Orange rachète Bouygues et prépare un tsunami bancaire

Qu’Orange rachète Bouygues, c’est presque banal. Mais qu’il investisse dans la banque, c’est un tremblement de terre.

La classe politique française est vraiment nulle. Elle est partie dans une série de commémoration pour faire croire à l’opinion que le pays avait encore des valeurs, c’est bien. Elle s’est engagée dans un débat stérile pour savoir s’il fallait transformer les terroristes et ceux qui veulent le devenir en apatrides, pourquoi pas ? Mais ça ne servira à rien sauf à occuper les plateaux télé.

Et pendant ce temps-là, les acteurs du business essayent de se mettre en situation pour affronter la prochaine crise économique mondiale qui va partir de l’Arabie Saoudite ou de Shanghai, et ça n’intéresse personne. Du coup, les responsables politiques qui n’ont sans doute rien compris à ce qui se préparait ne font strictement rien pour favoriser un environnement qui faciliterait l’émergence de groupes industriels. Or, si ce pays a besoin de protéger « ses valeurs », il a aussi besoin de créer de la valeur économique.

Depuis le début de la semaine, on a appris qu’Orange, l’opérateur historique de la téléphonie, allait racheter Bouygues Télécom et entreprenait une entrée massive dans la banque en ligne via Groupama.

Et bien, pour les derniers Enarques planqués dans les partis politiques, ce type d’information relève de la vulgarité commerciale. Pour les acteurs du business international, c’est un tremblement de terre qui prouve que la France a encore du potentiel sous le pied.

L’acquisition de Bouygues par Orange n’est  qu’une demi-surprise. Dans le marché mature de la téléphonie mobile, il y a longtemps que l’on savait que la concurrence entre 4 opérateurs : Orange, SFR, Free et Bouygues, détruisait de la valeur au bénéfice très factice du consommateur. Il fallait être naïf pour croire que quatre operateurs garantissaient une baisse des prix. L’ouverture du marché a permis l’arrivée de Free puis de générer aussi des baisses des prix, mais la baisse des prix a freiné les marges, donc les investissements.

Résultat, seul le plus gros en a profité. SFR a été vendu à un investisseur qui a tout acheté à crédit, Free a tenté d’investir mais à l’étranger et Bouygues s’est retrouvé trop petit. Aujourd’hui, pour protéger le secteur et le marché, il faut recomposer le paysage, ce que fait Orange. En rachetant Bouygues Télécom, l’opérateur historique cédera quelques actifs, qui feront doublons à Free et à SFR. Ces derniers ont, par ailleurs, besoin de fréquences 4G et d’antennes-relais.

Pour le client, ça ne changera pas grand-chose. Les réseaux fonctionneront mieux. Les augmentations de prix qui lui seront imposées, parce qu’il y en aura, seront justifiées par des technologies ou des services nouveaux. Le monde des affaire aura fait le job qui se résume à une opération de consolidation assez classique créatrice de valeur et qui ne sacrifiera pas d’emplois dans un secteur qui en a tellement crées depuis 20 ans.

Cette histoire vaudrait bien qu’on la raconte et que la classe politique en fasse la pédagogie parce qu’elle est exemplaire. Mais la classe politique ne la racontera pas puisqu’elle corrige une opération initiée il y a plus de 5 ans pour des raisons très démagogiques. La droite et la gauche étaient d’accord pour faire un cadeau à Xavier Niel. Ça devait créer du pouvoir d’achat pour les plus pauvres. Quelle supercherie ! Au passage, la classe politique pourrait au moins s’inquiéter aujourd’hui  de ce que feront  les actionnaires de Bouygues Télécom. Le groupe Bouygues, la famille Bouygues et la famille Decaux viennent de gagner à l’EuroMillion ! Ils avaient au départ et c’est vrai, pris tous les risques. Ils vont se retrouver quand même avec près de 10 milliards d’euros.

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Tout gouvernement normalement constitué pourrait s’inquiéter de savoir si on peut investir 10 milliards d’euro dans l’hexagone, aujourd hui. Pas sûr. Entre la méthode chinoise qui consiste à fermer la bourse pour l’empêcher de baisser ce qui interdit aux investisseurs de vendre et de s’en aller, et l’indifférence un peu arrogante des gouvernements  européens, il doit y avoir une position intelligente qui pourrait rendre compatible la liberté de faire des affaires avec la protection minimale des intérêts nationaux.

Apres le mariage Orange-Bouygues, le tsunami bancaire. Ce qui est passionnant dans la stratégie conduite par Stéphane Richard le PDG d’orange, c’est que pendant qu’il amuse la galerie par une opération d’acquisition somme toute logique, il déclenche un véritable tremblement de terre dans le secteur de la banque que personne n’avait vu venir. En proposant de racheter Groupama Banque, il écrit le début d’une scenario du séisme probable de la banque française.

Ca fait très longtemps que nos iPhone servent à autre chose qu’à passer des coups de file à sa femme pour la prévenir que l’on rentrera tard. Les mobiles sont devenus en quelques années des réveils matins, des boites aux lettres, des lampes de poche et des caméras. Ils nous offrent les journaux du matin, la radio de la pause déjeuner et le film du soir. Ils nous permettent d’accéder à des galeries marchandes, d’acheter des billets de train ou d’avion, de surveiller les enfants et même de contrôler notre santé.

Le smartphone a révolutionné toute notre vie quotidienne et ça n’est pas fini. Le seul secteur qui soit resté un tout petit peu à l’écart de cette révolution, c’est la banque. Technologiquement, nos banques ont toutes développé des services en ligne mais elle ont su préserver le privilège qu’elles ont de garantir la sécurité des transactions et la confiance de leur client.

Ce privilège-là est désormais entamé. On savait que les grands réseaux sociaux réfléchissaient à offrir des services de paiements en ligne, mais chez Facebook ou chez Google on en était qu’aux expérimentations. Orange, 1er opérateur mobile en Europe vient de franchir le pas en rachetant une banque. Ça veut dire qu’Orange va marier la puissance de marché, le nombre de ses abonnés, ses contacts clients avec la légitimité d’une banque installée.

Tous les banquiers le savent, le nerf de la guerre concurrentielle à laquelle ils sont condamnés, réside dans le contact client. L’opérateur de téléphone mobile est en contact permanent avec son client. 24 heures sur 24 ! Orange sait ce que nous faisons, où nous allons, ce que nous achetons, ce que nous payons et à qui. Le défi lancé aux grandes banques est donc gigantesque. La concurrence qu’elles vont affronter ne sera plus seulement à l’intérieur de leur secteur. La bagarre ne sera plus entre la BNP et le Crédit Agricole. La bagarre va se livrer avec les opérateurs de téléphonie mobile.

<--pagebreak-->Orange-Bouygues, Free et SFR n’auront aucun problème technique pour installer des terminaux de paiements à partir de leurs mobiles, aucun problème pour gérer les transactions de débit et de crédit, aucun problème pour assurer la tenue des comptes, aucun problème pour proposer des offres de crédits ou de placement.  Orange rachète Bouygues oui mais ce qui est très fort c’est qu’il écrit du même coup, la chronique d’une mort annoncée de la banque traditionnelle.