Pendant que Fillon et Juppé rejouent les Tontons flingueurs, Emmanuel Macron tourne un remake de Forrest Gump. Quel pays ! Quelle semaine !

Le spectacle politique continue avec des productions extraordinaires. A droite les Tontons Flingueurs, à gauche Forrest Dump avec dans le rôle titre Macron qui a repris celui tenu jadis par Tom Hanks.

« Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » La réplique la plus célèbre du cinéma français, dans un film devenu culte de Georges Lautner date de 1963.

Deux ans avant, Michel Audiard l’avait promise à Jean Gabin en écrivant les dialogues du président, au moment où il renvoie son directeur de cabinet qui vient de le trahir. Henri Verneuil l’avait refusée, cette réplique. Trop vulgaire. Un génie ce Michel Audiard. Il adorait la politique. A chaque fois qu’il faisait un film, il proposait de l’intituler : « Le terminus des ambitieux ». On le lui a toujours refusé, ce titre.

La semaine de l’entre-deux tours l’aurait réjoui. Parce que cette semaine ressemble à un terminus pour ambitieux. C’est extraordinaire. Tous ceux qui considèrent la politique comme un énorme théâtre ont dû être ravis.

La droite, qui a magnifiquement réussi une pré-sélection à l’issue du premier tour de la primaire, voudrait se massacrer dans des querelles stériles qu’elle ne s’y prendrait pas autrement.

Les deux adversaires se déchirent pour tout et n’importe quoi, en faisant croire qu’il existe un vrai clivage sur le fond. Mais on est dans la même famille, et ses membres ont pratiquement le même ADN.

Objectivement, les programmes de Fillon et Juppé sont très proches. Il y a beaucoup de consanguinité dans les projets de politique économique et dans les perspectives sociétales.

Alors la querelle lancée et entretenue par Alain Juppé porte à la marge, bien sûr, si on ne considère que le fond. On est de chaque côté sur les rives d’un seul et même fleuve « libéralisme ».

Et si on se déchire, on n’y croit guerre, on ne peut pas y croire. Pas ça, pas eux… Donc on force le trait, on fait circuler des rumeurs, on raconte des histoires. Une telle démarche ne correspond pas à Alain Juppé. Pas ça, pas lui. Cet ancien inspecteur des finances nous avait habitués à plus de nuance, plus de tenue et d’élégance.

François Fillon a mis la violence de la campagne de Juppé sur le dos de la colère d’un candidat qui se voyait favori et qui à la surprise générale a été éconduit alors qu’il était installé dans l’antichambre.

Les entourages qui sont très responsables de telles scènes savent bien que les programmes sont très semblables. Le problème est que François Fillon a trouvé le chemin de la réforme le premier. Il a fait des repérages pour connaître la route.

A. Juppé est entré dans le jeu beaucoup plus tard. Donc en retard, parce comme les bons élèves il pensait que son expérience lui permettrait de briller le jour de l’exam. Ça ne s’est pas passé comme cela, les électeurs, les examinateurs de droite, se sont aperçus que le candidat Juppé s’était moins préparé. Il a donc été sanctionné. Pour rebondir, il essaie de taper. De taper fort.

Au passage, ces coaches nous expliquent que pour assurer la présence des électeurs au second tour, et maintenir la pression, il faut dramatiser, jouer le conflit. Par ailleurs il faut aussi remplir les caisses de campagne parce qu’à la primaire les candidats jouent gros, mais rapportent aussi beaucoup d’argent. Le premier tour a permis de ramasser 8,4 millions d’euros. Ça n’est pas rien. La recette dépend directement du nombre des votants.

Pendant que la droite se déchire (ou fait semblant) Emmanuel Macron poursuit sa marche vers la présidentielle. Avec, en cette fin de semaine, un livre assez curieux qui raconte son parcours personnel, son ambition et ses projets. Macron ne parle pas de réformes mais de révolution.

Il veut tout changer. Il assure qu’il changera tout, le modèle social, le modèle économique, le modèle de gouvernance politique. L’objectif : remettre la France dans la course. Bref une philosophie nouvelle pour mobiliser tout ceux qui se sont embarqués dans la mondialisation avec le logiciel de la digitale en figure de proue… Mais aussi pour récupérer tous ceux qui n’ont pas pris le bateau et qui périssent sur le quai. C’est ça, la force de Macron. Il refait en politique, Forrest Gump qui jouait sa vie dans une course folle pour exister. Un film magnifique à la gloire de tous ces gens qui sont hors système. Macron se veut hors système.

Alors que restera-t-il de ce cirque ? Quelques répliques, quelques scènes mémorables. Mais au delà, il restera aussi deux mouvements de fond.

  • Le premier est politique. La gauche va retrouver de l’oxygène pour développer un programme de gauche, du moins en théorie, parce que l’arrivée d’Emmanuel Macron sur le terrain va changer le jeu. La droite de son côté portée, sans doute, par François Fillon va gêner le Front National.
  • Le deuxième mouvement impacte très fort la politique économique. La campagne de droite et la campagne de Macron à gauche vont dans le même sens. Les deux reconnaissent un rôle clef à l’entreprise privée comme facteur de création de richesse. Les deux revendiquent un écosystème fiscal et social très favorable au développement de l’entreprise.

Et le fait nouveau c’est qu’aujourd’hui, l’économie de marché, la concurrence, les marges d‘entreprise et l’enrichissement ne sont plus des maladies honteuses, mais plutôt des opportunités. Le fait nouveau est que ces idées-là correspondent à la demande d’une majorité d’électeurs. Si c’est vraiment le cas, la réforme va être possible. Qu’elle soit orchestrée par la droite de Fillon ou par la gauche de Valls et Macron, cette réforme va légitimer l’entreprise.

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