Muriel Motte : « On s’attendait à voir Marine Le Pen en 3ème position, mais pas avec un score aussi élevé »

Muriel Motte, éditorialiste pour Les Echos réagit à chaud aux résultats du 22 avril.

Que traduisent les résultats du premier tour ?

On peut constater que c’est un vote de crise où les gens ne savent pas forcément quoi voter. C’est sans surprise que nous retrouvons François Hollande et Nicolas Sarkozy au second tour. Il est vrai qu’on s’attendait à voir Marine Le Pen en 3ème position, mais pas avec un score aussi élevé. En revanche, on envisageait un score plus élevé pour Mélenchon. Les Français en ont marre qu’on leur promette monts et merveilles. Reste à savoir ce qu’ils voteront au deuxième tour.

Quels vont être les rapports de force entre les partis politiques jusqu’au 6 mai ?

Il va y avoir un débat sur la sécurité, des thèmes franco-français qui sont chers aux électeurs. Autrement dit, des valeurs du Front National que les deux principaux candidats vont essayer de reprendre habilement dans leur discours. Et ainsi récupérer les votes du FN. Ce thème a d’ailleurs fait perdre Lionel Jospin en 2002 car il avait choisi de le négliger.

Faut-il s’attendre à des grandes propositions économiques ? Certaines risquent-elles de susciter le débat ?

Les programmes des deux candidats, ce sont surtout des grandes promesses. Ils dépensent des milliards, mais les Français n’y croient pas, ils ne sont pas dupes. On a pas d’argent et cela va être difficile de revenir à l’équilibre. Les Français sont conscients qu’il va falloir faire des sacrifices. Cependant, il y a un débat sur la croissance à relever.

On a plus d’argent, nous sommes en période de crise avec des sujets d’économie très dépressifs. C’est difficile de promettre des choses mirobolantes.

Il faudrait qu’ils établissent un calendrier précis des réformes politiques à venir. Il faut juger sur des faits et des actes et non des propositions qui ressemblent plus à des promesses. C’est vrai qu’il faudrait s’appuyer sur l’Europe pour relancer la croissance.

Il faut ouvrir d’autres perspectives pour ne pas toujours revenir en arrière, comme c’est le cas avec la retraite. Il faut avancer.

Quel est le candidat le plus crédible aux yeux du monde économique ?

Il n’y a pas un candidat plus crédible que l’autre. Ce qui va être jugé c’est ce qu’il se passera le 6 mai. Quel que soit le Président, il va falloir qu’il agisse.

Il faut dire que l’un a un bilan pas très positif, mais il faut aussi remettre le contexte de la crise dévastatrice économique à laquelle il a dû faire face. On peut lui reprocher beaucoup de choses, mais il faut aussi admettre qu’il a bien défendu la France dans l’Europe. On ne peut pas juger son programme de 2007 par rapport à son bilan, car la crise est passée par là. Concernant François Hollande, il faut dire qu’il n’a jamais eu de poste au gouvernement. C’est donc difficile de juger quel candidat est le plus crédible.

Y’aura t-il un impact sur les marchés financiers ?

Concernant Moody’s, je ne pense pas que cela aura un impact. Il y a eu un choc lorsque Standard and Poor’s a dégradé la France. Mais de là à dégrader la France au lendemain des élections présidentielles, cela ne serait pas vraisemblable. Le choc a déjà eu lieu.

Il faut s’atteler à faire des bonnes réformes, éviter la démagogie, et éviter de dépenser l’argent qu’on a pas.

Audrey Mangin