Novembre, un mois clé pour les marchés actions U.S ?

NOUVEAU RENDEZ-VOUS. Retrouvez l’analyse de Fabrice Cousté, directeur général de CMC Markets. Pour le blog, il décrypte les faits de la semaine sur les marchés financiers.

NOUVEAU RENDEZ-VOUS. Retrouvez l’analyse de Fabrice Cousté, directeur général de CMC Markets. Pour le blog, il décrypte les faits de la semaine sur les marchés financiers.

Après une saison de publications microéconomiques en demi-teinte qui a pesé sur les indices  américains et européens, le mois de novembre pourrait bien sceller une divergence de tendance boursière de part et d’autre de l’Atlantique.

A Wall Street, les investisseurs ont probablement une carte à jouer à la veille des élections présidentielles et de la traditionnelle période festive de Thanksgiving.  Pourquoi un tel optimisme ?

Sur le plan politique, la perspective d’une réélection du président sortant Barack Obama (un renouvellement de confiance qui fait figure d’exception aujourd’hui, lorsqu’on constate que les élections présidentielles des pays majeurs se sont soldées par le désaveu du président sortant) est de nature à rassurer les marchés. Pas tant en raison de sa sensibilité politique, mais parce que les marchés d’actions préfèrent toujours la stabilité à l’alternance. Ainsi, Barack Obama président est une garantie pour les investisseurs de voir Ben Bernanke confirmé à la tête de la Fed. Une approbation légitimement salutaire au vu du rôle central de la Fed afin de stimuler le marché du crédit et  l’économie U.S.

Autre catalyseur potentiel, la période de Thanksgiving  qui se traduit traditionnellement par un cycle de consommation des ménages porteur pour l’économie. Certes la tendance dominante depuis peu est celle du désendettement des agents économiques privés. Cette façon nouvelle de concevoir l’épargne aux Etats-Unis conduit les ménages à privilégier la capitalisation des revenus plutôt que les dépenses de consommation (le taux d’épargne des ménages américains atteint désormais 5% de leur revenu, un niveau inédit). Il n’en reste pas moins que le 4ème week-end de novembre est un « marronnier » classique, favorable à la stimulation de la consommation des Américains et à l’amélioration du « moral des ménages ». De ce point de vue, les indicateurs macroéconomiques américains démontrent un regain de dynamisme sur le chemin de  la reprise économique : l’indicateur immobilier NAHB a atteint un plus haut depuis 2006, les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la dernière semaine d’octobre ont diminué un peu plus que prévu à 369.000 contre 392.000 (révisé) la semaine précédente. Fort de ces standards  encourageants, la croissance du  PIB US au 3ème trimestre a dépassé les attentes, à +2%.
Enfin, quel sera le coût de Sandy pour l’économie US? Alors que les dégâts de l’ouragan se chiffrent à plusieurs milliards de dollars, cette catastrophe pourrait paradoxalement dynamiser l’activité, notamment dans le secteur toujours ralenti de la construction ainsi que celui de l’automobile.

Par opposition, les marchés boursiers de la  zone euro manquent  cruellement de soutien. Non pas que la situation des marchés soit mauvaise à proprement dit, puisque le risque systémique a été  durablement écarté grâce à l’action de la BCE, que le système bancaire s’est considérablement délesté des actifs toxiques liés aux dettes périphériques et que la normalisation des taux souverains a fortement allégé le coût de refinancement d’Etats comme l’Italie ou l’Espagne (dont le taux  à 10 ans est désormais proche de 5.40%, loin des niveaux de l’été dernier). Qui plus est le niveau de valorisation des marchés européens est  sensiblement bas, de quoi opérer une sélection de titres de qualité à bon compte pour les investisseurs. Mais paradoxalement, ces derniers restent encore attentistes et préfèrent observer les avancées politiques de la zone avant de repositionner leur portefeuille. Surtout, la zone euro a encore un déficit de dynamisme à combler sur le plan de la croissance économique, par rapport au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Si les partis pris de l’Espagne ou de l’Italie en matière de coupes budgétaires et de réformes structurelles impopulaires semblent leur donner raison sur les marchés obligataires,  le scénario récessionniste n’est pas encore écarté. L’austérité budgétaire et les coupes dans les dépenses ne suffisent pas à endiguer le poids de l’endettement et pèsent sur  la croissance du PIB à court-moyen terme. Dans un contexte où l’essentiel des mesures de la BCE et des avancées politiques significatives  sont déjà dans les cours, il reste désormais peu de place pour des effets d’annonce politiques retentissants. Les marchés actions de la zone euro devront donc trouver ailleurs leurs catalyseurs haussiers. Pourquoi pas dans le sillage des bourses américaines…

Pour l’investisseur privé, cette configuration offre des opportunités d’investissement. Anticiper une hausse des marchés d’actions américains d’ici un mois est un pari prometteur. Néanmoins, le déficit de catalyseurs haussiers et la léthargie des marchés  en Europe ne signifient pas qu’il faille abandonner cette zone, bien au contraire. C’est un momentum de marché intéressant pour acquérir des valeurs boursières solides à meilleur prix. Des opportunités existent sur le secteur du luxe, de l’énergie et plus particulièrement parapétrolier, ou sur les secteurs de niche à forte rentabilité. Le dénominateur commun de la plupart de ces valeurs est leur capacité à s’imposer grâce à leur pricing power.

Enfin, jouer la hausse du cours du baril de pétrole ou de l’once d’or sont  des stratégies classiques mais éprouvées. A 85USD, le pétrole WTI peut présenter une marge de valorisation non négligeable lorsque l’on sait que sa valeur structurelle, à terme, est plus proche de 100USD.  De même, il n’est pas illogique d’anticiper un cours de 2.000USD pour l’once d’or à un horizon de deux ans.

Fabrice Cousté