Plutôt l’offre que la demande : Macron enterre le mythe keynésien et parie sur l’entreprise pour redresser la situation économique et sociale.

Le plan dévoilé par le président de la République fait le pari que c’est le monde de l’entreprise qui va redresser l’économie française. Keynes doit se retourner dans sa tombe et Schumpeter se marrer (ce qui était, chez lui, extrêmement rare).

Tous les partisans d’une relance globale, dégoulinante de milliards d’euros qui se seraient déversés sur les marchés, vont être déçus. Les obsédés de la reprise keynésienne vont pouvoir ravaler la théorie du multiplicateur de richesse et essayer de s’y retrouver dans les équations plus sophistiquées de Joseph Schumpeter, le champion de l’offre.

La politique mise en œuvre par la France solde le débat entre les deux économistes phares du siècle dernier. John Maynard Keynes d’un côté et Joseph Schumpeter de l’autre.

Le premier a été en tête des hit-parades de toutes les social-démocraties occidentales après la guerre. Il a permis, il faut le reconnaitre, de trouver des financements de la croissance des Trente glorieuse et d’éviter de sombrer dans les révolutions marxistes- léninistes. Pour Keynes, tout est simple. L’activité économique dépend du dynamisme de la demande donc du consommateur, donc de leur pouvoir d’achat. Si vous avez un acheteur, vous aurez un producteur pour lui offrir ce qu'il est prêt à payer. Face à ce diagnostic, la prescription est simple : distribuer du pouvoir d’achat sous forme de salaires, de crédit ou d’inflation et vous ferez repartir les moteurs.

Le succès des keynésiens a été considérable jusqu'au jour où les sociétés occidentales ont atteint un niveau de saturation pour les biens primaires, jusqu'au jour où les économies se sont ouvertes et que les frontières sont tombées. Jusqu’au jour où on s’est aperçu que cette consommation effrénée allait épuiser les ressources naturelles bien avant que les écologistes existent et se manifestent.

Joseph Schumpeter ne s’est jamais entendu avec Keynes, affaire de culture, d’éducation et surtout de conception des mécanismes économiques. Pour Schumpeter, l’activité économique ne dépend pas du consommateur, elle dépend du dynamisme de l’entrepreneur, de sa capacité à innover et à proposer une offre de produits et de services qui viendront séduire des consommateurs. La clef du succès, de la croissance et de l‘emploi dépend donc de la qualité et de la quantité de l’offre.

 

Face à la crise actuelle, les abonnés au bréviaire keynésien appuyés par les syndicats, les opposants politiques ou même les partisans s’attendaient à une relance forte de la demande par une relance financée par les prestations sociales, le crédit et les fonds publics. Le fameux « quoi qu’il en coute » du président désireux d’amortir le choc permettait tous les débordements.

La réalité de ce qu’il va se passer sera très différente.

 

1er point : au tout début de la crise, l’exécutif français n’a pas lésiné pour amortir le choc du confinement et faire en sorte que l’arrêt total ou presque de l‘économie soit supportable. L’exécutif français n’avait pas le choix d’une autre solution dans la mesure où le pays ne s’était pas préparé à affronter une telle pandémie. Pas de masques, pas de tests, pas de matériels etc. La seule solution a été de tout confiner pendant presque deux mois, pour bloquer le virus. Le virus a été bloqué. La mise au chômage partiel de près de 10 millions de salariés, plus les prestations et les dépenses de santé supplémentaires auront couté en fin d’année près de 80 milliards d’euros. Du côté des entreprises, on leur a donné les moyens de tenir debout sans travailler avec des prêts garantis par l’Etat. Le système bancaire en a distribué pour près de 140 milliards d’euros, dont certains gros paquets en direction de grandes entreprises de l’aéronautique, de l’automobile ou du tourisme. Cet argent a été distribué sous forme de prêts, ce qui veut dire qu‘ils devront être remboursés.

Cette première phase, principalement destinée aux particuliers, représenterait donc près de 80 milliards d'euros en dépenses sociales.

 

2e point : il faut maintenant prévoir et organiser les aides au déconfinement, c’est à dire au redémarrage de l’économie. Les entreprises doivent repartir, les consommateurs vont consommer et les salariés vont se remettre au travail.

En toute logique, l’argent existe pour que le système puisse repartir. Les particuliers ont constitué une épargne de précaution considérable, environ 70 milliards d’euros qui devraient réalimenter les circuits de consommation. Quant aux entreprises, elles peuvent puiser dans leur trésorerie. Aujourd’hui, on sait que les consommateurs hésitent à taper dans le magot d’épargne qu'ils ont constitué pendant le confinement. On sait aussi que sur les 140 milliards d’euros gagés par l’État, près de 120 milliards n’ont pas encore été utilisés et qu'environ la moitié ne le sera pas. Les entreprises les rembourseront, parce qu’elles les ont acceptés par pure précaution.

Il y a donc beaucoup d’argent à consommer et beaucoup d’argent à investir.

 

3e point : les gros problèmes vont venir des entreprises qui étaient malades, et des mutations que la crise du Covid va obliger à accélérer. Entre le digital, la restauration d‘une industrie, la relocalisation, la recherche de produits nouveaux, la crise a révélé le retard structurel qui existe en France et qui va être source de chômage. L’activité et le dynamisme schumpetérien entrainent des destructions d’activité devenues obsolètes. La destruction créatrice, chère à Joseph Schumpeter, entraine des mises en faillite, des licenciements ou des départs... mais aussi des débouchés nouveaux. Il faut donc par conséquent des formations nouvelles.

Ce sont ces mutations structurelles que Emmanuel Macron s’est engagé à aider. Il n’a d’ailleurs pas le choix, sinon nous serons submergés par la vague de faillites et près d’un million de chômeurs supplémentaires.

Le plan de relance passe alors par des aides au changement, par de la formation, par des aides à l’embauche, par de la recherche, mais aussi par de l’oxygène. Et l’oxygène pour les entreprises, c’est de la simplification administrative mais surtout pas d’impôts nouveaux.

Au total, il y en aurait quand même pour 100 milliards d’euros. C’est un gros effort.

 

4e point : l’essentiel va au fonctionnement de l’entreprise et pas aux consommateurs. Les raisons en sont très simples. Distribuer de l’argent aux consommateurs reviendrait à les inviter à acheter des produits étrangers et donc à aider les pays producteurs étrangers. En revanche, rebooster les entreprises c’est évidemment renforcer l’offre, le potentiel de production et donc l’emploi.

 

5e point : selon les spécialistes des marchés financiers, le modèle français ne prend pas de risques financiers à court terme. Les taux d’intérêt sont très bas, et la France peut emprunter pratiquement ce qu‘elle veut sur les marchés. D’autant qu'elle bénéficie des garanties de l’Union européenne. A moyen terme, les financiers imaginent déjà de transformer les dettes actuelles en dettes perpétuelles, ce qui existe déjà sans le dire.

La clef du redressement, c’est l’activité économique. La clef, c’est la capacité du système à rentabiliser les investissements réalisés sur endettement.

Et la clef, c’est le retour de la confiance. Les consommateurs ne consomment pas assez parce qu’ils ont peur de perdre leur job. Les entreprises hésitent à investir parce qu’elles ont peur de ne pas avoir de clients.

Les consommateurs comme les entreprises auront peur tant que les risques sanitaires ne seront pas écartés avec certitude. Et en attendant des vaccins ou des traitements, il faudra se résoudre à se protéger.