Panique à la bourse : Facebook désespère les marchés financiers, plombe Google, Tesla, Microsoft, Apple et ...menace les démocraties politiques.

L’effondrement de Facebook à la bourse de New York entraine à la baisse l’ensemble des valeurs de la tech et jette le discrédit sur le fonctionnement des démocraties piégées par l’utilisation frauduleuse des données personnelles. 
 

Jamais depuis sa déjà longue histoire, le monde digital n’a été aussi ébranlé dans son modèle économique et dans son rôle quant au fonctionnement des sociétés modernes.

Le scandale Facebook, soupçonné d’avoir laissé utiliser les données personnelles de plus de 50 millions d’utilisateurs à des fins de manipulation politique, a désormais un impact ravageur sur l'ensemble de cette industrie mais aussi sur le fonctionnement des démocraties puisqu’a priori, la manipulation des données personnelles aurait été utilisée par les partisans du Brexit en Grande Bretagne et leur aurait, au final, permis d’obtenir une majorité. Le Congrès américain a décidé d’enquêter pour savoir dans quelle mesure, l’utilisation des données personnelles aurait pu biaiser les dernières élections américaines et favoriser la victoire de Donald Trump.

Pour comprendre l’ampleur de ce scandale et en mesurer l’impact, il faut bien sûr savoir ce qui s’est passé. Explications :

En clair, Facebook est soupçonné d’avoir laissé utiliser des millions de données personnelles drainées et stockées par une société d’étude privée. Cambridge Analytica est une entreprise d‘analyse de données qui travaille pour d’autres entreprises, pour des Etats et pour des partis politiques. En l’occurrence et selon plusieurs employeurs de Cambridge Analytica, dont Christopher Wylie qui est au centre de toutes les attentions, Cambridge Analytica a réussi à obtenir illégalement des données provenant de millions d’utilisateurs de Facebook. De façon à les traiter, les analyser, les cibler et ensuite leur envoyer des messages ou des informations qui correspondaient à leurs centres d’intérêt ou à leurs demandes. Le but étant de conforter des populations fragiles, de leur envoyer des fake news afin de les influencer dans leur comportement politique.

Cambridge Analytica aurait donc travaillé pour les partisans du Brexit en envoyant des dossiers et des informations cherchant à prouver que l‘appartenance à l’Union européenne avait été une catastrophe pour les anglais.

Quant aux Etats-Unis, Cambridge Analytica s’était donnée pour objectif de sensibiliser les électeurs fragilisés par les conditions économiques et de leur expliquer qu’ils étaient victimes des complots fomentés par les élites américaines de la grande finance, et tous les amis d’Obama qui étaient à la solde de cette élite. 

Depuis la découverte de ce scandale, les dirigeants de Cambridge Analytica ont été écartés de la direction de l’entreprise et notamment son directeur général, Alexandre Nix, qui serait à l’origine du concept qui consistait à siphonner les données et à les exploiter ensuite à des fins marketing ou politiques.

Chez Facebook, c’est un peu la panique. Mark Zuckerberg, après avoir refusé de témoigner officiellement devant la commission d’enquête britannique, s’est confondu en excuses dans la presse et à la télévision. Ce qui n’a rien changé et rassuré personne. Il va sans doute consentir à s’expliquer devant le Congrès américain.

Mark Zuckerberg est désormais dans une situation difficile. Parce que s’il ne peut pas être soupçonné d’avoir une responsabilité directe dans l’évasion de données et leur manipulation, il est évident désormais que ces systèmes de contrôle ont été défaillants. Les informaticiens de Cambridge Analytica ont confirmé la facilité avec laquelle ils pouvaient avoir accès aux données.

Plus grave encore, on sait depuis 24 heures que Facebook n‘est pas le seul maillon faible de la planète digitale. Pour une raison très simple, si Facebook a pu enregistrer l’historique des appels, des messages et des SMS de ses adhérents, c’est aussi d’une certaine façon la faute d’Android. Par conséquent, Google, qui découvre la permissivité de son système d’exploitation mobile (Android), se retrouve aussi au cœur du scandale, ce qui n’est pas le cas des systèmes IOS.

N’empêche que par contagion, c’est l’ensemble des acteurs du digital, gérant de bases de données personnelles gigantesques qui se retrouvent suspects de manipulation.

D‘où la dégringolade des valeurs boursières depuis dix jours, celle de Facebook en particulier ayant perdu près de 20% par rapport à son niveau de janvier.

En fait, c’est le modèle économique de ces entreprises qui est atteint. Les entreprises comme Facebook ou Google ou même tous ceux qui travaillent dans le B to C, y compris les opérateurs de téléphone mobile et les fournisseurs, sont vulnérables.

Pourquoi ? Tout simplement parce que leur modèle consiste à vendre aux clients un service que personne ne conteste. Mais ce faisant, il récolte des milliards de données personnelles gratuitement, mais des données qu’ils vont pouvoir revendre.

Un adhèrent de Facebook n’est pas rémunéré par Facebook, et pourtant il livre à Facebook et aux autres une masse de données très personnelles. Nous acceptons tous de livrer ces données parce que nous avions la conviction que les opérateurs conserveraient la confidentialité de tout cela, sauf à demander l’autorisation.

Beaucoup de ses données sont utilisées à des fins commerciales parce qu’elles permettent de vendre à des annonceurs des ciblages de clientèles très fins et très efficaces.

Toute la fortune de Facebook ou de Google, ou de ITunes vient de là. D’un côté une donnée qu’on acquiert sans la payer et de l’autre la possibilité de la revendre à des entreprises qui en ont besoin pour leur objectif commercial.

Mais si le contrat de confiance dans la confidentialité est trahi, c’est évidemment tout le modèle qui est hypothéqué.

D’où la panique boursière, qui touche tout le secteur. Google est en risque parce qu’Android laisse échapper des données etcc.

 

Ca n’est pas tout, si on découvre maintenant que ces données ne sont pas utilisées qu’à des fins commerciales - ce qui peut être contrôler et réguler - mais aussi à des fins politiques et de façon insidieuse et même clandestine sous la forme de fake news par exemple, ce sont les démocraties qui se retrouvent en risque grave de déstabilisation. 

Si les enquêtes menées en Angleterre et aux USA réussissent à prouver que l’utilisation et la manipulation des données personnelles a permis de déplacer des voix en faveur du Brexit ou de Donald Trump, les amendes qui seront infligées sont considérables. Facebook, par exemple, risque 2000 milliards de dollars d’amendes – pour un chiffre d’affaires annuel de 40 milliards. Une amende qui signifierait la fin des fins pour le géant américain.