Paris ne sort pas dans le classement mondial des Smart cities, ou villes intelligentes, étonnant ! Non ?

A l’heure où Emmanuel Macron cherche à relancer le secteur de l’intelligence artificielle, les élus municipaux épluchent le classement mondial des villes intelligentes. A lui seul, il explique le retard français. 

 

Singapour, Barcelone,  Londres, San Francisco et Oslo : tel est le Top 5 des villes les plus intelligente du monde. Si on voulait se convaincre du retard français et en mesurer les effets sur la vie quotidienne, il suffit de reprendre ce classement mondial des villes intelligentes pour s’apercevoir que les villes françaises ne ressortent pas dans les écrans radars et surtout pas Paris, dont la maire se targue pourtant de diriger une des villes le plus modernes du monde.

L’observation des villes intelligentes permet aussi de mesurer l’état d’avancement en intelligence matricielle parce que les métropoles où les villes moyennes ont été dans le monde les premières organisations (avant les entreprises) à mettre en pratique les systèmes d’intelligence artificielle et à pousser la recherche.

Une ville intelligente, qu’on appelle aussi une Smart city (ça fait plus chic), est devenue un concept très à la mode depuis une dizaine d’années.

En théorie, la smart city, c’est l’organisation d’une ville avec une gestion plus efficiente et démocratique au bénéfice des usagers et de la collectivité. Ces villes sont bardées de capteurs qui récupèrent des données dont le traitement doit servir à améliorer la vie urbaine, à commencer par la circulation. Certains y voient aussi le risque d’une plus grande capacité de surveillance.

Alors, la smart city fonctionne en faisant dialoguer des données, publiques et privées, ce qui ne va pas toujours de soi. La smart city nécessite outre un équipement informatique sophistiqué, des équipements collectifs et un urbanisme adapté.

 

Mais il y a d’autres façons d’analyser l’intelligence d’une ville en matchant l’état des équipements à l’image que les habitants renvoient de la ville.

 

Le cabinet Jupiter Research par exemple établit chaque année un classement sur l'efficacité des smart cities, triant les villes qui préservent les ressources, celles qui utilisent les technologies pour se transformer, améliorer la circulation, réduire les dépenses en énergie…Ce cabinet travaille sur une quarantaine de critères.

Le dernier classement des villes au monde les plus smart est édifiant, mais désolant pour la France.

1er Singapour : Singapour, arrive en tête de ce classement grâce à sa politique de mobilité, sa propreté et l’utilisation des technologies qui permet de recueillir un maximum de données.

2e : Barcelone arrive en deuxième position du classement mondial et première ville européenne. Barcelone doit ce podium à sa politique énergétique et ses investissements dans le développement durable. Barcelone, ville plébiscitée aussi par les promotions Erasmus.

3e Londres : le gouvernement est déçu, le maire de Londres est déçu. Mais les objectifs qui avaient été fixés dans le domaine des économies d’énergie et du développement durable n’ont pas été atteints. Les promesses qui avaient été faites au niveau de la mobilité ont été délivrées.

4e San Francisco : la municipalité s’est dotée d’outils réactifs et flexibles avec une ambition ; faire de la ville la plus agréable à vivre et celle où le développement durable est le plus respecté.

5ème Oslo : la capitale norvégienne est entrée dans le Top 5 grâce à son plan de circulation et sa politique toute entière consacrée au développement durable.

Ce classement ne laisse pas de place à aucune ville française et encore moins à Paris, qui a pourtant pris des engagements dans la perspective des prochains Jeux Olympiques.

Or, les villes intelligentes sont des formidables vitrines pour toute la recherche scientifique. Des vitrines aussi pour l’attractivité du lieu et faire venir des investisseurs. Toutes les grandes villes françaises se sont engagées dans la course à l’intelligence artificielle.

En France, si le chèque promis par Emmanuel Macron est gros, près d’un milliard et demi d’euros, c’est bien parce que les premiers pas de la France dans l’intelligence artificielle étaient jusque là restés timides et peu visibles.

 

Le rapport sur l’Intelligence artificielle, remis mercredi dernier au Président de la République, promet en effet, 1,5 milliards d’euros, entièrement consacrés à l’IA, jusqu’à la fin du quinquennat. Des 1,5 milliards pas entièrement tirés de nulle part, puisqu’ils faisaient parti du « package » des 10 milliards d’euros d’investissements dédiés à l’innovation promis pendant la campagne du président. Comme le dit le rapporteur de la mission, Cédric Villani, député REM et médaillé Fields de mathématiques, ce qu’il faut espérer, c’est bien « un réveil de la France et de l’Europe ».

Alors, forcément, on serait forcés de comparer aux 13 milliards de dollars qu’a annoncés la Chine, en début d’année, entièrement dévolus à l’intelligence artificielle sur les trois prochaines années. Mais ce serait réduire la course à l’intelligence artificielle à une simple innovation sectorielle. Et si la France a mis du temps à structurer son pôle de recherche et d’expérimentation, malgré les compétences reconnues des chercheurs français, cela n’est pas suffisant pour transformer l’IA en véritable atout économique.

 

1ère raison : l’intelligence artificielle insuffisamment appréhendée comme transversale à l’économie. Automobile, santé, assurance, transport… L’intelligence artificielle ne concerne pas un secteur mais impacte beaucoup de secteurs, voire tous. Si des Google, Facebook ont pris le pli depuis des années déjà, le nouveau directeur du CNRS, Antoine Petit, prévient : « Il faut aussi que les industriels français prennent la mesure de l’enjeu. »

2ème constat : la France est redevenue attractive et pro-business sur le tard.

Les multinationales viennent en France pour installer leurs centres de recherche, comme Samsung qui vient d’installer son troisième plus grand centre de recherche dédié à l’intelligence artificielle ; après Google, Microsoft et d’autres grands noms. Mais si elles viennent seulement aujourd’hui, c’est qu’elles ont considéré que les conditions n’étaient pas assez attractives avant. La France paie ici le retard de politiques non tournées vers les entreprises.

3ème raison : juguler les mécontentements. Les innovations liées à l’intelligence artificielle vont bouleverser les process, les organisations et donc avoir un effet direct sur le nombre d’emplois. De quoi d’une part lever une partie de la population contre ce type d’innovations, les mêmes populations qui ont été déclassées par la mondialisation. D’où peut-être la tentation de réguler ce tout nouveau modèle. Et quand on regarde tout ce qui concerne les nouveaux modèles, notamment celui de l’économie collaborative - les arrivées d’Airbnb ou Uber se sont accompagnées de nouvelles régulations

Le Chef de l’Etat a promis, dans son discours de fin de semaine, de lever les verrous réglementaires, à condition de ne pas en laisser créer de nouveaux.

4ème point : les start-ups enfin imprégnées dans la culture économique française

Depuis quelques années, les incubateurs et les accélérateurs d’entreprises sont légion en France. La Station F, fondée par Xavier Niel, en est l’emblème, mais Dans la Silicon Valley, cela fait plus de 20 ans que le terrain est propice aux startups et que les petites structures et l’échec de l’une d’entre elles n’est en aucun cas stigmatisé.

Quant aux start-ups qui réussissent, elles sont courtisées par les grands groupes américains afin d’être rachetées. Google rachète en moyenne une startup par semaine.