Nationaliser la sidérurgie : Et pourquoi pas ?

Par Jean-Marc Sylvestre. Le dossier de Florange a provoqué un débat qui est très à la mode en France parce qu’il ne sert à rien d’autre qu’à marquer des intérêts politiques. Le fait qu’il y ait derrière des hommes et des femmes, un système de production de richesse et un avenir pour les générations futures, tout le monde s’en fout en prétendant le contraire.

La nationalisation a toujours provoqué un débat clivant. Il y a les pour et les contre… Aussi violemment opposés que Fillon et Copé. Donc c’est ridicule. L’hypothèse de la nationalisation est certes ridicule pour beaucoup mais pas davantage que l’opposition irréductible à toute forme d’intervention de l’État. Un partout la balle au centre. On n’en sortira pas et nos concurrents se frottent les mains.

La question n’est pas de savoir si on nationalise ou pas

… la question est de savoir pourquoi, comment ? La question n’est pas de sauter comme un cabri sur les plateaux télé en criant « Nationalisons, nationalisons »… La question est de savoir pourquoi nationaliser, pour quoi faire ? C’est exactement la question que doit se poser un investisseur privé, une banque ou même Mittal avant de remettre de l’argent dans le projet.

Les Américains ont nationalisé General Motors qui était en faillite avec un vrai projet de redressement.La GM est revenue dans le privé 4 ans plus tard.

Les Anglais ont nationalisé leurs banques en 2008 pour les sauver. Depuis les banques anglaises ont retrouvé la santé. Les allemands ont fait de même.

Quand Nicolas Sarkozy est intervenu pour aider au sauvetage des chantiers navals de St Nazaire, il a quasiment fait une nationalisation mais avec une véritable stratégie industrielle. Alstom est aujourd’hui une des plus belles entreprises. Tant qu’Arnaud Montebourg n’aura pas défini à quoi peut servir la sidérurgie française dans la concurrence internationale, tant qu’il n’aura pas défini quelle stratégie,  avec quelle compétitivité… : il ne sera pas économiquement crédible.

En revanche l’opération politique restera spectaculaire

Prendre des patrons en otage est toujours payant auprès des militants de la CGT. Accuser les investisseurs et prétendre qu’on peut sauver l’affaire sont des brevets d’appartenance à la vraie gauche classique et généreuse… Et si en plus ça marche, Arnaud Montebourg aura réussi à sauvegarder une industrie condamnée, mais pour combien de temps ? Les hommes politiques achètent en permanence du temps à leurs électeurs.Les faits sont très simples : Une partie de la sidérurgie française n’est pas rentable sur le marché international.

L’État français peut toujours subventionner l’activité pour la garder en survie. Mais ça restera un sauvetage artificiel parce que  dépendant des fonds publics et injuste parce que quand l’État consacre de l’argent public à financer des secteurs en difficulté, c’est autant d’argent en moins pour les secteurs d’avenir, créateurs de richesse et d’emplois. Donc, le problème est de définir une stratégie industrielle. La question de savoir qui financera cette stratégie est secondaire. Fonds publics, fonds privés, peu importe. Ce qui importe, c’est la cohérence économique du projet.

Actuellement le projet Montebourg n’a qu’une cohérence politique. Il a 24 heures pour prouver que le projet est sous-tendu par une équation industrielle qui tienne la route.

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