Piketty : on achète le livre parce que c’est chic, on ne le lit pas parce que c’est ch****

Curieux tout de même. Le Wall Street journal rapporte une étude réalisée par Amazon qui confirme le succès du livre « Le capital au XXI siècle » écrit par le Français Thomas Piketty. Le bouquin s’est très bien vendu, mais il indique aussi que les acheteurs s’arrêtent à la 26e page et abandonnent ce livre qui compte plus de 700 pages.

Curieux tout de même. Le Wall Street journal rapporte une étude réalisée par Amazon qui confirme le succès du livre « Le capital au XXI siècle » écrit par le Français Thomas Piketty. Le bouquin s’est très bien vendu, mais il indique aussi que les acheteurs s’arrêtent à la 26e page et abandonnent ce livre qui compte plus de 700 pages.

Amazon analyse ainsi le profil et le comportement de ses acheteurs et de ses lecteurs sur les tablettes « Kindle ».  Ils sont en mesure de savoir si les acheteurs lisent ou pas un livre, et dans quelles proportions.

Ce qu’ils ont découvert à propos du livre de Thomas Piketty a évidemment retenu l’attention du Wall Street Journal pas mécontent de rapporter ce petit phénomène. En gros, le livre dont  tout  le monde a parlé en Europe et aux États-Unis comme étant le livre porteur de l’analyse la plus brillante et surtout la plus pertinente de la crise en dénonçant l’accroissement des inégalités au cours des  trente dernières  années, ce même livre qui est devenu un best-seller et même un long-seller parce qu’il est sorti il y a plus d’un an, et bien ce livre n’a pratiquement pas été lu par ceux qui l’ont acheté. Il y a comme un problème.

L’auteur, Thomas Piketty, est un économiste brillant de la jeune génération, ancien élève de l’École Normale, directeur d’études à l’École des Hautes études en sciences sociales, et professeur à l’École d’Économie de Paris.  Bref, coté diplômes, ça va … Il a tout pour plaire, pour assurer sa crédibilité d’intellectuel, et pour justifier son engagement politique plutôt à gauche.  Pour achever le tableau, Thomas Piketty travaille aussi dans les grandes universités américaines.

Son livre, le capital au XXI siècle, est une analyse assez fouillée des inégalités économiques et sociales qui ont explosé au cours des trente dernières années dans les pays occidentaux.  L’explication tombe à pique pour des classes politiques prises au piège de la crise de mutation à laquelle nous sommes confrontés. Plutôt que d’expliquer qu’il faudrait s’adapter à la mondialisation, au progrès technologique et à la concurrence ce qui nécessite des efforts considérables, ils découvrent avec Piketty que le problème vient des inégalités de capital et de richesses accumulées. En simplifiant, il suffit de créer un impôt sur le capital, de taper sur l’héritage et on trouvera des solutions à tous nos maux. Ce qui plait tant aux milieux intello quaux politiques socio-démocrates … Un livre qui plait tout azimut.

Ce livre est sorti en France, il y a plus de deux ans. François Hollande s’en est beaucoup inspiré pour enfiler les promesses électorales qui ont augmente la pression fiscale quand il a fallu mettre en place ses recommandations. Il fallait faire payer les riches et les héritiers. Le livre est sorti en France mais il a été très peu acheté…

Aux États-Unis, une fois traduit, il est paru il y a moins d’un an aux États-Unis, promu habilement par quelques économistes de gauche, dont un prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz. Et les ventes sont parties comme une fusée outre-Atlantique, dopant du même coup celles en France et en Europe. Un peu comme si les Français, vexés d’avoir boudé un livre qui pouvait être bon, se rattrapaient en voyant la Piketty-gourmandise des Américains.

Alors, le succès, aidant, a réveillé les critiques frappant le livre faisant l’objet de nombreuses polémiques. Et pas seulement politiques.  L’analyse a été remise en cause : de quel patrimoine, de quel capital parle-t-on seulement ? Les sources et les séries ont été sujettes à de sérieuses cautions.

Mais le fond du problème est de savoir pourquoi un livre comme celui-ci qui s’est beaucoup vendu, et qui a eu beaucoup d’influence dans les milieux dirigeants, comportant beaucoup d’erreurs, n a-t-il pas été lu, si on se fit aux données d’Amazon? Pas à cause des erreurs de statistiques.

A-t-il été lu au moins lu par ceux qui en ont parlé de façon laudative ? Rien n’est moins sûr.

On touche là au vrai problème de fonctionnement de notre système politico-médiatique. Tout se passe comme si le pouvoir intellectuel et médiatique était confisqué par une petite caste de gens. Les économistes n’échappent pas à cette ségrégation. Pendant 50 ans, Keynes, dandy mondain, en a bénéficié en expliquant que la croissance ne présentait aucune difficulté, il suffit de laisser l’État créer de la monnaie. Pour la démocratie, c’est pratique, permettant d’acheter des majorités et de payer à crédit. Ça a été pratique du temps des colonies et de la planche a billet. Ça l’est beaucoup moins maintenant que les frontières sont ouvertes.

Il faut donc chercher d’autres explications à nos difficultés, les uns condamnent les banques centrales, les autres fustigent l’accroissement des inégalités.

Il n’y a sans doute pas d’explication miracle en dehors de la nécessaire adaptation à la mondialisation  qui n’est rien d’autre que l’organisation moderne pour redistribuer la richesse au niveau mondial.

Sans entrer en polémique sur le livre de Piketty, la question posée par le Wall Streets journal. Pourquoi un essai va-t-il autant d’influence dans les milieux dirigeants qui ne l’ont même pas lu ? Parce que c’est à la mode ? Parce que ça donne bonne conscience et que si on a bonne conscience on ne réforme pas ? Parce qu‘il y a un marketing de l’édition internationale qui fait vendre un produit du savoir qui n’apporte pas de réelle solution mais qui apporte une explication qui calme le jeu social, qui endort un peu le débat  avec des équations insolubles ?

L’économie moderne est en panne. Panne de croissance, panne d’investissement et donc panne d’emplois… On peut raconter ce qu’on veut, mais pour sortir du piège et redécoller, il faut que les entreprises puissent investir. Et pour cela, elles doivent disposer de marges et de profits… Surtaxer le capital  est-il vraiment le meilleur moyen de fabriquer des entrepreneurs et des investisseurs ? C’est peu probable.

Les acheteurs de Piketty ne lisent pas le livre parce qu’ils seraient en désaccord avec la thèse, puisqu’ils l’assument  néanmoins. Ils ne lisent pas Piketty parce que d’une façon général on ne lit pas tous les livres qu’on achète. On achète un livre parce que c’est un marqueur social. Le Piketty, sur la table du salon ce n’est pas neutre socialement. Mais les chiffres nous obligent à dire que dans le cas de Piketty, on bat tous les records. Il y a peu de livres cette année qui se sont autant vendus et si peu lus …

Il y a peut-être une autre explication : On achète Piketty parce que c’est chic , on ne le lit pas parce que c’est ch… !