Pour Donald Trump, l’année 2019 va marquer le commencement de la fin.
 

Bourse, croissance, politique, tous les indicateurs américains s’orientent au rouge et annoncent une deuxième partie de mandat très compliquée.

La fin du mandat s’annonce tellement compliquée pour Donald Trump que beaucoup d’observateurs de la vie politique américaine, à commencer par les éditorialistes du New-York Times, ne sont pas loin de penser que Donald Trump, non seulement, ne pourra pas être candidat à sa succession, mais qu’il pourrait même avoir du mal à terminer son mandat. « Lui qui n’a jamais aimé perdre peut se démettre de lui-même dès qu’il aura le sentiment qu’il ne pourrait pas être réélu », ce sont les bruits entendus à New-York. A moins que, et c’est un autre scénario, les affaires dans lesquelles il est mis en cause se rapprochent tellement de lui qu’il pourrait être l’objet d’une procédure "d’empêchement". Pour éviter cette humiliation, il ferait alors un coup à la Nixon, c’est à dire qu’il démissionnerait, avant de comparaitre devant les commissions d’enquête du Sénat américain. En cette fin d’année, qu’il va passer seul, dit-on, à la Maison Blanche, ce scénario ne relève pas de la science-fiction, mais de la prévision et de l’analyse.

Le processus de dégradation de la situation de Donald Trump s’articule autour de quatre axes.

 

1er axe très politique. La situation du président américain apparaît désormais fragilisée. Contrairement à beaucoup de commentaires qui ont été faits, à l’issue du scrutin des élections midterm, Trump n’a pas consolidé sa position à la Chambre des représentants et au Sénat. Au contraire, il a même perdu la première des deux. La conséquence se retrouve aujourd’hui dans les difficultés qu’il a pour réunir une majorité qui soutiendrait son budget, et notamment son projet de construire le fameux mur à la frontière mexicaine. Par conséquent, l'administration américaine se retrouve sous le coup d’un "Shut down”, c’est à dire sans pouvoir payer le personnel et honorer ses engagements faute d’un accord entre le président et les députés.

Cette affaire arrive à un moment où les sondages d’opinion le donnent en baisse, ce qui n’était jamais arrivé depuis le début du mandat.

 

2e  axe financier et boursier. Contrairement à ce qu‘il avait affirmé pendant la campagne, Donald Trump a toujours été attentif aux évolutions de la bourse. Les boursiers de Wall Street et les banquiers de New-York sont ses amis. Ils le soutiennent, surtout quand, aujourd’hui rien ne va plus. Les marchés financiers américains vont terminer l'année avec des pertes supérieures à 10% en moyenne. C’est la première fois depuis 2008. Après une année 2017 qui avait battu tous les records en terme de hausse.

La situation économique américaine reste extraordinairement dynamique. La croissance est forte (supérieure à 3%) avec une situation de plein emploi qui étonne tout le monde. Cela dit, les analystes expliquent que ce dynamisme ne peut pas durer. D’abord, parce que l’économie américaine a atteint des niveaux très fastes à la suite du choc fiscal provoqué par Trump en début de mandat et que tout le monde sait qu’il ne pourra pas réitérer ce choc tous les ans.

Ensuite, la hausse des taux d’intérêt va forcément calmer le jeu dans les mois qui viennent, d’autant que les structures américaines n’ont guère profité de l'euphorie monétaire pour se restructurer.

Enfin, la situation internationale se détériore, compte tenu de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, sans qu’on puisse compenser ce ralentissement des pays émergents par une restauration rapide de l’appareil industriel américain.

Ce contexte-là ne change pas la vie quotidienne des Américains qui ont voté pour Trump et qui commencent à considérer que les promesses ne sont pas tenues. D’où la précipitation qui est la sienne pour construire ce mur anti-immigration sans en avoir le financement. D’où la fièvre de tweets vengeurs contre le gouverneur de la Réserve fédérale, accusé de mettre par terre l’économie US par un relèvement des taux d’intérêt. Donald Trump fait tout ce qu’il faut pour s'exonérer de la responsabilité du ralentissement. D‘où ses accusations répétées aussi contre les producteurs de pétrole ou de matières premières.

Bref, en accusant la terre entière de tous les maux dont souffre l’Amérique, Donald Trump crédibilise ce sentiment que le système est fortement hypothéqué.  

 

3e axe, très international. Les idées et les méthodes de gestion Trump sont assez mal vécues par le monde des affaires internationales. Or, il existe tout un pan de l’économie américaine qui porte la mondialisation et la modernité digitale. Les GAFAM notamment ont du mal à supporter l’administration Trump.  Leur influence est considérable et un gouvernement, quel qu’il soit, ne peut pas durablement gouverner avec l’opposition frontale des plus grandes entreprises du pays. Or, c'est pourtant ce qui se passe aux US.

 

4e axe, sur le terrain juridique et judiciaire, Donald Trump est au centre d’un certain nombre d’enquêtes qui le cernent de plus en plus près. Les relations dangereuses avec certains oligarques russes pendant la campagne présidentielle font désordre. Quant aux soupçons de sexisme et de harcèlement, ils alimentent des affaires de moeurs très équivoques qui ne sont pas sans trouble dans l’Amérique profonde et puritaine.