Patrick Artus annonce que « le capitalisme va mourir» mais ce n’est pas vrai, il ne faut pas croire les économistes.

C’est un avertissement aux politiques ou un cri d’alarme. Toujours est-il que Patrick Artus, économiste considéré par ses pairs comme sérieux, prévient dans son dernier livre que « le capitalisme est dans un état désespéré. »

Alors ce n’est pas la première fois que Patrick Artus, professeur d’économie à l’école de Paris, conseiller économique chez Natixis, tire la sonnette d’alarme concernant l’avenir du système capitaliste. Dans « La dernière chance du capitalisme », c’est le titre de son livre, chez Odile Jacob en collaboration avec Marie-Paule Viard, il déroule un diagnostic inquiétant sur la capacité du système capitaliste mondial. Patrick Artus le fait à l’issue d’une crise pandémique terrible qui a mis à genoux l’économie mondiale, qui pourrait donc ne pas s’en relever alors même que les gouvernements n’ont jamais fait autant d’effort pour en sauver le fonctionnement.

Le capitalisme mondial a toujours été critiqué depuis qu‘il s’est installé dans les pays industriels, c’est à dire depuis le 19e siècle.

Le capitalisme a d’abord été critiqué et menacé par tous ceux qui, d’un point de vue éthique ou même idéologique, n’ont pas aimé le capitalisme parce qu’il forgeait des inégalités et alimentait des luttes de classes.  Cette haine très marxiste du capitalisme a donné naissance au système collectiviste, dont la traduction politique était aux antipodes des valeurs démocratiques et a fait naitre le bloc soviétique ou chinois. Dont acte !

Le bloc soviétique a explosé à la fin du XXe siècle. Le régime chinois, lui, a inventé un capitalisme de marché capable de fonctionner en dehors d’une organisation démocratique.

Aujourd’hui, le système capitaliste est critiqué d’un point de vue politique par les plus radicaux de l’écologie qui pensent que la planète est en danger, parce qu’elle est surexploitée par le système de production.

Mais il y a des critiques qui émanent des économistes eux-mêmes. De la part de beaucoup, anciens marxistes ou artisans du Keynésianisme, qui ont la nostalgie de ce qui se passait après la deuxième guerre mondiale, à partir des années 1950. C’était donc mieux avant, quand il y avait du progrès technique et des gains de productivité, qu’il y avait de la croissance et des améliorations de pouvoir d’achat. Alors, on pardonnait aux capitalistes d’exister puisqu’ils produisaient de la richesse (en PIB) mais alimentaient aussi les progrès de bonheur (BNB, le bonheur national brut pour reprendre le terme de Bertrand de Jouvenel). Le capitalisme était tolérable, parce que le monde n’était pas ouvert au vent du large et qu’il restait libéral.  Et même néo-libéral.

Le problème, c’est que la nature de ce capitalisme a beaucoup évolué depuis les années 1980, parce que les pays émergents sont entrés dans le jeu et qu’il a fallu gérer des transferts de richesses du nord au sud et de l’ouest à l’est.

C’est ce capitalisme-là qui est mal en point, et même pour Patrick Artus en sursis. Perçu comme injuste et inégalitaire, il nourrit colères et rancœurs, faisant le lit des populismes. Circonstance aggravante, il se révèle inefficace en créant de moins en moins de croissance.

Alors, l’analyse de Patrick Artus est intéressante parce que le diagnostic est sévère mais correspond à la réalité.
La valeur travail a été démonétisée par le profit, le choix de privilégier l’actionnaire au détriment du salarié et des autres partenaires de l’entreprise constituant l’ADN du capitalisme néolibéral et expliquant l’asthénie de la demande.

Dès lors, et c’est vrai, ce capitalisme a besoin de béquilles pour continuer à avancer et ces béquilles sont aujourd’hui fournies par l’endettement sous toutes ses formes et la création monétaire.

Le résultat est que ce système n’est plus libéral. Il a engendré des entreprises gigantesques qui disposent de monopoles. Le tissu des innovateurs, des schumpetériens, des startups,  a été grignoté. Quant aux inégalités, elles se sont creusées considérablement, au point d’assécher les tissus d’entreprises petites et moyennes ; d’autant plus vite que l’industrie manufacturière a été délocalisée.

