On relocalise l’industrie en Occident, mais la France est hors-jeu

Depuis 5 ans, les vieux pays occidentaux récupèrent une partie de leur potentiel industriel. C’est la conséquence de la crise, du ralentissement chinois et de la reprise de compétitivité liée au coût du travail (très maîtrisé), aux prix de l’énergie extrêmement bas et au prix de l’argent qui facilite l’investissement. Le drame, c’est que la France n’en profite pas.

En moins de cinq ans, l’Amérique a vu revenir sur son territoire des industries qui avaient fugué au Mexique… L’Italie a relancé son industrie, l’Espagne aussi. La Suisse et le Royaume-Uni ont réimplanté des industries pour compenser le recul relatif du secteur financier. Quant à l’Allemagne, elle a compris depuis longtemps qu’il fallait mieux exporter des produits fabriqués sur ses bases pour occuper ses bassins d’emplois plutôt que d’exporter des usines et des technologies. Sa balance commerciale va, cette année, battre tous les records.

Le problème pour nous, c’est que la France reste à l’écart de ce mouvement de réindustrialisations ou de relocalisation.

La situation internationale qui s’est installée avec la crise financière de 2008 a mis en évidence que le facteur clef du développement était la compétitivité. Tous les pays ont donc recherché les moyens d’améliorer leur compétitivité industrielle afin de relancer des secteurs entier.

L’Amérique a trouvé très rapidement trois facteurs de compétitivité. La réduction des frais généraux, la baisse des impôts sur le travail et surtout la baisse des prix de l’énergie rendue possible par la découverte des gazs et des pétroles de schistes. En un an, le prix du pétrole brut a baissé de moitié sur le marché mondial et l’Amérique est devenue le premier producteur mondial de pétrole. Alors il y a certes un effet demande, mais il y a surtout un effet de l’offre à bas prix.

Parallèlement, les politiques monétaires ont été boostées. Du coup, l’Amérique a stoppé les flux de délocalisation industrielle et récupéré des usines qui tournaient au Mexique.

Dans tous les pays, on retrouve en gros la même recette : baisse des coûts du travail, baisse des dépenses publiques, baisse des prix de l’énergie et des prix de l’argent. L’Allemagne, qui était bien placée, a conservé ses marges en protégeant cette compétitivité. Le Royaume-Uni a réinventé un secteur industriel qui était en voie de disparition, étouffé  jadis par les rendements du métier de financier. Depuis 2008, l’industrie financière s’est calmée, contrainte et forcée et le gouvernent a favorisé le développement de nouveaux secteurs industriels  : l’armement, la pharmacie, l’automobile… La Suisse, qui a décidé de reculer sur le créneau financier en s’achetant une vertu, a également favorisé et attiré les investisseurs industriels. La Suisse est aujourd’hui un pays industriel qui compte en Europe.

La France est restée à l’écart de ce mouvement de relocalisation, d’où la faiblesse de la croissance et l’atonie du marché de l’emploi. On ne crée pas d’emplois parce que l’industrie continue de perdre du terrain. Il y a malheureusement trois séries de facteurs qui expliquent cette punition :

1/ La culture française n’est toujours pas très pro-business. L’équipe Valls-Macron parle beaucoup de l’entreprise, elle dit en permanence qu’il faut investir mais quand on regarde ce qui a été fait pour changer la culture franco-française par rapport au développement industriel, les patrons sont évidemment déçus.

2/ Le coût du travail n’a pas baissé de façon significative. Alors oui, on a distribué le CICE, mais le CICE a permis de restaurer des marges, le cilié n’est pas un facteur clef dans la décision d’implanter une nouvelle usine, d’où la faiblesse des investissements. Or l’investissement, c’est le nerf de la guerre.

3/ L’environnement du chef d’entreprise est trop instable et trop règlementé. Les montagnes de formalités administratives pour faire tourner une entreprise ou embaucher des salariés sont toujours aussi dissuasives. Ce qui explique d’ailleurs que beaucoup baissent les bras et s’expatrient à l’étranger.

Ce qui est désolant, c’est que ce diagnostic est partagé par tous les experts de droite et de gauche depuis très longtemps. Dans une situation internationale où la Chine et l’Inde passent de mode parce que ça devient moins évident d’y investir ; dans une situation ou les boosters de croissance vont être l’Afrique, la Russie et les pays de l’Est, puis l’Europe… L’économie française n’est toujours pas capable de tenir son rang.