Philippe Dessertine : « Hollande n’aurait jamais pu inverser la courbe du chômage en 2013 »

En visite au salon de l’agriculture, François Hollande a laissé entrevoir la possibilité de ne pas arriver à ses objectifs d’inversion de la courbe du chômage. Depuis, l’opposition politique jubile et le gouvernement ne sait plus trop comment aborder la question. Pour l’économiste Philippe Dessertine, il faut être clair : Hollande ne pourra pas, et n’aurait jamais pu, inverser la courbe du chômage fin 2013. Selon lui, il faut remettre à plat l’ensemble du système même si politiquement, le projet est risqué.

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Samedi, François Hollande a indiqué  « qu’avec une croissance faible, l’année 2013 sera marquée par une progression du chômage ». Est-ce, selon vous, un mea-culpa sur la potentielle inversion de la courbe ?
Je ne sais pas si on peut parler de mea-culpa. Mais il est vrai que d’un point de vue politique le gouvernement ne fait pas exception : les mauvaises nouvelles arrivent toujours trop tôt ! Cela fait des mois que le gouvernement repousse sans arrêt le moment où il devra dire la vérité en matière de conjoncture. Concrètement avec les prévisions de croissance données,  c’est impossible d’envisager un  discours d’inversion de la courbe du chômage. Le principe n’est plus tenable.  Au début Hollande jouait aux optimistes, mais quand vous êtes en décalage total avec la réalité, cela devient dangereux.

Avec ou sans cette politique, peut-on inverser la courbe du chômage à la fin 2013 ?
C’est strictement impossible dans l’année qui vient. Avec cette révision de la croissance, Hollande n’aurait jamais pu inverser la courbe. Pour la simple et bonne raison qu’il y a une question majeure qui se pose : pourquoi les entreprises n’embauchent-elles pas ? Ce n’est pas en défilant ou en faisant de grandes déclarations que l’on règle le problème.  La courbe du chômage, elle trouve sa réponse dans les entreprises. On le sait depuis de nombreuses années que les entreprises françaises n’embauchent pas. Mais là, nous sommes dans des proportions extrêmement inquiétantes. Avec la conjoncture européenne qui risque de ne pas arranger les choses, on va avoir des taux de chômage compliqués à gérer socialement.

Existe-il une recette miracle ?
Il y a une recette claire et simple. C’est la refonte complète de notre droit du travail et de notre modèle social. Le problème c’est que les emplois doivent supporter la charge de ceux qui n’en ont pas. Je crois qu’une entreprise doit d’abord créer de nouveaux postes et pas financer le fait que des emplois n’existent pas ! Il faut réinventer un modèle social qui n’a pas pour objectif de défendre les anciens emplois.  Mais la question qui se pose, c’est évidemment celle du financement. Une fois que l’on a dit que l’entreprise ne doit pas payer… Qui paye ? D’où le fait d’être dans une remise à plat total du système. Tant que dans notre pays on ne sera que dans une logique de réduire la courbe à horizon 6 ou 12 mois, on arrivera à rien.

Julien Gagliardi
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