Monsieur Hollande, les entrepreneurs vont exploser

Par Jean-Marc Sylvestre. L’affaire Goodyear et les échanges entre le président de Titan et le ministre du Redressement Productif sont incroyables et accablants. Comment le président de la République de la Vème puissance économique mondiale peut-il laisser se dégrader les rapports entre le pouvoir et le monde de l’entreprise à ce point ?

L’affaire Goodyear, tout le monde la connaît. Incapable de négocier un accord de modération salariale qui aurait préservé l’usine d’Amiens, la direction de Goodyear jette l’éponge. Branle-bas de combat du côté de chez Montebourg qui se met en quête d’un repreneur. Titan, le géant américain regarde le dossier, visite l’usine pour finalement renoncer à reprendre cette affaire considérant que le climat social est tel qu’il bloque toute évolution possible.

Dans une lettre au vitriol, le président de Titan accuse le gouvernement de soutenir des salariés bien payés qui ne travaillent pas plus de trois heures et annonce qu’il va s’en aller en Chine, produire des pneus qu’il vendra ensuite aux Français. Sur le fond, le patron de Titan n’a pas tort. Tout se passe dans cette affaire comme si la CGT avait tout bloqué, non pas pour protéger l’emploi, mais pour pourrir cette affaire et le gouvernement avec, qui cherchait une solution de compromis.

La CGT en pleine campagne ne décolère pas contre François Hollande, ses hésitations et ses contradictions. Bravo.

Au ministre de l’Industrie ou plutôt du Redressement Productif, la réponse au PDG de Titan est plutôt vive. Arnaud Montebourg qui est pourtant complètement paralysé par le radicalisme de la CGT est obligé de soutenir les salariés. Il considère que la lettre de l’Américain est d’une violence inadmissible et en terme à peine voilé, il le prévient que le fisc sera sans faiblesse ainsi que les douanes sur le contrôle des importations. Ce n’est plus une réponse, c’est la guerre.

Réplique de l’américain, « allez-vous faire f****, la France devrait accueillir ses investisseurs étranger au champagne en déroulant le tapis rouge ». Pour l’instant, l’usine sera fermée et les types se retrouveront au chômage. Bravo la CGT, bravo l’administration française.

Cette histoire absolument incroyable montre à quel point les positions françaises sont devenues contradictoires et irresponsables.

Contradictoire parce que François Hollande se permet d’aller faire du charme aux Indiens pour qu’ils viennent investir en France alors qu’il y a quelques mois, il mettait à la porte du pays M. Mittal. Son ministre de l’Industrie échangeait quasiment des mots d’oiseaux avec un investisseur étranger qui a dit tout haut quelques vérités sur le mal français.

Contradictoires, quand le président de la République s’en va se faire applaudir en Grèce sur le thème « qu’ils sont soumis à une austérité trop sévère », alors que l’aide à la Grèce pour lui permettre de survivre représente déjà pour la France quelques 15 milliards d’euros et qu’on aura du mal à s’en acquitter.

Contradictoires aussi, parce que le même jour à Paris, son Premier ministre Jean-Marc Ayrault balance des lettres de cadrages dans lesquelles il demande un effort supplémentaire aux différents ministres.

La France ne tiendra aucun de ses engagements et se permet de faire la leçon aux autres.Tout cela est irresponsable pour trois raisons.

Un, la situation économique est mauvaise, les perspectives 2013 et 2014 sont nulles.

Deux, on aurait besoin d’une mobilisation massive des créateurs de richesse, des investisseurs, des inventeurs. Mais…

Trois, c’est à ce moment-là qu’on choisit de les décourager par une fiscalité excessive, et surtout qu’on les accable de tous les maux de la terre. Plus grave, on ne reçoit même pas ceux qui voudraient investir.

« Mr Taylor de Titan, vous ne voulez pas Goodyear ? Et bien reprenez votre avion, nos syndicat ont raison »

Plutôt que de l’interroger sur les vraies raisons, plutôt que de chercher un arrangement comme on l’avait fait jadis à Valencienne pour attirer l’usine Toyota, plutôt que de se demander pourquoi on est capable de signer un accord de flexibilité à Paris et que l’on est incapable de l’appliquer à Amiens.

Et tous les chefs d’entreprises de France et de Navarre qui regardent ce spectacle affligeant se disent que tout cela pourrait arriver demain et que personne ne viendrait leur prêter main forte. Tous les chefs d’entreprises de France et de Navarre ne sont pas loin de se demander pourquoi travailler dans ces conditions si un patron est coupable de tout.