Pierre Moscovici en pole position dans la course au pouvoir européen

Michel Barnier, Christine Lagarde, et Pierre Moscovici sont candidats à un poste de haute responsabilité au sein de la Commission de Bruxelles. Les Français ne seront donc pas absents de la course au pouvoir pour accéder à la gouvernance européenne en septembre prochain. Mais rien ne garantit qu’il n’en reste qu’un seul à l’arrivée. La concurrence est nombreuse,  et la France n’a pas forcement une très bonne image en Europe.

Les chefs d’État et de gouvernement des pays européens choisiront le président de la Commission européenne et ses commissaires. En fait, tout le directoire de la Communauté européenne, puis de la zone euro. Bref, le gouvernement exécutif, même si la réalité du pouvoir appartient au Conseil des ministres et qu’ils l’assument mal. Cette course encore discrète à la candidature pour des fonctions de pouvoir importantes étonne grandement le monde des affaires français et surprend l’opinion publique.

Comment se fait-il que l’Europe si décriée dans son fonctionnement, si critiquée pour sa technocratie ; si condamnée coupable de tous les maux de la crise, comment se fait-il que la direction de la commission européenne intéresse encore autant de monde et parmi eux beaucoup de ceux-là même qui ne cessent de condamner l’Europe… ? La rémunération très confortable (environ 20.000 euros par mois) ou les conditions de travail très confortables n’expliquent pas tout. Ce qui attire  les hommes et les femmes de pouvoir est que la Commission européenne offre des positions à l’abri des querelles politiciennes et quotidiennes, et donne le sentiment d’agir dans une direction cohérente.

Le premier candidat français à s’être déclaré quasiment officiellement est Michel Barnier, actuel commissaire, mais dont le mandat vient à échéance cette année. Il aura beaucoup de mal à rester à la Commission. Il a pourtant toute l’expertise, l’énergie, et l’expérience nécessaire. Il va donc essayer de retourner en politique en briguant le poste de chef du groupe des conservateurs. Ça se jouera dans six semaines lors du congrès, mais le commissaire français n’a pas gagné. Coté socialiste, c’est plus clair. Martin Schulz, président de l’Assemblée européenne, s’est pratiquement imposé.

Le deuxième candidat français de poids pour entrer à la Commission est une femme : Christine Lagarde, directrice générale du FMI. C’est son avantage mais c’est aussi un handicap. Elle n’a pas d’opposant sérieux du côté de l’exécutif français, sauf cette idée que pour la deuxième fois un Français ne finirait pas son mandat au FMI , qui fait désordre. Même si les circonstances sont complètement différentes. Elle parait déterminée. Elle aurait officiellement sondé les autorités françaises et allemandes. Donc ce n’est pas fait.

Le troisième candidat français à un poste important à la Commission de Bruxelles est Pierre Moscovici. Il a fait le tour de Bercy. Il en a mesuré la difficulté. Contrairement à ce qu’affirment ses collègues du gouvernement, il n’a pas démérité. Il a rapidement abandonné le projet de mettre de l’ordre dans la gouvernance économique française. Il a baissé les bras devant le jeu intempestif des autres ministres et sous-ministres dont l’obsession était d’exister. En revanche, il s’est principalement consacré à protéger les relations franco-allemandes, et à corriger l’image déplorable  de la France à Bruxelles. Pas facile. Beaucoup  pensent à Paris que tout cela n’aura servi à rien. Qu’ils se détrompent ! Tout cela a maintenu le crédit de la France, ce qui lui vaut des taux d’intérêt bas. Pierre moscovici a maintenu la France hors d’eau vis à vis de nos partenaires allemands qu’on avait quand même tendance à prendre pour des coupables un peu faciles de toutes les turpitudes qui nous tombaient dessus. La France a perdu son triple A depuis bien longtemps mais l’Allemagne nous a apporté le sien en garantie.

Pierre Moscovici a tenu un double langage avec assez d’habileté. Politique et solidaire de son président à Paris et dans les médias, beaucoup plus pragmatique et pédagogue à Bruxelles ou à Berlin. Cela nous vaut de payer l’argent qu’on emprunte moins de 2%… Pierre Moscovici a donc une bonne cote à Bruxelles. Ceci dit, il va lui falloir résoudre deux problèmes contradictoires :

A Bruxelles, il va devoir convaincre nos partenaires que le pacte de responsabilité marque un tournant à 180° de la politique économique, à condition qu’il soit appliqué. Jusqu’alors l’Europe pense que la France est revenue sur le chemin de la raison.

Mais à Paris, il va devoir expliquer à ses amis politiques que l’Europe ne peut fonctionner que si chacun respecte le règlement de copropriété. Il va falloir convaincre le Parti socialiste que l’Europe ne peut être solidaire que si chacun remplit ses droits et ses devoirs.

Pierre Moscovici est évidemment le mieux place pour accéder à un poste important de responsable de la politique économique. La France aurait même intérêt à le pousser si elle souhaite voir s’assouplir la politique d’austérités par un rééquilibrage des efforts au profit des pays du Sud qui en auraient surtout besoin. Il est suffisamment techno’ pour être accepté par l’administration européenne. Et il est assez intelligent pour considérer que la politique a des logiques qui ne correspondent pas forcément aux logiques économiques.