Pas de bouc émissaire : les Français jugent François Hollande responsable de la situation économique

Six Français sur dix considèrent que la loi El Khomri n’améliorera pas la situation de l’emploi. Seuls 16% des Français pensent que cela peut faire baisser le chômage (sondage Atlantico – IFOP). En règle générale, la majorité des Français rejettent la politique économique de l’exécutif.

Le fait est nouveau. Jamais le rejet de la politique économique du Gouvernement et du Président a été aussi clair et violent. D’abord, peu de Français croient en l’efficacité de la loi El Khomri après son charcutage des quinze derniers jours et plus de 80 % des Français considèrent que la politique économique, les choix et les stratégies sont mauvais.

Plus grave encore pour le Gouvernement, selon un sondage paru dans Les Echos, 74% des sympathisants de gauche jugent également la politique décevante.

Alors les seconds n’ont pas forcement la même analyse que les premiers, mais les uns et les autres se retrouvent pour rejeter tout en bloc. Et le Président et le Premier ministre Manuel Valls.

Avec une telle appréciation, François Hollande fait pire que tous ses prédécesseurs qui n’étaient pas très bien traités par l’opinion… Le sondage d’Atlantico indique que même au temps du CPE et de Jacques Chirac, les scores n’avaient été aussi noirs.

Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy ont connu des passages à vide mais jamais des points aussi bas dans les sondages que François Hollande.

Le seul membre de l’exécutif qui tire ses marrons du feu, c’est Emmanuel Macron, mais son pouvoir de séduction s’explique aussi parce qu’il a pris en fait peu de responsabilités. Sa parole est libre, il peut être critique.

Le cafouillage qui a accompagné l’accouchement difficile de la loi El Khomri explique pour une grande part la déception Manuel Valls et la montée au zénith d’Emmanuel Macron.

Ce qui est intéressant et spectaculaire dans l’attitude actuelle des Français, c’est que s’ils jugent la politique économique mauvaise, ils considèrent que la situation désastreuse de l’activité et de l’emploi est imputable aux mauvais résultats de l’exécutif.

1) Le chef de l’Etat s’est trompé de diagnostic au départ en pensant que les équilibres avaient été détruits par Nicolas Sarkozy, or les déséquilibres se sont aggravés après.

2) François Hollande a commencé par faire une politique de la demande en accroissant les dépenses publiques et en essayant de les financer par des hausses d’impôts. Résultat : il a asphyxié la machine.

3) Pour sortir de l’étouffement, il a changé de Premier ministre pour essayer de développer une politique de compétitivité, mais coincé par ses engagements et par sa majorité, il n’a pas pu la mener jusqu’au bout.

4) Il n’a obtenu aucune amélioration notable sur le front de l’économie réelle.

De ce cheminement sur quatre ans, les Français de gauche et de droite considèrent que l’exécutif a tout essayé, mais rien réussi.

Plus grave, ils estiment qu’il n’y a plus aucune excuse possible, aucun bouc émissaire possible.

Si on va mal, ce n’est pas de la faute de la Banque centrale européenne qui fait tout, trop sans doute, pour essayer de redresser le bateau.

Si on va mal, ce n’est certainement pas de la faute de Bruxelles, puisque la Commission accepte avec beaucoup de complaisance les dépassements de déficit.

Si on va mal, ce n’est pas de la faute de l’Allemagne.

Si on va mal, ce n’est pas de la faute du pétrole, il est très bas.

Si on va mal, ce n est pas de la faute des banquiers ou de l’euro.

Si on va mal, c’est sans doute de notre faute à tous, mais c’est aussi du fait d’un exécutif et d’une gouvernance qui n’a pas de boussole, pas de vision, et pas de stratégie.

Sur tous les sujets clé qui inquiètent les Français (la mondialisation, l’Europe, le progrès technologique), la gouvernance est incapable de nous dire où nous allons, comment nous y allons et pour quoi faire.

Inutile d’ajouter qu’à un an de la présidentielle, les Français n’imaginent pas que le Gouvernement soit capable de redresser la situation économique par des réformes de fond. Les Français ont une certaine lucidité.

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