Politiquement paralysé, Macron commence à agacer tout le monde

Emmanuel Macron a trouvé de quoi s’occuper pendant les deux ans d’immobilisme qui s’ouvrent. Il veut prouver que l’efficacité économique n’est pas contradictoire avec l’application des idées de gauche. Vaste chantier.

Depuis que la loi Macron a été votée aux forceps et que le président de la République a décidé qu’il n’y aurait pas de loi Macron 2, le ministre de l’Economie va faire de la politique. Il n’a pas l’intention de se présenter dans une circonscription, du moins pas encore. Il a décidé de s’attaquer à un chantier de titan : il veut prouver que l’efficacité économique est compatible avec la culture des utopies de gauche. Comme d’autres amis de François Hollande, Jean-Pierre Jouyet en tête, il n’est pas loin de penser que le Président ne pourrait échapper à la faillite politique que si, et seulement si, il obtenait des résultats économiques sans trahir les idéaux de gauche.

L’ambition n’est pas démesurée. L’Economie de marché a « le droit », d’être morale. L’éthique pourrait même être un facteur de performance. Les pionniers du libéralisme étaient plus souvent protestants et leur comportement rigoureux sans doute en partie à l’origine des succès du capitalisme.

Emmanuel Macron a donc enfourché ce cheval de bataille depuis qu’il ne pourra plus ferrailler au Parlement. Donc, il n’arrête pas d’être présent partout, espérant rentrer dans les bonnes grâces des caciques du parti socialiste.

Son problème, c’est que les premiers dossiers qu’il a ouverts commencent à agacer tout le monde, alors que les chantiers qu’il faudrait vraiment ouvrir ne le sont pas.

Le premier dossier qui lui a valu les commentaires les plus acidulés des milieux économiques internationaux, c’est celui des droits de vote doubles. Emmanuel Macron s’est mis en tête de permettre à l’Etat français de récupérer des moyens d’exercer un pouvoir stratégique dans les entreprises où l’Etat est présent sans pour autant en payer le prix. D’où l’idée de demander des droits de vote doubles. C’est ce qu’il a fait chez Renault, chez Orange, et même chez Air France-KLM.

Le gouvernement français n’a pas forcement de stratégie économique particulière à défendre. Il veut simplement avoir les moyens d’empêcher une prise de contrôle étrangère ou une dérive socialement trop douloureuse. En bref, l’Etat n’a pas d’explication claire et précise pour justifier ce changement.

Le ministre lui-même n’en a pas donné. Ce qui est vrai en revanche, c’est que pour le patronat et surtout pour les investisseurs internationaux, ce retour en force de l’Etat n’a qu’un objectif politique. Il s’agit de montrer aux militants socialistes que l’Etat gouverne, que l’Etat contrôle, que l’Etat protège.

Conséquences : les milieux d’affaires internationaux hésitent entre l’indifférence, l’ironie et la colère. Les pratiques du droit de vote double décidées par l’assemblée générale des actionnaires étaient assez fréquentes dans les entreprises familiales pour encourager et récompenser la fidélité à long terme des propriétaires.

Pour les anglo-saxons, et mêmes pour les scandinaves, c’est une lecture du capitalisme un peu archaïque en voie de disparition, compte tenu de l’inégalité qu’elle institue à l’intérieur des sociétés.

La France est d’ailleurs dans cette situation, elle a besoin d’investisseurs à long terme. Or comment espérer les attirer, si on leur dit qu’ils n’auront pas, au management des entreprises dans lequel ils vont mettre de l’argent , le pouvoir de décision correspondant. Pour faire plaisir aux socialistes, l’Etat français prend donc le risque de décourager les investisseurs et les épargnants par des renationalisations déguisées.

Le deuxième dossier sur lequel Emmanuel Macron s’est penché est celui de l’avenir de M. Henri Proglio. L’ancien président d’EDF est pressenti pour prendre la présidence de Thales. Le pacte d’actionnaires qui lie Dassault et l’Etat chez Thales s’est mis d’accord pour défendre Proglio. Le problème, c’est qu’Henri Proglio est aussi conseiller de sociétés russes qui travaillent dans le nucléaire.

Pour Bercy, c’est incompatible. C’est assez logique sauf que l’on aurait pu y penser avant. Emmanuel Macron n’a pas forcement tort, sauf que là, il s’attaque à fort parti. Henri Proglio, outre sa compétence, a des amis partout, y compris à l’Elysée. C’est un allié dont la gauche ne peut pas se passer.

L’issue de cette polémique sera très intéressante parce qu’elle permettra de juger ce qui pour l’Elysée est le plus important. La défense d’une certaine éthique de la vie des affaires, la protection des intérêts internationaux avec la Russie et la fidélité aux réseaux francs-maçons.

Toute cette agitation met Macron au cœur des mécanismes du pouvoir, mais le met en position compliquée dans le monde des affaires de plus en plus agacé sans pour autant acquérir une grande légitimité chez les socialistes qui pourrait le protéger.

D’autant que tout le monde l’attend sur des dossiers autrement plus importants pour la compétitivité et le dynamisme de l’économie française.

Le dossier de la flexibilité sociale est en panne. Il n’est pas géré directement par Bercy, mais il est fortement inspiré par le cabinet Macron. L’affaire des 35 heures dans les hôpitaux de Paris est un véritable baril de poudre dont personne au gouvernement ne veut prendre la responsabilité. Martin Hirsch le directeur de l’HP-AP va se retrouver tout seul.

Le dossier de l’énergie avec le sauvetage d’Areva. La logique serait d’accélérer le rapprochement entre EDF et Areva, deux entreprises dont l’Etat est propriétaire.

Mais comment annoncer un tel projet de réforme l’année où le président de la République compte se réconcilier avec les écologistes sur le thème de la lutte contre le réchauffement climatique et pour les énergies nouvelles. Comment annoncer un projet qui sanctuariserait l’industrie nucléaire française à des militants écologistes dont le dernier point commun est la lutte anti-nucléaire ? Le talent d’Emmanuel Macron et celui de Ségolène Royale ne suffiront pas. Ce dossier ouvert, comme les autres, n’avanceront pas.