Pierre-Antoine Dusoulier : «Les super cadres ne seront plus payés en France et seront délocalisés à l’étranger»

Président de Saxo Banque France, Pierre-Antoine Dusoulier réagit à la victoire de François Hollande.

Les marchés financiers sont-ils surpris de ce résultat ?
Cela fait deux mois que François Hollande est favori dans les sondages. Les marchés financiers comme les banques ont donc déjà anticipé son arrivée au pouvoir. Contrairement à 1981 où l’arrivée de Mitterrand  a été une véritable surprise. Depuis la mi-mars, le CAC 40 a baissé de plus de 15% contrairement aux autres places boursières, ce qui est clairement une anticipation du marché financier français. Par conséquent, il n’y aura pas de crack boursier demain.

Que pensez-vous de ces propositions concernant la finance ?
Les propositions de François Hollande au niveau de la finance sont très imprécises. On attend de voir ce qu’il va faire et quel va être son gouvernement. Pas conséquent, on attend des actes.  Je pense qu’il va d’abord vouloir se placer en tant que Président de la République et laisser son Premier ministre se charger des réformes douloureuses. Concernant toutes les promesses qu’il a faites, peu inquiètent réellement les marchés financiers, excepté celle sur le pacte européen de croissance qui peut faire peur aux marchés financiers. Si on prend la proposition de taxer de 75% les revenus de plus d’un million d’euros, on peut voir que cela n’aura pas d’impact direct sur le business. Premièrement, cela concerne une minorité de la population, et deuxièmement les super cadres ne seront plus payés en France, mais seront délocalisés à l’étranger, et pourront ainsi toucher le même salaire qu’avant.

Peut-il mettre en place toutes ces propositions ?
Certaines, mais pas toutes, particulièrement celles qui accroissent les dépenses publiques. Les dépenses principales de l’Etat concernent le remboursement de la dette publique. Si  François Hollande augmente les dépenses publiques, alors la dette de la France va augmenter. Les taux d’intérêt vont alors grimper ce qui va alourdir encore plus la dette publique et ainsi de suite. C’est pourquoi, s’il met en place une mesure extrême qui alourdit la dette, alors la sanction sera immédiate sur les marchés financiers.

Quel message adressez-vous au nouveau Président de la République ?
De ne pas s’attaquer à la finance car on en a besoin. Tous les grands pays ont besoin de la finance pour dynamiser leur économie à tous les niveaux.

Audrey Mangin