Pendant que François Hollande s’effondre, que Sarkozy rame contre le courant, Emmanuel Macron tient son pari, et se met dans la roue de Juppé

Les chefs d’entreprise regardent avec de plus en plus d’intérêt le parcours d’Emmanuel Macron qui ne change pas de cap et dont l’approche leur paraît offrir une alternative.

Le paysage politique a encore violemment changé cette semaine et les sondeurs nous disent que ce changement va s’accélérer. En dehors des grands partis politiques qui sont à la peine, le monde des chefs d’entreprise scrute le terrain avec de plus en plus d’intérêt. Voire de gourmandise. Dans un océan de conformisme politique, Macron pourrait apporter la seule note alternative.

Jusqu’alors, le monde des affaires estimait que cette campagne présidentielle n’allait sans doute servir à rien, tant les discours et les programmes étaient conventionnels et tant la force des partis politiques protégeait un conservatisme qui étouffe tout changement depuis des années.

Mais depuis une semaine, les patrons commencent à espérer que les choses changent. La campagne présidentielle pourrait alors servir à faire la pédagogie de la réforme, ce qui ne préjuge en rien de ceux qui manageront cette politique de redressement et de réforme.

La semaine passée, l’opinion publique a été balayée par quatre mouvements en profondeur.

1er mouvement : l’effondrement pour ne pas dire le suicide de François Hollande. Son agitation permanente et le livre de confidences l’ont encore enfoncé dans les terres de l’impopularité et, pire, du manque de crédibilité. Il n’est plus crédible. Même au Parti socialiste on le dit.

2e mouvement : Nicolas Sarkozy a beau ramé comme un diable, il a beaucoup de mal à rattraper Alain Juppé dans la perspective de gagner le primaire puis la présidentielle. Alain Juppé est dans une dynamique que l’ancien président ne parvient pas à casser.

3e mouvement. Le débat des candidats à la primaire a montré très clairement que deux écoles économiques s’affrontaient à droite. D’un côté, l’école des schumpetériens emmenée par François Fillon, qui souhaite tout donner à l’entreprise pour faire redémarrer l’activité et sortir du piège de la stagnation assistée. De l’autre, une école très keynésienne très classique qui veut que tout l’effort aille en baisses d’impôts des ménages pour, sans doute, relancer la demande. Cette école est défendue par Bruno Le Maire.

4e mouvement. Il ne se développe « ni à droite, ni à gauche » et est conduit par Emmanuel Macron. De jour en jour, il s’obstine à tenir son pari d’être diffèrent pour l’élection présidentielle. Avant de présenter un programme, il s’évertue à prouver qu’il est encore de gauche et qu’à gauche on peut défendre une politique économique libérale. Un peu grand écart tout cela dans la forme. Mais dans le fond, ça tient la route.

Pour l’instant, Emmanuel Macron prend des parts de marché chez les jeunes et les chefs d’entreprise. Il n’a publié aucun programme, il a simplement donné des lignes de force, des perspectives, bref un projet.

Macron définit un projet, qu’on reproche aux hommes politique traditionnels de ne pas avoir.

François Hollande se noie dans une « peopolisation » qui dégrade la fonction présidentielle. François Hollande a réussi à devenir un people comme les autres. Ça n’est pas ce qu’on attend d’un prétendant à l’Élysée.

Quant aux candidats de la droite, il se sont surtout présentés en chefs comptables. Alors c’est important de savoir compter et de savoir ajuster les comptes, mais ce qui est plus important encore c’est d’avoir « un cap ».

Emmanuel Macron pousse ses pions sur les écrans radars, en expliquant que la France est coupée en deux. Non pas entre la gauche et la droite. Mais entre des conservateurs et des progressistes.

C’est son pari et ce pari-là parle aux hommes d’action, aux étudiants, aux chefs d’entreprise.

Son problème, c’est que des conservateurs, il y en a à droite comme à gauche. Ils défendent les statuts de la fonction publique, les 35 heures, ils grognent contre l’euro et l’Europe.

Les progressistes, il y en a à droite comme à gauche, ils adhèrent à la révolution digitale, à l’ouverture des frontières, à l’euro et à l’Europe.

Sur le plan strictement électoral, personne ne connait son poids, mais beaucoup commencent à penser qu’il peut s’installer dans la roue de Juppé. Ni à droite, ni à gauche, en marche vers le progrès. D’ailleurs, chez beaucoup de patrons on a surnommé Macron le « Juppé jeune ».

Alors que le monde politique, de droite et de gauche, lui reproche de ne pas avoir de programme, il considère lui qu’il n’en aura pas besoin. Et s’il en présente un, il ne ressemblera en rien à ceux qui ont été présentés à droite. Surtout pas d’expertise comptable. L’électeur attend autre chose.

Son moteur à Macron, c’est de libérer la liberté individuelle, de permettre aux intérêts individuels de s’exprimer… En d’autres termes, c’est le b.a.-ba d’une politique libérale. Pour une France qui choisit.

Maintenant, son avenir ne dépend pas directement des électeurs qui travaillent dans le privé, qui sont ou qui rêvent d’être chefs d’entreprise. Son avenir dépend de François Hollande et de sa décision ou non de se présenter… Son avenir dépend aussi de celui qui, à droite, sortira gagnant de la primaire. Il peut affronter un Nicolas Sarkozy… Mais avec Juppé, son intérêt est de rester dans sa roue.