Pour dissuader les taxis de bloquer l’Euro, le gouvernement leur offre un nouveau recadrage des VTC

Comme à la SNCF, ou même à Air France, le gouvernement va payer pour acheter la paix avec les chauffeurs de taxis et les autoriser à ne pas se réformer, il va contrôler une fois de plus, la liberté de travailler pour les VTC.

L’obstination de la CGT et de Sud-rail ont déjà gâché l’ouverture de l’Euro. En organisant beaucoup de pagaille, de gaspillage et d’hypocrisie sociale et politique, le gouvernement veut maintenant éviter que les chauffeurs de taxis puissent s’inviter dans ce cortège hétéroclite.

Pas idiots, les chauffeurs de taxis, ils ont bien compris qu’une stratégie jusque-boutiste comme celle de la CGT pouvait rapporter gros. La CGT a obtenu tout ce qu’elle voulait en dehors du retrait de la loi Travail.

La CGT et Sud-rail ont tellement gagné en protection qu’ils ne savent même plus comment arrêter la grève.

Les chauffeurs de taxis savent bien qu’ils peuvent, eux aussi, bloquer la circulation sur le périphérique. Ils ont toujours pensé qu’ils allaient manifester pendant l’Euro 2016, pour rappeler au gouvernement que leurs intérêts étaient bafoués par Uber. Les taxis savent comment bloquer l’arrivée des joueurs sur les stades. C’est leur objectif. Bien sûr ! Pourquoi ne pas les kidnapper aussi et demander des rançons.

Alors si le gouvernement peut réquisitionner des personnels pour faire rouler les trains, s’il peut mobiliser l’armée pour nettoyer Paris de ses montagnes d’ordures ménagères qui ne sont pas ramassées, le gouvernement peut difficilement envoyer les chars d’assaut pour faire dégager les chauffeurs de taxis qui peuvent bloquer l’accès à Orly, ou tout simplement la porte Maillot.

Par conséquent, pour éviter que les taxis ajoutent de la pagaille à la pagaille, tout se passe, comme si le gouvernement cherchait le moyen le plus discret, mais aussi le plus efficace, de donner satisfaction aux taxis.

Les chauffeurs de taxis voulaient la peau de Uber. Ils auront donc une loi règlementant les possibilités de développement des VTC. Le gouvernement ne va pas tuer Uber, mais il va l’étouffer un peu.

Le texte sera présenté dès lundi par Laurent Grand Guillaume, le député PS qui avait été désigné comme médiateur dans le conflit entre les taxis et les Uber. Et ce texte sera présenté au Parlement par le secrétaire d’Etat aux transports qui l’inscrira dans la loi de finances.

1e point : le texte va simplifier l’organisation de cette profession où il ne restera que deux catégories de chauffeurs : les taxis et les VTC… on devrait supprimer les « Loti ». Une catégorie particulière qui a cristallisé la grogne de tout le monde à cause d’un statut relativement flou et laxiste. Les Loti offrent des formes de transport en commun. Or beaucoup dérogeaient à cette disposition en ne transportant qu’un seul client. La plupart du temps, le client ne savait d’ailleurs pas s’il montait dans un Loti ou dans un VTC. Et les Loti ne présentaient même pas les garanties présentées par un VTC, mais les Loti ont beaucoup plus de liberté (une formation moins longue et moins couteuse, liberté d’utiliser des couloirs de bus, accès aux gares, etc.) autant de dispositions qui mettaient les taxis en colère et qui agaçaient les VTC.

Le texte de loi n’autorisera le statut de Loti aux VTC que s’ils transportent plus de 8 personnes.

Pour les professionnels, c’est la fin programmée des Loti. Les chauffeurs de taxis seront satisfaits. Les VTC aussi.

2e point : le texte prévoit de renforcer les obligations pour adhérer aux plateformes et par conséquent l’administration va contrôler le profil des chauffeurs avec qui elles travaillent. En gros on va vérifier que les plateformes sont branchées sur les VTC et pas sur les Loti comme c’est souvent le cas aujourd’hui.

3e point : le ministre des Transports voudrait que les taxis puissent travailler avec plusieurs plateformes de réservation : Uber, chauffeurs privées, Heecht, et bien sûr la plateforme G7.

Alors reste des point noir, la question du rachat des plaques de taxis par exemple, qui introduit qu’on le veuille ou non, un numerus clausus dans cette profession. L’Etat a dit, à plusieurs reprises, qu’il rachèterait les licences de taxis mais sans précision et pour cause, il n’a pas l’argent. D’autant qu’il s’agirait de racheter des plaques qu’il n’a pas vendues, mais dont il a simplement organisé la rareté pour qu’elles prennent de la valeur sur le marché de l’occasion.

Des points noirs, oui, mais, dans l’ensemble, le gouvernement va tout faire dans ce secteur-là, comme il a fait pour la SNCF, les contrôleurs aériens ou les commandants d’Air France, il va acheter la paix sociale. Il va payer pour que le secteur ne se réforme pas trop et que l’on puisse protéger les avantages acquis.

La démarche va même très loin parce que les taxis vont pouvoir conserver leur statut, leurs privilèges (accès aux gares, monopole des stations d’attente, liberté de maraudage), mais, en plus, on leur donne la liberté et la technologie gagnée par les VTC. C’est-à-dire l’accès aux plateformes. C’est formidable, les taxis vont garder le beurre du monopole, l’argent du monopole que donne le digital et… la crémière avec, comme dit le dicton.

Et bien la crémière, ce n’est pas sûr ! Le client a plébiscité Uber et les VTC, parce que Uber et les autres ont su offrir un service nouveau, aimable, propre, poli, rapide. Il n’y a pas de secret ou de recettes magiques, dans le succès de Uber. Il y a beaucoup de qualités, qui ne sont simplement pas partagées par la majorité des chauffeurs de taxis.