Obama veut punir BNP Paribas et nous, en France, on va laisser faire

Incroyable, mais vrai : le gouvernement français n’a absolument pas réagi à l’annonce par les institutions américaines d’infliger d’une amende de 10 milliards de dollars à la BNP avec demande de licenciement d’une demi-douzaine de collaborateurs de haut niveau et une menace à peine voilée de lui retirer sa licence bancaire.

En clair, la BNP Paribas risque une condamnation à mort et cette menace émane directement de la Maison blanche. Et nous, en France, on va laisser faire. Si la banque française a transgressé certaines règles, elle ne l’a certainement pas fait au point de prendre un tel risque. Ce qui est étonnant dans cette affaire, c’est le gouvernement français d’ordinaire si prompt à défendre les intérêts français qui n’a pas bougé un doigt. Du  moins officiellement.  Quand on sait la violence inouïe avec laquelle les politiques français étaient rentrés dans le dossier Arcelor-Mittal, quand on mesure l’activisme d’Arnaud Montebourg pour freiner l’arrivée de General Electric dans le dossier Alstom, on s’étonne qu’une grande banque française comme la BNP ne soit pas défendue avec la même énergie.

Il n y a que deux hypothèses, ou l’affaire BNP Paribas ne vaut pas la peine de se battre et on se trompe sur l’ampleur des dégâts probables. Ou bien on est parfaitement conscient à l’Elysée de la gravité de la menace, de son caractère politique, qu’on est trop géné pour intervenir aux cotés d’une banque que l’on a traité de voyou comme l’ensemble de la finance pendant la campagne électorale. François Hollande serait donc à nouveau paralysé par ses engagements de campagne. Dans ces conditions, il est probable qu’il n’ose même pas aborder la question lorsqu’il va  rencontrer Barack Obama cette semaine. Incroyable.

Cette affaire est extrêmement grave. Elle a deux dimensions.

Une dimension technique et juridique. La Bnp Paribas aurait transgressé la règlementation bancaire en acceptant de faire des affaires avec des pays soumis à embargo comme Cuba, l’Iran ou le Soudan. C’est évidemment l’établissement américain qui est visé mais pas seulement. Puisque les transactions ont été faites en dollars, les américains affirment que la réglementation américaine doit s’appliquer. L’   amende serait astronomique, 10 milliards de dollars soit l’équivalent d’une année de profit.

Une dimension politique. Il est évident que dans une affaire comme celle-là,  Barack Obama a demandé à son administration de charger la barque. Parce que la BNP n’est pas la seule banque accusée d’avoir détourné l’embargo, mais la BNP est sans doute celle qu’on condamne à la plus lourde peine. Selon les analystes, il y aurait trois raisons à cette incroyable sévérité de Barack Obama.

D’abord, il est évident que Barack Obama a besoin de montrer à son opinion publique qu’il surveille les banques et qu’il les sanctionne. Depuis l’affaire des subprimes, il n’avait rien fait. Pire, il sait très bien que la politique monétaire ultra généreuse a bénéficié au premier chef à l’industrie financière. L’opinion publique l’accepte mal, surtout venant d’un président qui avait promis d’assainir le secteur. Et comme il sanctionne très durement les banques étrangères, ça ne gênera pas beaucoup les banques américaines à l’exception de deux d’entre elles.

La deuxième raison qui le pousse à s’attaquer à des établissements français comme la BNP, c’est que cela envoie une menace à peine voilée aux autres banques,  en cas d’indiscipline notoire. La résistance de certains ministres fasse à General Electric en a agacé beaucoup à Washington. Les débats compliqués qui menacent la conclusion d’un traité de libre-échange  les énervent tout autant.

Enfin la troisième raison  est que les Américains ont une image tellement faible de François Hollande qu’ils se disent qu’ils peuvent s’offrir une virginité financière en tapant sur la première banque française. C’est sans risque.

Alors, cette amende ne met pas la banque en situation de risque. Les clients déposants n’ont rien à craindre pour leurs dépôts (les subprimes étaient beaucoup plus dangereux). N’empêche que la banque sera fragilisée et que ses actionnaires (qui sont très franco-français) seront obligés de payer.

L’affaire est donc politique et tout le monde s’attend à ce qu’elle soit traitée sous l’angle politique. Les tribunaux d’un côté, le lobbying politique de l’autre. Mais cette affaire est tellement grave que le lobbying ne peut partir que de l’Elysée. C’est au président de la République de défendre la banque BNP Paribas ou alors de donner des ordres pour que le gouvernement le fasse. Compte tenu de tout ce qu’on a raconté contre les banques et la finance, on comprend que ce sera difficile.

Pour l’instant personne n’a bougé le début d’une oreille. Les Américains sont les champions du monde pour installer des situations tordues sur le plan juridique du moment que ça protège leurs intérêts fondamentaux. L’affaire exécutif Life dans laquelle François Pinault s’était retrouve piégée , interdit de séjour aux États-Unis et sous le coup d’un emprisonnement , cette affaire a demandé près de vingt ans de procédure, une armée d’avocats épaulés par le plus grands cabinets de lobbyistes et a été appuyée par le gouvernement français et une partie de la diplomatie. Cette affaire avait commencé en 1991, elle vient juste de se terminer. Pratiquement plus de 20 ans.  20 ans pour trouver un compromis acceptable. Encore que tous les recours possibles ne sont pas épuisés.