Pour Patrick Artus, ce capitalisme peut s’autodétruire sous le poids des dettes publiques et privées. Il ne survit que parce que les banques centrales déversent des quantités de monnaie qui seront forcément, un jour ou l’autre, source de très grande instabilité.

Dans ces conditions, que faut-il faire ? Alors là, au niveau des remèdes, Patrick Artus est beaucoup moins imaginatif et armé.  

Pour empêcher de mettre tout par terre ou d’accepter un système à la chinoise dont il admet qu’il serait difficilement compatible avec notre culture (ouf, on a eu chaud).

Bref, il se rabat donc sur la vieille doctrine de l’ordolibéralisme, doctrine chère à Milton Friedmann (avant qu’on ne l’accuse d’ultralibéralisme et monétariste). En bref, un système qui remettrait l’Etat à sa place de gérant des fonctions régaliennes et de régulateur des acteurs de marché pour tout ce qui n’appartient pas au régalien.

En fait, ce système remonte aux sources de l’économie de marché dont le ressort et la force reposent sur la qualité de concurrence avec des systèmes d’incitation ou de pénalité pour que les agents restent sur la bonne route. Les assureurs ont inventé le bonus/malus. La formule pourrait s’appliquer à beaucoup d’activités pour départager les intérêts individuels et les intérêts publics ou collectifs.  

Exposé comme cela, c’est sans doute assez convainquant pour être entendu par les responsables politiques, mais ça n’est surement pas assez précis pour être applicable. Ça donne des raisons d’espérer mais pas forcément des motifs de se rassurer.

Ce qui est extraordinaire dans toutes les analyses critiques du capitalisme, c’est qu’elles oublient la formidable capacité à s’adapter aux crises. Marx avait bien décrit cette résilience du capitalisme, et il avait fini par prévoir sa fin, compte tenu de la guerre des classes qu’il provoquait.  Sur ce point-là, chacun sait qu’il s’est trompé.

Le capitalisme s’est imposé comme système universel de création de richesses pour le plus grand nombre et dans le monde entier.

Alors, les épreuves qu'il traverse actuellement sont très sérieuses certes... mais quoi qu'on dise, le système est plébiscité par les populations du monde entier parce que ça paraît être le système le moins mauvais pour produire de la richesse.  

Dans l’histoire, le système capitaliste a fini par triompher des coup de boutoirs du communisme, de l’anarchisme, du nazisme... et quoi qu’on pense sur ce qui s’est passé depuis  trente ans, le système libéral a triomphé de la pauvreté extrême dans la majeur partie du monde, il a triomphé de la plupart des grandes maladies infectieuses qui ont, dans le passé, décimé des millions d’êtres humains. Et il a su préserver le noyau dur des libertés individuelles pour plus de la moitié du globe.  

Tous ceux qui annoncent la mort du capitalisme roulent pour ceux qui ont intérêt à ce que le système s’autodétruise.

La force du capitalisme est qu’il n’obéit pas à des forces idéologiques ou religieuses, il obéit aux forces du marché et ces forces du marché sont partout :

- Chez Les consommateurs, auxquels on ne fera jamais acheter durablement ce qu’ils n’ont ni envie, ni besoin.

- Chez les salariés, qui ont eux aussi des besoins à satisfaire.

- Chez les actionnaires, qui peuvent décider d’investir dans tel ou tel secteurs sans qu’on ne leur demande.

Vu sous cet angle, le système capitalisme a la capacité, par la confrontation des intérêts, à affronter les défis qui paraissent destructeurs aujourd’hui comme le défi climatique ou énergétique. Pour une raison très simple, le système capitaliste a intérêt à protéger l’écosystème où il vit. Sinon, il se détruit lui-même.

La faiblesse du capitalisme est qu’il ne peut fonctionner efficacement  qu'avec des contrepouvoirs organisés et puissants. Des associations de consommateurs ou d’actionnaires, comme des syndicats de salariés.

Tous ces contrepouvoirs nous manquent aujourd’hui. D’où la faiblesse du système.