’Europe va faire si la Chine portait plainte, parce que l’Europe comme le reste du monde s’était engagée à mettre fin aux barrières douanières.

Normalement, l’Europe comme les États-Unis vont devoir revenir officiellement sur cet engagement. Avec un risque, voir les Chinois remettre en cause certains accords d’investissements occidentaux.

A Bruxelles, on considère que la Chine ne se précipitera pas pour porter plainte ou pour exercer des pressions. La Chine va essayer de gagner du temps. Elle a raison. La Chine a très bien compris, aussi, que la fermeté européenne était très politique. L’Europe montre ses muscles parce que Trump montre les siens, et surtout parce qu’elle cherche à répondre aux risques du populisme qui fissurent les démocraties occidentales. Les mouvements protectionnistes et antieuropéens commencent à grandir partout en Europe.

C’est la première fois que l’Europe montre les dents. Les hommes politiques devraient s’en réjouir. C’est aussi la première fois que les gouvernements démocratiques sont à ce point en danger.