Pour comprendre Macron. De qui est-il le plus proche : Sarkozy, Hollande, Mitterrand, Chirac ou plutôt Giscard ?

Les analystes politiques, appuyés par les sondages, comparent Emmanuel Macron à ses prédécesseurs. En tête arrivent Nicolas Sarkozy et François Hollande. 

 

La semaine dernière encore, un sondage Elabe a demandé aux français de comparer Emmanuel Macron à ses prédécesseurs de la Vème République. Les analystes politiques voulaient savoir celui auquel il ressemblait le plus dans sa façon d’exercer le pouvoir et d’incarner la fonction. Pour un français sur deux - 49%, Emmanuel Macron ne rappelle aucun président en particulier. Et lorsqu’ils se prononcent, les français lui trouvent le plus souvent des airs de Nicolas Sarkozy dans sa façon d’aborder la fonction et d’agir dans le mouvement perpétuel, et cela pour 27%. François Hollande ne recueille que 7% et François Mitterrand 5%. Tous les autres présidents sont sous la barre des 5%.

C’est assez étonnant, Emmanuel Macron serait donc une sorte d’OVNI dans la classe des présidents français, ce qui lui donne une originalité mais qui peut aussi expliquer cette sorte de désamour dont il souffre. Ce désamour est assez injuste parce qu’après six mois de pouvoir, Emmanuel Macron a déjà réalisé une grande partie des projets pour lesquels il a été élu. Enfin, il a fait ce qu’il avait dit qu‘il ferait. Alors deux choses. La première, ou les français ne se souviennent plus pour quoi et qui ils ont voté, ou alors ils ont change d’avis et se sont trompés sur ce qu’il y avait à faire pour le pays.

La réalité est beaucoup plus simple. La campagne électorale déroule un programme de promesses qui restent virtuelles jusqu’au jour où on s’aperçoit qu’une fois confrontées au terrain, elles vont à l’encontre d’intérêts particuliers. Du coup, la somme des intérêts contrariés perturbe les cotes de confiance. La question pour le pouvoir est bien sûr de résister à ces perturbations.

 

Quand les français comparent Macron à ses prédécesseurs, ils ont aussi la mémoire courte, parce que, quand on visionne les films du passé, c’est évidemment à Valery Giscard D’Estaing qu’Emmanuel Macron fait penser.

 

Emmanuel Macron, comme VGE, est arrivé au pouvoir par accident et par défaut. Emmanuel Macron a été élu après la mort politique de François Hollande, contre l’avis des partis politiques. VGE a pu se présenter après la mort de George Pompidou et contre l’avis et le soutien de tous les vieux partis traditionnels et notamment le parti Gaulliste.  

Valery Giscard d’Estaing, comme Emmanuel Macron, s’annonçait ni de droite, ni de gauche, et voulait gouverner avec 2 français sur 3 (c’était d’ailleurs le titre de l’un de ses livres). Il est parti à la conquête du pouvoir avec un micro parti, au départ un club (Perspectives et réalités) puis un petit parti, les Républicains indépendants. Il est parti très tôt avec une bande de jeunes pour le soutenir (François Léotard, Alain Madelin, Gérard Longuet....)

 

Valery Giscard d’Estaing et Emmanuel Macron ont eu des parcours similaires, les grandes écoles, l‘ENA, l’Inspection des finances, l‘Elysée comme conseiller puis Bercy comme ministre. VGE venait de la droite et voulait gouverner au centre.  Emmanuel Macron a commencé dans des équipes de gauche pour gouverner au centre.

 

Ce qui est le plus frappant, c’est l’ambition de la réforme. VGE est arrivé au pouvoir peu après la première crise pétrolière qui sonnait le glas d’un modèle de croissance fondé sur l’énergie pas chère et qui ouvrait toutes grandes les portes de la mondialisation. La seule solution pour VGE passait par la réforme des infrastructures, l’innovation technologique, l’informatique disait-on à l’époque avant internet, les gains de compétitivité et l’Union européenne.

Emmanuel Macron est sur la même équation de la modernité, de la mondialisation, du digital et de l‘Union européenne.

Valery Giscard d’Estaing a finalement échoué dans son ambition. La crise pétrolière l‘a obligé à activer les amortisseurs sociaux, les réformes de compétitivité ont été mal acceptées et le système économique n’a pas délivré les résultats attendus ou promis. Du coup, Valery Giscard d’Estaing a été battu sur le fil par François Mitterrand qui a joué la carte du cœur et du social.  On se souvient de l‘altercation pendant laquelle VGE a essayé de convaincre les français que François Mitterrand n’avait pas « le monopole du cœur ».

 

Affaire d’attitude, de comportement et d’arrogance aussi parfois. Giscard,  président des riches ? Oui, il a pu l’être parfois. On lui a beaucoup reproché sa façon d’exercer le pouvoir, une façon très « jupitérienne » en quelque sorte. Ca nous rappelle évidemment quelqu’un.