Plaider coupable : l’échec des entreprises françaises dépend plus souvent d’une mauvaise gouvernance que de la politique du gouvernement...

Source : bfmtv.com

Compétitivité : Selon l’ADAE, dirigeants et administrateurs d’entreprise, les solutions se trouvent au sein même de l’entreprise. 

Messieurs les patrons, le temps est venu de plaider coupable. Voilà qui va mettre dans l'embarras un certain nombre de lobbies patronaux qui considèrent que le déficit de compétitivité français est imputable à la politique économique et monétaire, sociale ou fiscale. L’ADAE, l’association française des administrateurs et des dirigeants d’entreprises, considère que dans 9 cas sur 10, c’est la mauvaise gouvernance de l’entreprise qui est responsable de l’échec.

 

Dans le classement mondial de la compétitivité, établi par le World Economic Forum de Davos, la France serait remontée au 17ème rang mondial. Pas de quoi pavoiser, nous restons encore très loin derrière les Etats-Unis, classés premier pour la première fois, derrière Singapour et surtout l’Allemagne.

Alors, il y a beaucoup de leçons à tirer de ce classement. La France y est saluée par la qualité de ses chercheurs – c’est vrai quand on regarde les prix Nobel et médaillés Fields qui reviennent régulièrement - et de ses organisations de recherche.  Mais elle est aussi lourdement sanctionnée sur le critère de l’esprit entrepreneurial, « l’échec entrepreneurial reste mal vu » notent les auteurs du document. Donc décourageant d’entreprendre, voire dissuasif.

 

Et si l’on regarde les statistiques de vie d’une entreprise, l’échec est présent à tout moment. Aujourd’hui, 75% des start-ups ne dépassent pas la 4ème année et elles sont 90% lors de la 6ème année. Et selon l’Association des Dirigeants et Administrateurs d'Entreprise, dans 9 cas sur 10, une mauvaise gouvernance est responsable de cet échec. Dans une étude qui vient de sortir, le diagnostic est sévère. « Les entrepreneurs français portent une responsabilité directe dans ce recul compétitif. Ce qui veut dire que la compétitivité de nos entreprises ne se règle pas par décrets et par des baisses de coût, pas seulement ». Cette étude intervient alors que la loi Pacte vient d’être votée en 1ère lecture à l’Assemblée Nationale, avec pour objectif de libérer le développement des PME. Mais pour l’ADAE, les principaux points de blocage du développement de nos entreprises demeurent absents de la loi.

 

Premier point : l’entrepreneur français n’est pas suffisamment encadré.

En fait, beaucoup de formes juridiques (SAS, SASU, SARL, etc.) ne prévoient pas de conseil d’administration. Or, c’est un organe essentiel de l’entreprise, censé garder un œil sur la direction opérationnelle par des recommandations stratégie. Et parmi celles qui ont effectivement un conseil, leur rôle est sous exploité. Selon une étude EY, seulement 20% des conseils des entreprises françaises contrôlent la stratégie, alors qu’une des interprétations habituelles données au rôle du conseil serait de se focaliser essentiellement sur les acquisitions à venir.

Le conseil d’administration doit être en fait un comité où l’on discute de la stratégie long terme de l’entreprise, avec des parties prenantes mais aussi des administrateurs indépendants, obligatoires dans les grandes entreprises, qui apportent une vision extérieure, voire internationale, au dirigeant, en échange d’une rémunération par des « jetons de présence ». Seul problème, ces rémunérations sont, encore, en France trop peu élevés pour attirer les experts.

 

Deuxième point : le manque d’investissement. « Celle-ci (l’entreprise française) investit beaucoup moins que ses concurrentes européennes et asiatiques par frilosité ou manque de vision » explique Daniel Corman, Président de l’ADAE, alors que c’est sur ce point qu’elle peut se démarquer de ses concurrents. Peur du contexte économique ou méconnaissance du système d’aides mis en place sont les raisons les plus citées. « De nombreuses PME n’en bénéficient pas, faute de connaissance. »

 

La France peut se glorifier pourtant de bonnes actions : le système de crédit d’impôt recherche est incontestablement un outil miraculeux. Il attire et protège les services de recherche. Ajoutons qu’il faudrait réfléchir à savoir pourquoi les entreprises qui investissent dans la recherche en France sont beaucoup plus rares à développer ensuite le résultat de leur recherche sur le territoire. En France, on découvre des molécules mais on ne les fait pas grandir. Les entreprises elles-mêmes ont d’ailleurs du mal à grandir. Elle se vendent où elles déménagent. Ça n’est quand même pas, à chaque fois, la faute du gouvernement. L’incubateur Station F, plus grand en Europe, est une bonne initiative, mais il n’est pas le seul exemple de développement de pépinières d’entreprises où les moyens des jeunes entreprises sont mutualisés et où les dirigeants sont encadrés. Seul bémol, beaucoup sont concentrées en Ile de France, peu en régions.

 

Troisième et dernier point, la rémunération des dirigeants. La suppression de l’impôt sur la fortune industrielle et financière a donné un ballon d’oxygène aux actionnaires familiaux et les a relué à niveau équivalent au statut qu’ils auraient pu avoir à l’étranger. Mais rien ne prouve actuellement que l’argent ainsi dégagé ait été réinvesti dans l‘entreprise.